HELPER, LE DRONE SAU­VEUR DE VIES

La Tribune Bordeaux - - LA UNE - Cé­line La­nusse

Mé­de­cin ur­gen­tiste de­puis quinze ans, Fabien Farge a eu l’idée de mettre au point un drone sau­ve­teur pour fa­ci­li­ter et ac­cé­lé­rer l’in­ter­ven­tion des se­cours en mer. Vé­ri­table cou­teau suisse pour­vu de mul­tiples fonc­tion­na­li­tés dé­ve­lop­pées par ses quatre concep­teurs, ce drone pri­mé lors du der­nier Concours Lé­pine, bap­ti­sé Helper, entre en phase de pré-in­dus­tria­li­sa­tion.

Il vou­lait ga­gner du temps. Parce qu'il est mé­de­cin ur­gen­tiste en off­shore sur des pla­te­formes pé­tro­lières de To­tal en An­go­la et tra­vaille l'été sur la plage lan­daise de Bis­car­rosse, Fabien Farge a eu l'idée de mettre au point un drone per­met­tant d'ac­cé­lé­rer les in­ter­ven­tions des sau­ve­teurs en si­tua­tion d'ur­gence. « Cette no­tion de sé­cu­ri­té est très im­por­tante sur les pla­te­formes, avec une pro­blé­ma­tique, celle de l'homme à la mer, ex­plique Fabien Farge. On s'en­traîne ré­gu­liè­re­ment, même si je n'en ai ja­mais fait l'ex­pé­rience. Dans le sau­ve­tage cô­tier, c'est la même pro­blé­ma­tique. Dans les deux cas, il faut in­ter­ve­nir ra­pi­de­ment, c'est l'en­jeu de l'ur­gence. Il fal­lait une ré­ponse pri­maire : à uti­li­ser tout de suite, sans Jet-Ski ou ba­teau. C'est comme ça qu'est ve­nue l'idée du drone sau­ve­teur. » Ain­si naît Helper, 3,9 kg, ca­pable d'as­sis­ter une opé­ra­tion de sau­ve­tage même en cas de vent (50 km/h), avec une vi­tesse au sol ré­gle­men­taire de 55 km/h et des pointes à 80 km/h.

À 47 ans, Fabien Farge n'en est pas à son coup d'es­sai. En 2015, il a re­çu le Prix du pré­sident d'hon­neur du concours in­terne Best In­no­va­tors de To­tal pour son pro­jet MOB « Man Over Board » : une planche de sau­ve­tage per­met­tant d'ex­traire ra­pi­de­ment une per­sonne tom­bée en mer tout en main­te­nant son axe tête/cou/tronc. Avec cette tech­nique, en seule­ment cinq mi­nutes, trois sau­ve­teurs non ex­pé­ri­men­tés ont réus­si à ex­traire un plon­geur mi­mant l'in­cons­cience, avec son gi­let gon­flé, soit le pire des scé­na­rios.

TESTS CONCLUANTS

« Comme je suis gour­mand, j'ai à nou­veau ten­té ma chance avec le drone Helper, dé­ve­lop­pé avec un ami pom­pier, pi­lote et construc­teur de drone, Gé­rald Du­mar­tin [di­rec­teur com­mer­cial de la so­cié­té Ter­ra Drone à Mon­fort-en-Cha­losse dans les Landes, ndlr]. Et parce que j'in­ter­viens sur les pla­te­formes off­shore, j'ai tra­vaillé avec des équipes de To­tal spé­cia­listes en sû­re­té, sé­cu­ri­té et an­ti­pol­lu­tion. Nous l'avons pré­sen­té au Concours Lé­pine alors que tout n'était pas au point, no­tam­ment au ni­veau ad­mi­nis­tra­tif, car il nous man­quait l'agré­ment de la DGAC. Mais nous sommes al­lés jus­qu'en de­mi-fi­nale. »

Cette nou­velle ten­ta­tive au­rait pu prendre fin aux portes de la fi­nale. Mais notre aven­tu­rier, qui a par­cou­ru l'Amé­rique du Sud par les fleuves, ex­plo­ré l'Ama­zo­nie bré­si­lienne en Zo­diac, fait le tour de l'Afrique de l'Ouest à mo­to, par­cou­ru l'An­tarc­tique sur 3000 km… ne peut se ré­soudre à l'aban­don. Il dé­cide de me­ner le pro­jet plus avant avec deux in­for­ma­ti­ciens lan­dais, Da­vid et An­tho­ny Ga­vend, co­fon­da­teurs du bu­reau d'études My Web Team, à Hinx dans les Landes. La va­li­da­tion de la DGAC ar­rive. Le drone est tes­té au cours de l'été der­nier pen­dant sept se­maines de­puis le poste de se­cours nord de la plage de Bis­car­rosse. La so­cié­té Helper-Drone est née. « Ça a été su­per de la part de la mai­rie de nous per­mettre de tes­ter le drone, c'était la pre­mière fois au monde qu'on l'uti­li­sait en condi­tions réelles, rap­pelle Fabien Farge. Donc je re­pars voir To­tal avec ça, et l'idée les a in­té­res­sés : ça a été une grande pre­mière de pou­voir l'ex­pé­ri­men­ter une se­maine sur une pla­te­forme pé­tro­lière, à rai­son de 21 es­sais. »

NOU­VELLES AP­PLI­CA­TIONS

Helper ne va pas convaincre que To­tal : il rem­porte en sep­tembre le Prix du Pre­mier mi­nistre au Concours Lé­pine eu­ro­péen. « Ce n'est pas vrai­ment le drone en lui-même qui a été dis­tin­gué, mais toutes ses fonc­tion­na­li­tés : la bouée au­to-gon­flable bre­ve­tée, équi­pée d'une ra­dio pour per­mettre la com­mu­ni­ca­tion entre la vic­time et le sau­ve­teur, d'une ba­lise GPS pour lo­ca­li­ser et en­voyer un hé­li­co­ptère sur site, d'une bou­teille d'oxy­gène pour in­ter­ve­nir au plus vite au­près de la vic­time dé­jà en si­tua­tion de noyade. Il peut éga­le­ment lar­guer un dé­fi­bril­la­teur se­miau­to­ma­tique, voire lar­guer un kit de se­cours de pre­mière ur­gence. Par la suite, An­tho­ny et Da­vid ont mis au point un sys­tème d'in­for­ma­tion géo­gra­phique dy­na­mique qui per­met des mis­sions de sau­ve­tage qua­si­ment en vol au­to­ma­tique, avec une lo­ca­li­sa­tion pré­cise, une carte mise à jour qua­si­ment en ins­tan­ta­né : c'est ce sys­tème de car­to­gra­phie aus­si qui a été pri­mé. »

Pas peu fier de son bé­bé, Fabien Farge égrène ses mul­tiples pos­si­bi­li­tés. « Ce qui plaît, c'est sa po­ly­va­lence : il sauve des vies, il largue une bouée, par­ti­cipe à la re­cherche de l'homme à la mer, il couvre 8 km2 en dix mi­nutes, est équi­pé d'une ca­mé­ra ther­mique. Mais il par­ti­cipe aus­si à la pro­tec­tion de l'en­vi­ron­ne­ment, parce qu'il y a des risques sur tous les sites in­dus­triels, telles les fuites ac­ci­den­telles. Sa ca­mé­ra ther­mique per­met de dis­tin­guer les couches épaisses des iri­sa­tions, donc d'adap­ter les moyens et là aus­si la vi­tesse rend plus ef­fi­cace. En­fin, le drone par­ti­cipe à des mis­sions de sû­re­té : cer­tains sites in­dus­triels sen­sibles sont in­ter­dits d'ac­cès aux per­sonnes non au­to­ri­sées. Or, il ar­rive que des ba­teaux de pê­cheurs dé­rivent et se rap­prochent. On peut aus­si craindre des ba­teaux mal­veillants dans le contexte in­ter­na­tio­nal ac­tuel : le drone va voir ce qu'il se passe sur le ba­teau et dé­pose une ra­dio pour nous per­mettre d'en­trer en contact avec le na­vire. » Helper est re­ve­nu mi-no­vembre en mer pour un jour d'exer­cice de grande am­pleur sur un site de To­tal en off­shore. Les 43 sor­ties cet été à Bis­car­rosse ont per­mis trois sau­ve­tages réels, du­rant une saison calme comp­tant 20 jours de dra­peau vert. « Mais on a vu qu'au quo­ti­dien, il per­met­tait aus­si de le­ver des doutes, no­tam­ment lors­qu'une tache so­laire se forme sur la mer aux en­vi­rons de 15 heures. On a dé­cou­vert, à l'usage, l'em­ploi quo­ti­dien du drone qui per­met­tait ain­si d'évi­ter l'en­voi d'un maî­tre­na­geur sau­ve­teur. La lé­gis­la­tion sur les drones a évo­lué grâce à nous. Dé­sor­mais, nous ré­flé­chis­sons à d'autres ap­pli­ca­tions. Nous sommes au stade de la pré­in­dus­tria­li­sa­tion. Le but à pré­sent est de pré­ci­ser avec les pro­fes­sion­nels, To­tal ou la com­mune de Bis­car­rosse, pour l'ins­tant, comment s'adap­ter au mieux à leurs pro­cess. »

Fabien Farge (à gauche) a ima­gi­né un drone sau­ve­teur qui per­met d'in­ter­ve­nir plus ra­pi­de­ment lors des si­tua­tions d'ur­gence.

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