« DES GAINS DE TEMPS SPEC­TA­CU­LAIRES POUR LES TER­RI­TOIRES »

ALAIN ROUS­SET PRÉ­SIDENT DU CONSEIL RÉ­GIO­NAL NOU­VELLE-AQUI­TAINE

La Tribune Bordeaux - - ENQUÊTE - PROPOS RECUEILLIS PAR MI­KAËL LO­ZA­NO

Alain Rous­set, pré­sident du Conseil ré­gio­nal de Nou­velle-Aqui­taine, sou­ligne que la ligne à grande vi­tesse Bor­deaux-Pa­ris va aus­si rap­pro­cher les autres villes de la ca­pi­tale.

LA TRI­BUNE – Qu’at­ten­dez-vous de la LGV Pa­ris-Bor­deaux en ma­tière de re­tom­bées éco­no­miques ?

ALAIN ROUS­SET – Il y a dé­jà des amorces de dé­ve­lop­pe­ment au­tour de Poi­tiers, An­gou­lême et Bor­deaux, bien sûr. Mais je vou­drais aus­si in­sis­ter sur les gains de temps spec­ta­cu­laires dont vont bé­né­fi­cier de nom­breuses villes de la ré­gion Nou­velle-Aqui­taine : 1h10 pour un AgenPa­ris, 52 mi­nutes pour Ar­ca­chon-Pa­ris, 1h22 pour Mont-de-Mar­san, 1h12 pour Pau, 1h06 pour Ber­ge­rac… Ce temps ga­gné est un fac­teur de dé­ve­lop­pe­ment es­sen­tiel sur le­quel il faut ca­pi­ta­li­ser. Nous nous at­ta­che­rons à le faire sa­voir.

Faut-il es­pé­rer du dé­ve­lop­pe­ment d’em­plois en­do­gènes ou exo­gènes ?

Même si des con­tacts très in­té­res­sants sont noués, il ne faut pas cher­cher l'em­ploi exo­gène à tout prix. Quand j'ob­serve le dy­na­misme des star­tups ou ce­lui d'ac­ti­vi­tés telles que la main­te­nance aé­ro­nau­tique que la Ré­gion ac­com­pagne de­puis des an­nées, je re­marque que le tis­su ré­gio­nal a un fort po­ten­tiel de créa­tion d'em­plois en­do­gènes qu'il ne faut pas né­gli­ger et qui peut pro­fi­ter d'un ef­fet LGV. Je pense, par exemple, à Le­grand, à Li­moges, un ter­ri­toire qu'il fau­dra bran­cher sur le ré­seau à grande vi­tesse avec des trains ra­pides. Si des Das­sault, des Thales, des Sa­fran se ren­forcent en Nou­velle-Aqui­taine, c'est parce qu'ils ont trou­vé un éco­sys­tème fort, des com­pé­tences et des centres de for­ma­tion… no­tam­ment grâce à la Ré­gion et à ses in­ves­tis­se­ments qui ont boos­té des sec­teurs em­bryon­naires. Ima­gi­nons un dé­ve­lop­pe­ment exo­gène à par­tir du dé­ve­lop­pe­ment en­do­gène. Le tro­pisme des an­nées Da­tar, qui condui­sait l'État à flé­cher les en­tre­prises vers les dif­fé­rents coins de la France, est ter­mi­né. On ne va pas al­ler re­cher­cher un Ford, on n'en est plus là. Ap­puyons­nous sur la for­mi­dable diversité des ac­ti­vi­tés en Nou­velle-Aqui­taine. L'in­no­va­tion et le tis­su in­dus­triel res­tent le sque­lette de l'éco­no­mie.

Comment évi­ter que la mé­tro­pole bor­de­laise re­tire tous les mar­rons du feu, au dé­tri­ment des autres ter­ri­toires ?

La ligne Océane doit être vue comme une épine dor­sale. Il fau­dra ef­fec­ti­ve­ment veiller à ce que tout ne soit pas concen­tré sur la mé­tro­pole bor­de­laise, no­tam­ment en fa­vo­ri­sant l'in­ter­opé­ra­bi­li­té entre le TER et le TGV, par exemple. Les autres ter­ri­toires, comme An­gou­lême et son pôle image, Ro­che­fort et l'aé­ro­nau­tique, ont des ar­gu­ments so­lides. Nous al­lons mettre en place une po­li­tique d'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire qui fasse qu'il ne pleuve pas là où le sol est dé­jà mouillé.

Vous avez à plu­sieurs re­prises cri­ti­qué la fa­çon dont a évo­lué le dos­sier Tours-Bor­deaux. On se rap­pelle aus­si la ba­taille me­née pour que la SNCF ac­cepte de re­voir à la hausse le nombre de trains pré­vus. Quels en­sei­gne­ments ti­rez-vous ?

Ce qui m'a cho­qué, c'est le coût de ce par­te­na­riat pu­blic-pri­vé pour les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. Je sou­haite donc que nous ex­plo­rions de nou­velles pistes de fi­nan­ce­ment pour la pro­lon­ga­tion de la grande vi­tesse vers l'Espagne, via Dax, et vers Tou­louse et l'Oc­ci­ta­nie. Il faut pour­suivre le Grand Pro­jet fer­ro­viaire du SudOuest [GPSO, ndlr] pour que ce ter­ri­toire ne reste pas un angle mort de l'Eu­rope. Bor­deaux ne doit pas être un cul-de-sac. Nos voi­sins es­pa­gnols at­tendent, et l'en­jeu est consi­dé­rable. Je ne com­prends pas les ar­gu­ments de ceux qui mi­litent pour l'uti­li­sa­tion des voies ac­tuelles, sur­tout quand on connaît les pro­blèmes d'usure du ré­seau. Il faut des voies nou­velles.

Jus­te­ment, que pré­co­ni­sez-vous pour les lignes vers le sud, sa­chant que l’Eu­rope a fi­nan­cé moins de 1 % de la ligne Tours-Bor­deaux ?

Mais l'Eu­rope sou­haite par­ti­ci­per au GPSO! Sa prio­ri­té, c'est l'Eu­rope des ré­seaux. On parle de 1 mil­liard d'eu­ros au moins. Une nou­velle ligne, c'est l'in­ves­tis­se­ment d'un siècle, on peut es­pé­rer de la part de la Banque eu­ro­péenne d'in­ves­tis­se­ment des prêts à taux très doux. Et je veux aus­si sol­li­ci­ter les In­ves­tis­se­ments d'ave­nir.

Le tis­su ré­gio­nal a un fort po­ten­tiel de créa­tion d’em­plois en­do­gènes qu’il ne faut pas né­gli­ger et qui peut pro­fi­ter d’un ef­fet LGV

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