LE FI­NAN­CE­MENT PAR­TI­CI­PA­TIF entre dés­illu­sion et le­vier pour dé­col­ler

Pas­ser ou non par le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif pour le­ver des fonds ? Si cer­taines star­tups re­grettent de s’être lan­cées dans cette voie, d’autres en tirent un bi­lan très po­si­tif, tout en re­con­nais­sant que le pro­ces­sus est chro­no­phage et que tous les proje

La Tribune Bordeaux - - ENQUÊTE - HÉ­LÈNE LERIVRAIN @LNLe­ri­vrain

Un don, un prêt ou en­core un fi­nan­ce­ment de pro­jet par in­ves­tis­se­ment au ca­pi­tal, le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, éga­le­ment ap­pe­lé crowd­fun­ding, se dé­cline au­jourd’hui sous plu­sieurs formes. Il a conquis de jeunes pousses, en a dé­çu d’autres. Avec le re­cul, la star­tup bor­de­laise Sam­boat parle même d’un échec. « À l'époque, c'était vrai­ment très ten­dance. Nous avons échoué : on s'y est mal pris, c'était sans doute trop tôt dans l'his­toire de Sam­boat, avec des chiffres certes en­cou­ra­geants mais pas suf­fi­sants, et on a mal com­mu­ni­qué. Au fi­nal, nous avons col­lec­té 43000 € sur les 250000 € re­cher­chés, dont beau­coup de “love mo­ney” grâce à nos proches. C'est un pro­ces­sus très chro­no­phage pour des ré­sul­tats fi­nan­ciers sou­vent faibles », es­time le di­rec­teur gé­né­ral et co­fon­da­teur, Laurent Ca­lan­do.

Tout le monde est ef­fec­ti­ve­ment d’ac­cord pour dire que pas­ser par une cam­pagne de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif de­mande beau­coup de temps. « Je n'ai fait que ça pen­dant six mois, car il faut sa­voir que si nous avons 50 per­sonnes à convaincre, il faut mul­ti­plier les ef­forts par 50 », ex­plique Phi­lippe Bru­no, fon­da­teur de BlookUp, qui pro­pose de trans­for­mer en livre les conte­nus de blogs et de ré­seaux so­ciaux. « Pour au­tant, dans la me­sure où nous pro­po­sons une so­lu­tion BtoC, pas­ser par le crowd­fun­ding avait du sens. C'était un bon moyen de com­mu­ni­ca­tion. » Alors, ef­fet de le­vier? Pour Al­lan Flou­ry, de la star­tup CforGood, la ré­ponse est oui. « C'est un bon ac­cé­lé­ra­teur, même si ça ne doit pas être la seule source de fi­nan­ce­ment. En l'oc­cur­rence, la cam­pagne que nous avons me­née nous a per­mis d'être en­suite sui­vis par un fonds d'in­ves­tis­se­ment. »

PAS POUR TOUT LE MONDE

De ma­nière gé­né­rale, les cam­pagnes per­mettent de fi­nan­cer des be­soins en per­son­nel, en R&D, en com­mu­ni­ca­tion et par­fois en ma­té­riel. « Mais at­ten­tion, toutes les star­tups ne sont pas faites pour le crowd­fun­ding », in­siste Phi­lippe Ga­bo­rieau, fon­da­teur de la pla­te­forme bor­de­laise de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif Hap­py Ca­pi­tal. « Inu­tile de se lan­cer quand l'ac­ti­vi­té est confi­den­tielle ou com­pli­quée. Par ailleurs, dans le cas de l'equi­ty crowd­fun­ding avec en­trée au ca­pi­tal, des per­sonnes in­ves­tissent parce qu'elles croient en un pro­jet. Si la star­tup n'a rien en­vie de construire avec elles, ce­la ne mar­che­ra pas. » Si cer­taines star­tups sont scep­tiques à l’idée de voir de nou­velles per­sonnes en­trer au ca­pi­tal, BlookUp qui a le­vé 200000 € par le biais d’Hap­py Ca­pi­tal, sur une opé­ra­tion to­tale de 650000 €, se veut, elle, ras­su­rante. « Tous les ac­tion­naires sont réunis dans une hol­ding, donc ils ne forment eux-mêmes qu'un seul ac­teur. Mais au-de­là, c'est une vraie mo­ti­va­tion. Dans notre cas, 49 per­sonnes ont in­ves­ti dans BlookUp. » « L'in­ter­ven­tion des ac­tion­naires n'est pas in­tru­sive, com­plète Phi­lippe Ga­bo­rieau. Ils s'im­pliquent en ap­por­tant leur ex­per­tise mais aus­si leurs re­la­tions. »

Avec l’ex­pé­rience, Phi­lippe Ga­bo­rieau a éga­le­ment re­mar­qué que les star­tups qui ne par­viennent pas à le­ver les fonds es­comp­tés pen­dant la cam­pagne sont sou­vent re­con­tac­tées par la suite par d’autres types d’in­ves­tis­seurs. « Ce n'est pas sy­no­nyme d'échec », re­con­naît-il au­jourd’hui. Donc, on se pré­pare bien en amont, on reste ac­tif et convain­cu tout au long de la cam­pagne et on ne passe qu’une seule fois par le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Voi­ci quel­que­suns des conseils dis­til­lés par BlookUp, CforGood, Pres­sing pri­vé et Hap­py Ca­pi­tal.

Pas­ser par une cam­pagne de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif de­mande beau­coup de temps. « Si nous avons 50 per­sonnes à convaincre, il faut mul­ti­plier les ef­forts par 50. »

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