L’IM­MO­BI­LIER CASSE-TÊTE DES STAR­TUPS

Au mo­ment de sor­tir des pé­pi­nières et des in­cu­ba­teurs, nombre de star­tups se trouvent confron­tées à des pro­blé­ma­tiques im­mo­bi­lières com­plexes. Comment trou­ver des lo­caux adap­tés quand on ne sait pas quel se­ra son ef­fec­tif dans un an ? Comment convaincre u

La Tribune Bordeaux - - ENQUÊTE - MIKAËL LOZANO @Mi­kaelLo­za­no

« L es baux com­mer­ciaux sur 3-6-9 ans de­vraient être morts de­puis long­temps, as­sène Ju­lien Par­rou-Du­boscq. Quand tu cherches des lo­caux pour ta star­tup dont l'ef­fec­tif évo­lue ra­pi­de­ment, tu te re­trouves à de­voir prendre ou trop pe­tit, ou la plu­part du temps trop grand. Sur ce plan, il y a des choses à in­ven­ter. » Fi­gure du nu­mé­rique bor­de­lais, pa­tron du groupe Ac­ti­play, pré­sident de l’as­so­cia­tion Bor­deaux En­tre­pre­neurs et co­fon­da­teur de l’ac­cé­lé­ra­teur de star­tups Hé­mé­ra, Ju­lien Par­rou-Du­boscq ré­sume en quelques mots la pro­blé­ma­tique de tous ceux qui, après avoir quit­té le douillet co­con des pé­pi­nières et des in­cu­ba­teurs, se re­trouvent confron­tés au mar­ché im­mo­bi­lier.

« Nous avions mon­té notre pro­jet en de­hors de tout in­cu­ba­teur et nous avons fi­na­le­ment in­té­gré la pé­pi­nière éco-créa­tive des Char­trons, à Bor­deaux, alors que nous étions 4 », ex­pliquent deux des co­fon­da­teurs de la star­tup Wee­nove, Ju­lien Bar­bot et Em­ma­nuel Chol­let. « Quand nous en sommes par­tis, presque trois ans après, nous étions 13. En sor­tant de la pé­pi­nière, nous avions en­vi­sa­gé de trou­ver des lo­caux à plu­sieurs en­tre­prises, mais on a aban­don­né. Une des star­tups de­vait por­ter seule le bail avec tout ce que ça im­plique, ça sem­blait trop com­pli­qué. On a mis presque un an à trou­ver des lo­caux, en né­go­ciant un bail pré­caire sur deux ans. »

LA QUÊTE D'ES­PACES MODULABLES

« Si tu n'es pas sur une courbe de crois­sance à 10%, avec dé­jà des ren­trées d'ar­gent so­lides, ça peut être com­pli­qué de convaincre un bailleur pri­vé, abonde Sté­phane Ro­chon, di­rec­teur gé­né­ral de la tech­no­pole Bor­deaux Uni­tec. L'offre im­mo­bi­lière n'est pas adap­tée aux star­tups qui at­teignent un cer­tain degré de ma­tu­ri­té et dont l'ef­fec­tif est sus­cep­tible d'évo­luer très vite. » Pour y re­mé­dier, Sté­phane Ro­chon planche sur un pro­jet d’en­ver­gure : « Je cherche ac­tuel­le­ment des par­te­naires pour dé­ve­lop­per une stra­té­gie pa­tri­mo­niale qui va au-de­là de la pé­pi­nière d'en­tre­prises de Bor­deaux Uni­tec. L'idée est de trou­ver un ac­teur pri­vé qui ac­cepte de prendre le risque sur du fon­cier, en­vi­ron 2000 mètres car­rés. Bor­deaux Uni­tec se­rait son lo­ca­taire prin­ci­pal et fe­rait en­suite des baux pré­caires avec des jeunes pousses en re­cherche de sur­faces adap­tables. Ça ne coû­te­rait rien à la col­lec­ti­vi­té. » La fu­ture Ci­té nu­mé­rique, qui ou­vri­ra ses portes à Bègles en fin d’an­née sur 27000 m2, doit éga­le­ment ré­pondre à cette pro­blé­ma­tique avec des es­paces dé­diés aux star­tups en crois­sance. D’autres pistes pri­vées com­mencent à voir le jour, com­plé­men­taires. Lors­qu’il au­ra in­ves­ti, à la fin de 2018, ses fu­turs lo­caux de l’an­cienne halle in­dus­trielle Ma­rie Bri­zard – 1600 m2 sur trois ni­veaux, rue Fon­dau­dège dans le centre de Bor­deaux –, l’ac­cé­lé­ra­teur Hé­mé­ra pro­po­se­ra 200 postes de tra­vail sans dé­pôt de ga­ran­tie ni cau­tion. L’ob­jec­tif ne se­ra pas d’ac­cueillir des star­tups de plus de 30 sa­la­riés, mais d’of­frir à celles qui sont plus jeunes des es­paces mo­du­laires où elles pour­ront s’épa­nouir fa­ci­le­ment. Le Vil­lage by CA, ac­cé­lé­ra­teur du Cré­dit Agri­cole d’Aqui­taine, offre lui aus­si aux pé­pites qu’il ac­com­pagne des lo­caux mo­du­laires pou­vant suivre la crois­sance des ef­fec­tifs.

LE CH­TEAU NU­MÉ­RIQUE, UN MO­DÈLE UNIQUE

À Bor­deaux une autre ini­tia­tive mé­rite qu’on s’y at­tarde. Bé­né­fi­ciant d’un mon­tage ori­gi­nal, le Châ­teau nu­mé­rique ac­cueille au­jourd’hui 80 sa­la­riés. « Quand on a pous­sé la porte de l'agence aqui­taine du nu­mé­rique AEC, on était juste deux gars avec un Po­wer­point », ri­gole Adrien Pin­son, co­fon­da­teur de la star­tup Je­loue­mon­cam­ping­car.com, de­ve­nue de­puis Yes­ca­pa, un des fleu­rons émer­gents de l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive.

À peu près au même mo­ment, d’autres jeunes en­tre­pre­neurs poussent la porte d’AEC. Toutes in­tègrent l’Au­berge nu­mé­rique et gran­dissent en­semble, par­ta­geant leurs réus­sites comme leurs mo­ments de doute. Vient l’heure de quit­ter l’Au­berge et de lais­ser la place à d’autres, pour al­ler à la Ci­té nu­mé­rique…

Mais cette der­nière entre en tra­vaux. Germe alors une autre idée qui per­met aux jeunes pousses de conti­nuer à tra­vailler en­semble et à se sou­te­nir au quo­ti­dien. Une grande bâ­tisse de trois étages est trou­vée à Bègles, dans un quar­tier ré­si­den­tiel, où dé­barquent bien­tôt plu­sieurs star­tups et leurs équipes. On y trouve Yes­ca­pa, Sam­boat qui per­met de louer un ba­teau au­près de par­ti­cu­liers, Je­stocke.com pro­po­sant au grand pu­blic comme aux en­tre­prises de louer leurs es­paces de sto­ckage va­cants, Mar­bo­tic et ses jouets connec­tés édu­ca­tifs, Ro­cketfid qui oeuvre dans la ga­mi­fi­ca­tion, et la phar­ma­cie en ligne, Me­soi­gner.fr.

« AEC ne nous a ja­mais lâ­chés, sou­lignent les en­tre­pre­neurs. L'agence s'est po­si­tion­née en fa­cial face au bailleur et as­sure la comp­ta­bi­li­té du lieu et la par­tie ad­mi­nis­tra­tive, ce qui nous est d'une grande aide. Deux jours après notre en­trée dans les murs, la mi­nistre Fleur Pel­le­rin ve­nait vi­si­ter les lieux! »

Deux ans après ses dé­buts, l’ini­tia­tive est concluante. Seule Yes­ca­pa a quit­té le na­vire pour trou­ver de la place ailleurs, afin de lo­ger ses 35 sa­la­riés. « À 80 per­sonnes et avec des ef­fec­tifs en crois­sance glo­bale, ça au­rait pu être dur, juge Ma­rie Mé­rouze, fon­da­trice de Mar­bo­tic. On a mis deux ans à trou­ver une or­ga­ni­sa­tion ro­dée, en mode col­la­bo­ra­tif. »

« Le sys­tème a beau­coup d'avan­tages, es­time Ni­co­las Car­gou, co­fon­da­teur de Sam­boat. On par­tage nos pro­blé­ma­tiques au quo­ti­dien, on trouve tou­jours quel­qu'un qui a la ré­ponse à notre ques­tion… En dis­cu­tant avec les dif­fé­rents pen­sion­naires du Châ­teau, on dé­tecte des si­tua­tions qui peuvent avoir échap­pé à nos col­lègues… »

L’es­prit de corps prime : « Com­bien de fois on a pu se re­mon­ter le mo­ral en cas de coup dur… », souffle Laure Cour­ty, fon­da­trice de Je­stocke.com. « Même sur des ques­tions stra­té­giques comme le fi­nan­ce­ment, on s'en­traide beau­coup, note Be­noît Pa­nel, co­fon­da­teur de Yes­ca­pa. Si la Maif a in­ves­ti dans notre star­tup mais aus­si dans Sam­boat et Je­stocke, et qu'il s'agit aus­si de notre as­su­reur com­mun, ce n'est pas un ha­sard. »

On par­tage nos pro­blé­ma­tiques, on trouve tou­jours quel­qu’un qui a la ré­ponse…

Les star­tups Sam­boat, Je­stocke. com, Me­soi­gner.fr, Mar­bo­tic, Ro­cketfid sont hé­ber­gées au Châ­teau nu­mé­rique, tan­dis que Yes­ca­pa vient de le quit­ter.

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