STE­PHAN BLAN­CHET

La Tribune de Lyon - - STEPHAN BLANCHET -

Les prix sont quand même éle­vés, sur­tout lorsque l’on vise une clien­tèle jeune… Ce n’est pas à nous de fixer les prix, nous louons seule­ment des es­paces aux bro­can­teurs. Ils passent du temps à res­tau­rer les meubles, à les re­mas­té­ri­ser, c’est nor­mal qu’ils coûtent cher. Par contre, nous dé­ve­lop­pons le dé­bal­lage pour pro­po­ser des ob­jets pas trop cher. Les pro­fes­sion­nels qui ne louent pas d’em­pla­ce­ment ou les par­ti­cu­liers qui ont des ob­jets à vendre peuvent donc ve­nir ici deux fois par an. En­core une fois, beau­coup de non- Lyon­nais viennent chi­ner ici, ce qui prouve que les prix sont at­trac­tifs. Les tou­ristes se dé­placent jus­qu’ici ? On croise de plus en plus d’étran­gers dans les al­lées. Quand ils viennent à Lyon, ils ont en­vie de pas­ser un week- end comme de vrais Lyon­nais. Mais pour faire ve­nir les tou­ristes, il faut ré­soudre deux pro­blèmes. Le pre­mier, c’est le trans­port des meubles. De­puis trois mois, un trans­por­teur s’est ins­tal­lé aux Puces et s’est as­so­cié avec des trans­por­teurs in­ter­na­tio­naux. Il livre à Lyon mais aus­si en Aus­tra­lie, en Asie, en Suède… Le se­cond pro­blème, ce sont les tran­sports en com­mun. Le Sy­tral est sol­li­ci­té par la Mai­rie pour mieux des­ser­vir le quar­tier Saint- Jean, mais c’est aus­si à nous de mon­trer que les Puces bougent le week- end. On a éga­le­ment mis en place un par­te­na­riat avec Hap­py 2CV pour que les vi­si­teurs puissent ve­nir en 2 CV de­puis la place Bel­le­cour. Mais le reste de la se­maine, le site est mort… L’en­jeu au­jourd’hui, c’est de faire vivre les Puces toute la se­maine. Dé­sor­mais, le mar­ché est ou­vert le jeu­di, un cré­neau plus pro­pice aux pro­fes­sion­nels. C’est un jour qui marche très bien : alors qu’il n’y avait qu’une di­zaine de dé­bal­leurs au dé­but, au­jourd’hui on en compte près d’une cen­taine. La nou­veau­té de cette ren­trée, c’est le cha­pi­teau… J’ai in­ves­ti dans cette struc­ture de 1 000 m ² pour ac­cueillir des conven­tions, des sé­mi­naires, des sa­lons pro­fes­sion­nels ou grand pu­blic. L’avan­tage pour les or­ga­ni­sa­teurs, c’est qu’ici il y a dé­jà un pu­blic tout trou­vé le di­manche avec en­vi­ron 10 000 per­sonnes. Quant aux bro­can­teurs, s’il y a des évé­ne­ments le reste de la se­maine, ils au­ront ten­dance à ou­vrir. De quel oeil les bro­can­teurs vous voient- ils, vous qui êtes un homme d’af­faires ? Au dé­but je me suis heur­té à cer­tains. Ils me voyaient comme un fi­nan­cier, un op­por­tu­niste qui al­lait bra­der les Puces. Et puis, ils ne vou­laient pas que ça change. Par exemple, il y a quelques mois, un mar­chand fai­sait sa loi. On lui a dit : « Si tu ré­ci­dives, tu

se­ras in­ter­dit de site » . Il est ve­nu s’ex­cu­ser per­son­nel­le­ment au­près de moi. Au­jourd’hui, on s’es­time avec les bro­can­teurs, je peux comp­ter sur cer­tains avec les­quels je suis même de­ve­nu ami. Mais j’ai te­nu bon : j’ai fait par­tir les mau­vais payeurs, per­sonne ne me tient. Nous or­ga­ni­sons des réunions tri­mes­trielles qu’on ne fai­sait pas avant pour leur pré­sen­ter nos pro­jets et leur de­man­der leur avis. Ils com­prennent que les chan­ge­ments mis en place sont dans leur in­té­rêt. Vous avez pris la di­rec­tion des Puces un peu par la force des choses lorsque vous avez écar­té votre as­so­cié Jacques Chal­vin. Vous vous êtes fi­na­le­ment pris au jeu ? Au dé­part, il y avait l’as­pect fi­nan­cier : j’avais in­ves­ti plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros dans les Puces. Soit je m’en sor­tais, soit je per­dais tout. Alors j’ai re­ven­du ma so­cié­té qui pla­çait des chi­rur­giens et des mé­de­cins en France et en Eu­rope et je me suis re­trous­sé les manches. Sur­tout que je trou­vais dom­mage que les Puces ferment : elles font par­tie du pa­tri­moine. On y vient pour trou­ver un ob­jet unique dans une am­biance unique, avec des grandes gueules. Car les Puces, ce sont aus­si des hommes pas­sion­nés pour les­quels c’est toute leur vie. Ce n’est pas la pre­mière fois que je re­prends une so­cié­té en dif­fi­cul­té, je me suis dit : « Pour­quoi cette fois n’y ar­ri­ve­rai- je pas ? » . La re­prise du site a été dif­fi­cile. Com­ment vous sen­tez- vous au­jourd’hui ? Je me sens bien mieux au­jourd’hui qu’il y a un an et en­core mieux qu’il y a deux ans. Et j’es­père bien moins que dans un an. Vous se­riez ve­nue il y a un an ici, en se­maine c’était mort. Au­jourd’hui, nous dé­jeu­nons chez Os­car, le nou­veau res­tau­rant des Puces. Il y a des gens qui ont l’air de pas­ser un bon mo­ment et qui peut- être re­vien­dront un di­manche. La mayon­naise est en train de prendre.

« Au dé­but je me suis heur­té à cer­tains bro­can­teurs. Ils me voyaient comme un fi­nan­cier, un op­por­tu­niste qui al­lait bra­der les Puces »

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