« Di­gi­tal et agences ban­caires ne s’op­posent pas »

Di­rec­teur gé­né­ral du Cré­dit Agri­cole d’Aqui­taine, Jack Bouin livre son éclai­rage sur la fi­nan­cia­ri­sa­tion de l’éco­no­mie, l’émer­gence des fin­tech, et sa stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment.

La Tribune Bordeaux - - DÉCIDEURS - Mikaël Lozano

Jack Bouin a un cur­sus aty­pique. Com­plè­te­ment au­to­di­dacte, il est en­tré au Cré­dit Agri­cole le jour de ses 18 ans, avec un bac en poche. Pro­gres­si­ve­ment, il a gra­vi les éche­lons et fait « presque tous les mé­tiers pos­sibles dans une banque ré­gio­nale ». En 2013 il quitte le Fi­nis­tère pour re­joindre Bor­deaux où il as­sume de­puis les fonc­tions de di­rec­teur gé­né­ral du Cré­dit Agri­cole d’Aqui­taine. Jack Bouin est éga­le­ment pre­mier vi­ce­pré­sident de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale du Cré­dit Agri­cole. In­vi­té du Pe­tit dé­jeu­ner de La Tri­bune à Bor­deaux et in­ter­ro­gé par Jean-Phi­lippe Dé­jean, le di­ri­geant en a pro­fi­té pour rap­pe­ler le poids éco­no­mique, im­por­tant, de la banque co­opé­ra­tive, qui couvre la Gi­ronde, les Landes, le Lot-et-Ga­ronne et un pe­tit bout du Gers, compte plus de 900000 clients et truste la place de pre­mier fi­nan­ceur de l’éco­no­mie ré­gio­nale. « Notre pro­duit net ban­caire, l'équi­valent du chiffre d'af­faires pour une banque, était de 550 M€ l'an pas­sé, livre Jack Bouin. Nous gé­rons 17 mil­liards d'eu­ros d'en­cours de cré­dits et 23 mil­liards d'en­cours d'épargne. C'est im­por­tant de le rap­pe­ler : le Cré­dit Agri­cole d'Aqui­taine est une banque co­opé­ra­tive. Nous ne sommes donc pas dans un mo­dèle de ré­mu­né­ra­tion des ac­tion­naires : tous les ré­sul­tats, nous les conser­vons pour in­ves­tir au pro­fit de l'éco­no­mie. » La caisse ré­gio­nale a connu une an­née 2016 sa­tis­fai­sante avec une pro­gres­sion des en­cours de cré­dits de 7 % en 2016 et des en­cours d’épargne de 5 %.

Jack Bouin est un fervent dé­fen­seur du « phy­gi­tal », au­tre­ment dit de l’al­liance du di­gi­tal et des agences phy­siques, qu’il condi­tionne tou­te­fois à l’évo­lu­tion des modes de consom­ma­tion des clients : « Sur le nu­mé­rique, nous n'avons pas at­ten­du pour nous im­pli­quer. La banque mo­bile, on le fait de­puis des an­nées; d'ici à fin 2018 tous nos pro­duits pour­ront être sous­crits en ligne, mais on a le conseiller en plus. Con­cer­nant cette nou­velle concur­rence des banques pure player mo­biles, j'at­tends qu'on m'ex­plique comment elles exa­minent et gèrent, sans conseillers, les dos­siers de cré­dits com­pli­qués ou les aléas, les étapes de la vie de leurs clients. Ce n'est pas le di­gi­tal d'un cô­té et l'agence ban­caire de l'autre, c'est le di­gi­tal qui doit en­trer dans l'agence. Je ne dis pas que nous ne fer­me­rons pas d'agences dans le fu­tur, je dis que ce n'est pas notre choix a prio­ri. Je le dis très clai­re­ment : si notre clien­tèle bas­cule vers un autre mo­dèle, ce­la nous condui­ra à fer­mer des agences et il n'y au­ra pas de marche ar­rière pos­sible, ce se­ra fi­ni. »

SÉ­CU­RI­SA­TION DES DON­NÉES

Ob­ser­vant de près l’émer­gence des fin­tech, Jack Bouin note « de l'in­té­rêt et de bonnes idées » mais de­mande aus­si que le ni­veau d’exi­gence des lé­gis­la­teurs re­monte : « La banque est hy­per­ré­gle­men­tée et je ne suis pas contre ça mais à condi­tion que ces règles soient les mêmes pour tous. Je m'in­ter­roge aus­si sur la ques­tion de la sé­cu­ri­sa­tion des don­nées. Chaque an­née, le Cré­dit Agri­cole in­ves­tit 100 M€ sur ce su­jet. De­main, nous al­lons de­voir four­nir des don­nées ban­caires à des opé­ra­teurs fin­tech, les agré­ga­teurs de comptes. Je de­mande à voir quels sys­tèmes de sé­cu­ri­té se­ront mis en place par ces ac­teurs. »

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