L’IN­VEN­TEUR QUI VOU­LAIT VIVRE LIBRE

L’in­ven­teur qui vou­lait vivre libre Libero Mazzone, fon­da­teur de la so­cié­té Va­len SAS à Bor­deaux, a re­çu deux mé­dailles d’or au concours Lé­pine, lors de la Foire in­ter­na­tio­nale de Pa­ris, pour sa der­nière in­ven­tion, le La­ser­fix, une poi­gnée la­ser uni­verse

La Tribune Bordeaux - - LA UNE - CÉ­LINE LANUSSE @ce­li­ne­la­nusse

« J’ ai des­si­né un mo­teur à eau à l'école quand j'avais 14 ans, j'ai pris deux heures de colle. » Ain­si Libero Mazzone ra­conte-t-il les dé­buts de son par­cours d’in­ven­teur. Un peu rude comme dé­part, mais pas as­sez pour le dis­sua­der de conti­nuer. « Mon pré­nom est Libero, ce­la veut dire “libre” en ita­lien. Je n'ai ja­mais pu être dans un moule, dans un par­cours for­ma­té. Si ma vie de­ve­nait rou­ti­nière, je se­rais très mal­heu­reux. Pour moi, il n'y a pas un pro­blème, il y a une so­lu­tion, et la pla­nète offre toutes les so­lu­tions. »

En 2014, il crée à Bor­deaux la so­cié­té Va­len SAS, pour ex­ploi­ter trois bre­vets qu’il a dé­po­sés, dont deux con­cer­nant le La­ser­fix, qui vient de dé­cro­cher deux mé­dailles d’or au concours Lé­pine, dont celle de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle (Om­pi), à l’oc­ca­sion de la Foire in­ter­na­tio­nale de Pa­ris. Cette « poi­gnée la­ser uni­ver­selle avec pré­dé­tec­tion des fils élec­triques ou mé­taux avant per­çage », qui se fixe sur une per­ceuse, per­met de per­cer par­fai­te­ment droit de part en part en toute sé­cu­ri­té, et de dé­tec­ter les mé­taux et autres ten­sions dans les murs. Comment a-t-il bien pu avoir une idée pa­reille? « J'avais un pro­jet de mo­teur à éner­gie libre, je de­vais per­fo­rer dans l'alu­mi­nium, c'était com­pli­qué. J'ai cher­ché l'ou­til pour me fa­ci­li­ter la tâche, sans suc­cès… J'ai alors mis au point une poi­gnée pour maî­tri­ser le per­çage. Mon in­ven­tion a été l'un des coups de coeur de Mi­chel Che­va­let à la Foire de Pa­ris ; il est quand même in­gé­nieur, ce­la m'a tou­ché… », ra­conte-t-il. Car son bé­bé a de­man­dé deux ans de dé­ve­lop­pe­ment. Et de nom­breux sa­cri­fices pour cet au­to­di­dacte, qui élève des che­vaux et qui fut éga­le­ment cour­sier pour les jo­ckeys. « Tout ce temps par­cou­ru avec les moyens que ce­la de­mande, 250000 € in­ves­tis pour le La­ser­fix fi­nan­cés sur fonds propres, j'ai ven­du ma mai­son pour ce­la, pré­cise-t-il.

Aus­si, lorsque j'ai re­çu mes mé­dailles, j'étais très ému. L'Om­pi, c'est ex­cep­tion­nel : il y a peu d'in­ven­tions dans le bri­co­lage, c'est une réelle re­con­nais­sance d'un or­ga­nisme mon­dial. Quand j'ai en­ten­du mon nom… »

Chan­ger d'échelle

Libero Mazzone va at­ti­rer l’at­ten­tion au­de­là de cet évé­ne­ment. Il tra­vaille dé­sor­mais avec Di­gi­tal Va­lue, un ca­bi­net de con­seil en stra­té­gie di­gi­tale et in­ves­tis­se­ment si­tué à Pa­ris, pour ac­cé­lé­rer la com­mer­cia­li­sa­tion de son in­ven­tion après deux an­nées en­tiè­re­ment dé­vo­lues au dé­ve­lop­pe­ment. Va­len SAS a dé­jà lan­cé la fa­bri­ca­tion du La­ser­fix en quan­ti­tés mo­destes. La plas­tur­gie et l’élec­tro­nique sont as­su­rées en Tu­ni­sie, alors que l’as­sem­blage fi­nal est pris en charge dans un centre d’aide par le tra­vail (CAT) près de Li­bourne, en Gi­ronde. Prix : entre 89 et 129 eu­ros pour la ver­sion pro. Mais il faut dé­sor­mais chan­ger d’échelle.

« Ac­tuel­le­ment, mon stock tam­pon compte 5000 pièces. C'est très peu pour convaincre la grande dis­tri­bu­tion, qui de­mande beau­coup plus en cas de suc­cès et qui a be­soin d'être li­vrée très ra­pi­de­ment. Après avoir ren­con­tré Di­gi­tal Va­lue, j'ai re­vu ma stra­té­gie, coa­ché par leurs soins, avec l'idée de confier le pro­duit à un construc­teur. Il se vend 2 mil­lions de per­ceuses dans le monde chaque an­née. L'idée, c'est de trou­ver un par­te­naire construc­teur qui re­ven­dique une qua­li­té et nous ap­porte la per­for­mance pour maî­tri­ser le per­çage se­lon un angle pré­cis. Pour le mo­ment, j'ai ar­rê­té la com­mer­cia­li­sa­tion : je vi­sais la GSB [grande sur­face de bri­co­lage, ndlr], mais j'avais conscience que le pro­duit pou­vait être consi­dé­ré comme un gad­get et pas ap­pré­cié à sa juste va­leur. Et en choi­sis­sant cette nou­velle stra­té­gie, les quan­ti­tés sont bien su­pé­rieures à ce que j'avais ven­du à l'uni­té. »

Les pour­par­lers sont en cours avec d’im­por­tants construc­teurs pour vi­ser les mar­chés amé­ri­cain et eu­ro­péen. Les né­go­cia­tions de­vraient être ache­vées à la fin de cette an­née. Un as­pect du bu­si­ness que Libero Mazzone a dé­lé­gué à Di­gi­tal Va­lue, pour se concen­trer sur l’innovation et le dé­ve­lop­pe­ment : « J'ai 47 ans, une fa­mille, des en­fants, je suis éphé­mère comme tout le monde. Il ne faut pas lais­ser notre rêve de­ve­nir notre maître, il faut vivre aus­si », as­sure-t-il, l’air sin­cère, tout en dé­taillant ses am­bi­tions pour une autre de ses in­ven­tions, qui fait éga­le­ment l’ob­jet d’un bre­vet, le PadX­press. Ce pack de lus­trage de voi­tures avec ré­ser­voir pour le mar­ché pro­fes­sion­nel pro­met de ra­me­ner le temps de lus­trage de cinq heures à une heure, en per­met­tant d’éco­no­mi­ser un maxi­mum de pro­duit. Il pré­sen­te­ra son in­ven­tion en oc­tobre au pro­chain Equip Au­to, le sa­lon in­ter­na­tio­nal de l’après­vente au­to­mo­bile et des ser­vices pour la mo­bi­li­té, dans le car­ré dé­vo­lu aux star­tups in­no­vantes. « Un sys­tème simple, mais d'un ef­fet re­dou­table », as­sure-t-il. Libero Mazzone a dé­jà été ap­pro­ché par des équi­pe­men­tiers du sec­teur au­to­mo­bile. En at­ten­dant de trou­ver un par­te­naire com­mer­cial à la hau­teur de ses exi­gences, il a lan­cé la pro­duc­tion des pre­mières uni­tés : moule et plas­tur­gies sont made in France, la mousse de lus­trage a été confiée à l’usine PSD, à Li­bourne, et le CAT de la ville in­ter­vient pour l’in­té­gra­tion de pro­duit. PadX­press peut éga­le­ment être fa­bri­qué sous droit de li­cence. Dans un pre­mier temps ré­ser­vé aux pro­fes­sion­nels du monde de l’au­to­mo­bile puis à la grande dis­tri­bu­tion, le PadX­press de­vrait être dis­po­nible au pre­mier tri­mestre 2018 en e-com­merce pour les par­ti­cu­liers via une pla­te­forme que la so­cié­té va dé­ve­lop­per en propre.

« Au dé­but, nous pour­rions gé­né­rer une tren­taine d'em­plois, s’en­thou­siasme Libero Mazzone. Dès que j'au­rai en­re­gis­tré les pre­mières com­mandes pour le PadX­press, je pour­rai em­bau­cher les deux ou trois cadres dont l'en­tre­prise au­ra alors be­soin. » Des re­cru­te­ments qui se fe­ront éga­le­ment en fonc­tion de la le­vée de fonds en cours. L’opé­ra­tion de­vrait être bou­clée avant la fin de l’an­née. Son fon­da­teur a d’autres in­ven­tions dans sa be­sace, et des idées plein la tête pour amé­lio­rer, à tra­vers de nou­velles fonc­tion­na­li­tés, celles qui ont dé­jà vu le jour.

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