En­quête.

Dans les jour­naux, à la té­lé et à la ra­dio, les re­por­tages ont fleu­ri ces der­nières se­maines : Lyon se­rait la ca­pi­tale de l’extrême droite en France. Les grou­pus­cules im­plan­tés dans le Vieux Lyon sont ac­tifs et at­tirent le re­gard des jour­na­listes, sou­vent

La Tribune de Lyon - - SOMMAIRE - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR LU­CAS DES­SEIGNE

Lyon est- elle vrai­ment la

ca­pi­tale de l’extrême droite ?

D a n s l e s r ue s pa­vées du VieuxLyon, s e s t r abou le s e t s e s ter­rasses, i l est de­ve­nu im­pos­sible de leur échap­per. Chaque an­née plus nom­breux, leur pré­sence fait sou­vent râ­ler les ri­ve­rains : les tour istes ont pris pos­ses­sion de la rue Saint- Jean et de ses alen­tours. L’an­cien quar­tier in­sa­lubre et pro­mis à la des­truc­tion, avant d’être sau­vé par le mi­nistre de la Culture An­dré Mal­raux en 1964, est au­jourd’hui la vi­trine de Lyon à l’in­ter­na­tio­nal. Tout le quar­tier ? Non ! Car une pe­tite par­tie ré­siste en­core et tou­jours à l’en­va­his­seur. Entre Saint- Paul et Saint- Georges se cache un v i l lage gau­lois d’un genre par­ti­cu­lier. Ici, pas de po­tion ma­gique, mais des re­cettes un peu rances au goût de poing et à la désa­gréable cou­leur brune. C’est que, der­rière le masque co­lo­ré du tou­risme à ou­trance, une ré­al ité plus obs­cure se ta­pit dans les ruelles du Vieux Lyon : celles- ci se­raient en réa­li­té de­ve­nues une zone de non­droit, le Tor­tu­ga des iden­ti­taires, des na­tio­na­listes, des tra­di­tio­na­listes, bref des « fa­chos » de tous poils. Ces der­niers mois, les ac­tions coup de poing me­nées par les membres du Bas­tion so­cial – hé­ri­tier du GUD ( Groupe union dé­fense) – ou les iden­ti­taires de Re­beyne ! ont pris une di­men­sion mé­diat ique nou­velle. Agres­sions phy­siques ou at­taques de lo­caux – ceux de la CGT, de Ra­dio Ca­nut, de la Mai­son des Pas­sages, de la li­brai­rie La Plume noire… – ont at­ti­ré no­tam­ment Le Monde, BFMTV, l’émis­sion Quo­ti­dien, France Culture… qui tous se sont pen­chés sur la ques­tion. Avec, en conclu­sion, tou­jours le même constat : Lyon se­rait la ca­pi­tale fran­çaise de l’extrême droite. Car si la ville est sou­vent pré­sen­tée comme « un la­bo­ra­toire des droites ra­di­cales » ( voir en­ca­dré p. 32 et carte p. 33), cette af­fir­ma­tion vé­hi­cule aus­si l’image tron­quée d’une réa­li­té beau­coup plus nuan­cée.

« À Lyon, les grou­pus­cules sont à la fois plus di­vers et plus ac­tifs qu’ailleurs, pré­sente Sté­phane Fran­çois, his­to­rien et po­li­to­logue spé­cia­li­sé dans les ques­tions d’extrême droite. Mais sur­tout, l’ac­ti­visme y est plus violent. Il y a ici un vrai sur­ac­ti­visme. Et comme Lyon est ob­ser­vée à la loupe, dès qu’il s’y passe quelque

chose, on en parle. » Cons­cients de l’at ten­tion por tée à leurs actes, ces groupes en jouent al­lè­gre­ment. Le rai­son­ne­ment est simple : plus on parle d’eux, plus on leur donne de l’im­por­tance et ren­voie l’im­pres­sion de mou­ve­ments nom­breux à la ca­pa­ci­té de nui­sance réelle. Ce qui, dès lors, les ancre dans le pay­sage vi­suel, et les ba­na­lise presque. « Der­rière chaque ac­tion des iden­ti­taires se cache un coup de com’, pour­suit le cher­cheur. Leur but, c’est de faire par­ler d’eux dans les mé­dias. Je l’ai dit à des amis jour­na­listes : vous vous êtes fait pié­ger lors de leur ac­tion au col de l’Échelle ( en avril, une cen­taine de mi­li­tants d’extrême droite avaient ten­té de fer­mer les fron­tières à un lieu de pas­sage connu de mi­grants, NDLR). » Ma­rion Athiel mi l ite de­puis 20 ans dans dif­fé­rentes as­so­cia­tions lut­tant contre l’extrême droite. Elle par­tage le même avis. « Long­temps, on s’est bat­tus pour que l’on parle de ces phé­no­mènes. Parce que ce qui se passe à Lyon peut en­suite se pas­ser ailleurs, on l’a vu avec le Bas­tion so­cial. Main­te­nant, je suis plus mi­ti­gée. Ré­agir à ce qu’ils font si­gni­fie les mettre en lu­mière. »

Mi­no­ri­té ta­pa­geuse Se pose éga­le­ment la ques­tion du nombre de mi­li­tants, na­tu­rel­le­ment mou­vant et di ffi­cile à cer­ner vé­ri­ta­ble­ment. Pour Ma­rion Athiel, « ils sont au plus 250 à être vi­sibles à Lyon. » Mais elle se mé­fie des

im­pres­sions. « Il y a ce noyau dur de vio­lents qui est la pre­mière vi­trine de tous ces groupes. Mais les idéo­logues, ceux qui tirent les fi­celles, sont dans l’ar­rière- bou­tique. On n’a pas trop d’in­fos là- des­sus, mais ils ont beau­coup de fa­ci­li­té à ob­te­nir des fi­nan­ce­ments, ça in­ter­roge. » Sté­phane Fran­çois in­siste sur l’uti­li­sa­tion du terme de « grou­pus­cule » : « On est quand même dans des

« Comme Lyon est ob­ser­vée à la loupe, dès qu’il s’y passe quelque chose, on en parle. »

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