PE­TER KWOK, LE K À PART

La Tribune Bordeaux - - LA UNE - PAS­CAL RA­BILLER

Quand un Asia­tique or­ga­nise dans le Bor­de­lais une cé­ré­mo­nie of­fi­cielle pour l'inau­gu­ra­tion d'un chai, l'achat d'un vi­gnoble, une ré­cep­tion de tra­vaux... il est as­sez rare que tout ce que Bor­deaux compte de plus grands né­go­ciants fasse le dé­pla­ce­ment. C'est pour­tant ce qui s'est pas­sé il y a quelques se­maines, à Saint-Émi­lion, après que le ban­quier d'af­faires hong­kon­gais Pe­ter Kwok et sa famille ont lan­cé une in­vi­ta­tion pour l'inau­gu­ra­tion des tra­vaux réa­li­sés à Tour Saint Ch­ris­tophe. Une pro­prié­té qui est dé­sor­mais le quar­tier gé­né­ral du groupe Vi­gnobles K que les Kwok bâ­tissent de­puis vingt ans, en­chaî­nant les ac­qui­si­tions dans le Saint-Émi­lion­nais.

Pion­nier de l’in­ves­tis­se­ment asia­tique dans les vi­gnobles du Bor­de­lais, le mil­liar­daire hong­kon­gais d’ori­gine viet­na­mienne, Pe­ter Kwok, est en­ga­gé, via sa so­cié­té Vi­gnobles K, dans une dé­marche d’ac­qui­si­tion et de va­lo­ri­sa­tion de vi­gnobles. Sa stra­té­gie est à mille lieues de l’image ca­ri­ca­tu­rale qu’on colle gé­né­ra­le­ment aux in­ves­tis­seurs de son conti­nent...

LA GE­NÈSE DE SON GOÛT POUR... LE PA­TRI­MOINE FRAN­ÇAIS

Si la place bor­de­laise est aus­si bien re­pré­sen­tée aux cô­tés de Pe­ter Kwok, c'est que cet in­ves­tis­seur, en plus d'être un pion­nier asia­tique du vi­gnoble bor­de­lais – il a réa­li­sé sa pre­mière ac­qui­si­tion en 1997 à Saint-Émi­lion –, s'ap­puie sur les tra­di­tions, l'ar­chi­tec­ture, le pa­tri­moine et les usages com­mer­ciaux lo­caux afin de dé­ve­lop­per son af­faire. En clair, pas ques­tion d'ex­pé­dier par conte­neurs la to­ta­li­té de la pro­duc­tion en Chine, comme c'est sou­vent le cas pour les nom­breux in­ves­tis­seurs asia­tiques, prin­ci­pa­le­ment chi­nois, qui ont ac­quis des vi­gnobles ces der­nières an­nées. Pe­ter Kwok passe par la place bor­de­laise pour com­mer­cia­li­ser sa pro­duc­tion à tra­vers le monde... et à rai­son de 20% en di­rec­tion de la Chine « contre 80% il y a cinq ans », sou­ligne-t-il. For­cé­ment, ça a de l'écho dans le mi­cro­cosme com­mer­cial. D'au­tant que Pe­ter Kwok est am­bi­tieux. Le Hong­kon­gais n'ou­blie pas ses ra­cines, elles sont au Viet­nam et elles ex­pliquent en par­tie son his­toire d'amour avec le vin fran­çais. « Il faut sa­voir que je viens d'un pays où la culture fran­çaise est forte. Le Viet­nam a été une co­lo­nie fran­çaise jus­qu'en 1945 ! », sou­rit Pe­ter Kwok. Sa pas­sion pour le vin vien­dra plus tard, après sa pre­mière ac­qui­si­tion de vi­gnoble, en 1997, le châ­teau Haut-Bris­son, Saint-Émi­lion grand cru.

« Ini­tia­le­ment, en 1995, je cher­chais une mai­son, dans un lieu agréable, plu­tôt en France, à mi-che­min entre Hong Kong et les USA où étu­diaient mes en­fants, pour pou­voir pas­ser du temps avec eux pen­dant l'été... » Et cette mai­son se trans­forme en châ­teau... puis en châteaux, six dé­sor­mais (Tour Saint Ch­ris­tophe, En­clos Tour­ma­line, Haut-Bris­son, La Pa­tache, En­clos de Viaud, Le Rey), to­ta­li­sant à ce jour 60 hec­tares de vignes. « J'adore la culture fran­çaise, son his­toire. Le vin fait par­tie de tout ce­la », lâche ce­lui qui passe pour être un vé­ri­table sage aux yeux des 24 sa­la­riés des Vi­gnobles K.

Une image qui semble jus­ti­fiée au re­gard, aus­si, de la na­ture des in­ves­tis­se­ments consen­tis par l'homme d'af­faires de­puis ses pre­miers pas dans le Bor­de­lais. « J'ai tou­jours à coeur d'amé­lio­rer le po­ten­tiel de notre pro­duc­tion. Plus les an­nées passent et plus les ac­qui­si­tions, les tra­vaux réa­li­sés, les re­cru­te­ments de très haut ni­veau qui me per­mettent de m'ap­puyer sur une très bonne équipe, ont été mis au ser­vice du vin, de sa mon­tée en gamme », sou­ligne Pe­ter Kwok. Cette mon­tée en gamme de la pro­duc­tion est ren­due pos­sible par le tra­vail de l'équipe conduite par le di­rec­teur gé­né­ral Jean-Ch­ris­tophe Mey­rou, et qui s'ac­com­pagne aus­si d'une re­va­lo­ri­sa­tion sys­té­ma­tique du pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral. La ré­no­va­tion des bâ­ti­ments, toute en nuances, chic et non os­ten­ta­toire, ef­fi­cace, et la ré­ha­bi­li­ta­tion du vi­gnoble et des ter­rasses en pierre du Châ­teau Tour Saint Ch­ris­tophe en té­moignent.

D’AUTRES AC­QUI­SI­TIONS À VE­NIR

Le pro­ces­sus d'amé­lio­ra­tion conti­nue concer­ne­ra sans doute pro­chai­ne­ment Châ­teau Le Rey, der­nière ac­qui­si­tion en Cas­tillon Côtes de Bor­deaux, sur les mêmes cô­teaux que ceux de Saint-Émi­lion. Quand on le ques­tionne sur l'éven­tuelle fin de ses in­ves­tis­se­ments en Saint-Émi­lion­nais, l'homme d'af­faires ré­pond clai­re­ment : « Nous ne sommes qu'au dé­but de l'aven­ture. Plus j'en ap­prends sur le vin au fil des ac­qui­si­tions et des tra­vaux de l'équipe, plus j'ai en­vie d'en ap­prendre. Les ac­qui­si­tions réa­li­sées au fil du temps sont juste dans la conti­nui­té de notre quête d'amé­lio­ra­tion de nos pro­duc­tions. Au­tour de moi, à com­men­cer par ma fille Ka­ren et mon gendre, tout le monde est dans le même état d'es­prit. »

Ka­ren, jus­te­ment, confirme : « Cette pas­sion, mon père nous l'a trans­mise, mais il l'a trans­mise aus­si à la gé­né­ra­tion qui vient. Mon fils, qui a un tout pe­tit peu plus d'un an, semble dé­jà vou­loir goû­ter les rai­sins! » Pour ceux qui en dou­taient en­core, le nom de Kwok semble à même de s'ins­tal­ler du­ra­ble­ment dans le pay­sage vi­ti­cole bor­de­lais. La vie du pa­triarche os­cille ac­tuel­le­ment entre Hong Kong, ses pa­laces au Ti­bet ou en Chine, et Saint-Émi­lion... où il se pour­rait bien qu'il s'ins­talle plus lon­gue­ment, l'âge ai­dant. « Je ne suis pas en­core prêt... pour le mo­ment », dit-il dans un sou­rire.

L'homme d'af­faires, Pe­ter Kwok, pas­sion­né de vi­gnoble bor­de­lais, ne cache pas ses am­bi­tions : ac­qué­rir d'autres châteaux et amé­lio­rer les pro­duc­tions.

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