BOR­DEAUX-AN­GOU­LÊME sur la voie ra­pide vers… 2025

La Tribune Bordeaux - - ENQUÊTE - PAS­CAL RA­BILLER

En amont de la li­vrai­son de la ligne à grande vi­tesse et de la mise en ser­vice du TGV L’Océane, la mé­tro­pole bor­de­laise et An­gou­lême ont dé­ci­dé de lan­cer une étude pros­pec­tive qui doit per­mettre à leurs bas­sins d’em­ploi res­pec­tifs de croître de ma­nière conjointe… et à grande vi­tesse.

Dès fé­vrier 2014, An­gou­lême et Bor­deaux dé­ci­daient de plan­cher sur leur ave­nir com­mun et d'iden­ti­fier les com­plé­men­ta­ri­tés pos­sibles afin d'oeu­vrer au dé­ve­lop­pe­ment de leurs bas­sins d'em­ploi res­pec­tifs dans l'op­tique de la mise en ser­vice à l'été 2017 de la ligne à grande vi­tesse. Au cours de l'an­née 2015, à l'is­sue des pre­miers échanges, les dé­ci­deurs po­li­tiques des deux villes (Alain Jup­pé pour Bor­deaux, Xa­vier Bon­ne­font pour An­gou­lême) al­laient même un peu plus loin en confiant à l'agence d'urbanisme Bor­deaux Aqui­taine A'Ur­ba, une étude pros­pec­tive stra­té­gique à l'ho­ri­zon 2025. La dé­marche par­ti­ci­pa­tive re­po­sait sur trois ob­jec­tifs : cer­ner les en­jeux d'un sys­tème mé­tro­po­li­tain élar­gi avec les res­sources et les spé­ci­fi­ci­tés des deux en­ti­tés ter­ri­to­riales, pen­ser les re­la­tions entre la mé­tro­pole bor­de­laise et un en­semble de villes moyennes ap­par­te­nant à ce même es­pace mé­tro­po­li­tain, et en­fin, éla­bo­rer les pos­si­bi­li­tés d'une in­ter­con­nexion or­ga­ni­sée entre les deux aires ur­baines ayant vo­ca­tion à se ren­for­cer dès la mise en ser­vice de la LGV.

LA TECH­NO­LO­GIE HY­DRO­GÈNE

À l'is­sue de l'étude, quatre axes prio­ri­taires de col­la­bo­ra­tions et donc de com­plé­men­ta­ri­tés de « voi­si­nages » ont été iden­ti­fiés. Le pre­mier concerne les in­dus­tries de la tran­si­tion éner­gé­tique. Les ca­pa­ci­tés et le sa­voir-faire de l'im­por­tant bas­sin d'em­ploi in­dus­triel de la Cha­rente in­citent à s'em­pa­rer des ques­tions au­tour des éner­gies du­rables. Le rap­port laisse ap­pa­raître la né­ces­si­té de rap­pro­cher en­tre­prises et ac­teurs pu­blics dans une lo­gique de li­ving lab. Dans le cadre de la tran­si­tion éner­gé­tique, le Tech­no­parc ré­gio­nal des in­dus­tries du fu­tur (Parc d'ac­ti­vi­tés du Grand Vi­rac) à An­gou­lême est dé­jà po­si­tion­né sur le cré­neau des ex­pé­ri­men­ta­tions re­la­tives à la tech­no­lo­gie hy­dro­gène, et no­tam­ment à la pro­blé­ma­tique du sto­ckage de l'éner­gie. La pré­sence conjointe de l'en­tre­prise Saft sur les deux ter­ri­toires est une op­por­tu­ni­té de rap­pro­che­ment des deux bas­sins d'em­ploi.

L’EN­JEU LO­GIS­TIQUE

Bor­deaux et la Gi­ronde font par­tie des grandes zones lo­gis­tiques du ter­ri­toire. Les flux qui y tran­sitent dé­passent lar­ge­ment l'échelle ré­gio­nale, al­lant de l'Espagne à l'Eu­rope du Nord. Bor­deaux est donc un noeud de tran­sports du ré­seau cen­tral eu­ro­péen et souffre d'un phé­no­mène de conges­tion du centre avec des sites lo­gis­tiques concen­trés sur la rive droite de la Ga­ronne. Les be­soins d'es­paces lo­gis­tiques à ve­nir sont in­con­tes­tables, or, les ca­pa­ci­tés fon­cières de la mé­tro­pole (hors em­prise du Port) sont dé­fi­ci­taires. De fait, le ter­ri­toire du Grand An­gou­lême peut ap­por­ter des so­lu­tions sa­tis­fai­santes de pla­te­forme, no­tam­ment grâce à ses op­por­tu­ni­tés fon­cières et à sa si­tua­tion géo­gra­phique, dé­sor­mais au centre de la grande ré­gion Nou­velle-Aqui­taine. On peut donc ima­gi­ner un car­re­four lo­gis­tique au croi­se­ment des RN10 et RN141, éven­tuel­le­ment dé­vo­lu au re­cy­clage ou/et à des biens de proxi­mi­té.

L’UNION AU­TOUR DES BIOSCIENCES ET DE L’IMAGE ?

L'ag­glo­mé­ra­tion bor­de­laise compte 87000 étu­diants, celle d'An­gou­lême 3600. Les dé­cou­pages aca­dé­miques ont tra­di­tion­nel­le­ment en­voyé plus d'An­gou­moi­sins vers Poi­tiers (25700 étu­diants) que vers Bor­deaux, ville qui exerce ce­pen­dant un cer­tain tro­pisme sur les Cha­ren­tais, no­tam­ment pour les for­ma­tions les plus rares. L'en­sei­gne­ment su­pé­rieur à An­gou­lême se spé­cia­lise au­tour des fi­lières images et nu­mé­riques. La ques­tion se pose de dé­lo­ca­li­ser cer­taines ac­ti­vi­tés d'en­sei­gne­ment su­pé­rieur très concen­trées à Bor­deaux vers des sites an­gou­moi­sins, no­tam­ment la re­cherche ap­pli­quée qui peut se dé­ve­lop­per dans des sites pi­lotes plus spé­cia­li­sés et de moindre di­men­sion. Le croi­se­ment des spé­cia­li­tés de cha­cun pour­rait consti­tuer un en­ri­chis­se­ment col­lec­tif. Les groupes de tra­vail qui ont plan­ché sur l'étude pros­pec­tive pro­posent de créer une for­ma­tion su­pé­rieure com­mune en biosciences. For­ma­tion qui uti­li­se­rait les com­pé­tences in­for­ma­tiques bor­de­laises (la­bo­ra­toire La­bri) et celles d'An­gou­lême en ma­tière d'image nu­mé­rique (Pôle Ma­ge­lis). Du cô­té de la Cha­rente, l'éco­sys­tème « Imag'in Space » lan­cé en fé­vrier 2013 cherche à rap­pro­cher des en­tre­prises de l'image de celles de l'in­dus­trie spa­tiale, de l'aé­ro­nau­tique, de dé­fense… très pré­sentes dans le Bor­de­lais. En ef­fet, si des échanges peuvent se faire dans les deux sens, les sa­voir-faire an­gou­moi­sins en ma­tière d'image pour­raient ren­for­cer le rayon­ne­ment et les am­bi­tions mé­tro­po­li­taines et comme beau­coup d'in­dus­tries cha­ren­taises né­ces­sitent ou sont de­man­deuses d'ima­ge­ries tech­niques… le croi­se­ment des spé­cia­li­tés de cha­cun pour­rait bien consti­tuer un en­ri­chis­se­ment col­lec­tif. Comme quoi, le train ne rap­proche pas que les voya­geurs.

An­gou­lême, plu­tôt tour­née vers l'image et le nu­mé­rique, pour­rait ac­cueillir des ac­ti­vi­tés d'en­sei­gne­ment su­pé­rieur, an­cien­ne­ment si­tuées à Bor­deaux.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.