« Il faut un mo­ra­toire SUR LES EXI­GENCES AR­CHI­TEC­TU­RALES »

ALAIN FERRASSE PRÉ­SIDENT DE LA FÉ­DÉ­RA­TION DES PRO­MO­TEURS IM­MO­BI­LIERS AQUI­TAINE-POI­TOU-CHA­RENTES

La Tribune Bordeaux - - DOSSIER BORDEAUX IMMOBILIER - Pro­pos re­cueillis par M. L.

Bor­deaux li­vrée à l’ap­pé­tit des pro­mo­teurs ? Son maire, Alain Jup­pé, les ac­cuse en tout cas de ti­rer les prix vers le haut. Alain Ferrasse, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des pro­mo­teurs im­mo­bi­liers Aqui­taine Poi­tou-Cha­rentes, dé­fend sa pro­fes­sion.

LA TRI­BUNE - Lors de sa confé­rence de presse de ren­trée en sep­tembre, le maire de Bor­deaux, Alain Jup­pé, a ap­pe­lé les pro­mo­teurs à « ces­ser la sur­en­chère » qu’ils se li­vre­raient pour ac­qué­rir du fon­cier. Sur­en­chère qui les condui­rait en­suite à aug­men­ter leurs prix. Que lui ré­pon­dez-vous ?

ALAIN FERRASSE - Alain Jup­pé a re­mo­de­lé une ville qui est au­jourd'hui ex­ces­si­ve­ment re­cher­chée. Les pro­mo­teurs s'y bous­culent, c'est vrai, car ils savent que non seule­ment Bor­deaux est at­trac­tive, mais aus­si que les opé­ra­tions d'amé­na­ge­ment qui s'y dé­roulent leur donnent de la vi­si­bi­li­té sur une dé­cen­nie. Ils se battent donc pour ache­ter les ter­rains à tout prix. C'est un pro­blème dont nous sommes conscients à la Fé­dé­ra­tion des pro­mo­teurs im­mo­bi­liers et nous dis­cu­tons donc avec la mé­tro­pole pour trou­ver des so­lu­tions en­semble. Mais je ré­tor­que­rai éga­le­ment que le ter­rain ne re­pré­sente que 15% du prix d'une opé­ra­tion, quand la construc­tion pèse 50%. En un an, les en­tre­pre­neurs, qui ont dé­sor­mais des car­nets de com­mandes rem­plis dans le Bor­de­lais, ont fait grim­per leurs ta­rifs de 15%. Je di­rai donc qu'il faut ba­layer au bon en­droit.

Que ré­cla­mez-vous ?

Nous n'avons au­cune in­quié­tude au ni­veau de la de­mande, contrai­re­ment à l'offre. Nous aler­tons les col­lec­ti­vi­tés sur les dé­lais trop im­por­tants qui en­cadrent les per­mis de construire. Ceux-ci tardent à nous être dé­li­vrés car ils sont trop sou­vent re­mis en ques­tion par le voi­si­nage. Bor­deaux et sa mé­tro­pole ont de fortes ré­ti­cences à créer de la den­si­té. Les opé­ra­tions en amé­na­ge­ment ne re­pré­sentent que 30% des lo­ge­ments qui sont mis sur le mar­ché. Il y a donc 70% des lo­ge­ments qui sont mis en vente sur des ter­rains en zones dif­fuses, où les ter­rains sont à cô­té d'ha­bi­ta­tions exis­tantes. Cer­tains élus in­citent les par­ti­cu­liers qui vendent leurs ter­rains à re­voir à la baisse la su­per­fi­cie de ces ter­rains, mais ils ne ré­éva­luent pas les prix de la même ma­nière. Nous sommes donc en ré­flexion avec les pou­voirs pu­blics pour trou­ver des so­lu­tions afin que les prix des ter­rains ven­dus par les par­ti­cu­liers baissent, mais nous de­man­dons aus­si aux col­lec­ti­vi­tés un mo­ra­toire sur leurs exi­gences en termes de taille de lo­ge­ment, de pro­gram­ma­tion, de part d'ha­bi­tat so­cial. In­clure l'ac­ces­sion mo­dé­rée dans le cal­cul de la part d'ha­bi­tat so­cial per­met­trait de li­mi­ter la hausse des prix. Nous de­man­dons éga­le­ment un mo­ra­toire sur les exi­gences ar­chi­tec­tu­rales, qui ne font que mon­ter en puis­sance. Les îlots se mul­ti­plient, comme les ur­ba­nistes qui font de la den­telle sur de mul­tiples pe­tits pé­ri­mètres.

2016 était une an­née re­cord pour le neuf dans la mé­tro­pole bor­de­laise. 2017 fi­ni­ra-t-elle sur les mêmes bases ?

Les deux an­nées de­vraient être équi­va­lentes. Au deuxième tri­mestre, nous avions 1694 lo­ge­ments ré­ser­vés contre 1657 à la même époque en 2016. Le rythme se main­tient, il s'ac­cé­lère même lé­gè­re­ment. L'offre com­mer­ciale se main­tient au­tour de 2950 lo­ge­ments, soit cinq mois de stock théo­rique, ce qui est faible. Heu­reu­se­ment, il y a beau­coup de mises sur le mar­ché ; cer­taines opé­ra­tions sont prises d'as­saut. Les ventes à in­ves­tis­seur res­tent ma­jo­ri­taires, au­tour de 60%, mais leur nombre a pro­gres­sé moins vite que ce­lui des ventes à des pro­prié­taires oc­cu­pants. On peut no­ter un ap­pé­tit pour les ap­par­te­ments en hau­teur, avec des ter­rasses, dans les sec­teurs en cours d'amé­na­ge­ment, sur­tout chez les se­con­do-ac­cé­dants qui ont re­ven­du leur mai­son en pé­ri­phé­rie et veulent se rap­pro­cher du centre-ville de Bor­deaux.

De plus en plus de voix dé­noncent l’ar­ri­vée de mé­nages pa­ri­siens dont le pou­voir d’achat plus im­por­tant faus­se­rait le mar­ché im­mo­bi­lier. Qu’en pen­sez-vous ?

Cette po­pu­la­tion d'Île-de-France a la culture du neuf, contrai­re­ment à beau­coup d'autres. Elle est donc pré­sente, c'est vrai, sur les opé­ra­tions en coeur de ville, où le prix au mètre car­ré est éle­vé. Mais ce qui me frappe sur­tout, c'est le très faible écart entre les prix dans l'an­cien et dans le neuf, pour­tant tra­di­tion­nel­le­ment plus cher. Le prix dans l'an­cien a pro­gres­sé beau­coup plus vite que ce­lui du neuf, si bien qu'il y a au­jourd'hui à peine 10% d'écart.

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