MAIS À QUOI VA SER­VIR LE TRÈS HAUT DÉ­BIT!?

NU­MÉ­RIQUE Le gou­ver­ne­ment veut gé­né­ra­li­ser l’in­ter­net à très haut dé­bit d’ici à 2022. Les col­lec­ti­vi­tés sont prêtes à in­ves­tir des sommes folles pour y avoir ac­cès, sur­tout dans les cam­pagnes. Mais très peu se posent la ques­tion de son uti­li­té et de la ma

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - JEAN-PIERRE GONGUET

Trois mi­nutes, c’est le temps d’un oeuf à la coque. Pour ex­pli­quer ma po­si­tion sur un plan à 30 mil­liards d’eu­ros, c’est un peu juste. » La mi­nistre dé­lé­guée à l’Éco­no­mie nu­mé­rique, Fleur Pel­le­rin, a sou­ri, et Yves Rome, sé­na­teur et pré­sident du conseil gé­né­ral de l’Oise, a ex­po­sé son point de vue sur le plan très haut dé­bit (THD) du gou­ver­ne­ment!; comme les 59 autres in­vi­tés à la table ronde de consul­ta­tion des ac­teurs du sec­teur, qui se te­nait le 13 fé­vrier der­nier à Ber­cy. Mais il fut l’un des rares à pré­sen­ter un dis­cours un peu dis­so­nant, avec Yves Krat­tin­ger, sé­na­teur et pré­sident du conseil gé­né­ral de la Haute-Saône. « Fleur Pel­le­rin maî­trise to­ta­le­ment son dos­sier. Tech­ni­que­ment elle est très forte et, en plus, elle a de la re­par­tie, ex­plique l’un des opé­ra­teurs in­dus­triels pré­sents. An­toine Da­rodes, qui se­ra vrai­sem­bla­ble­ment le pa­tron de l’agence du THD, est lui aus­si im­pec­cable. Il est même consen­suel. Sauf qu’on ne sai­sit tou­jours pas la vi­sion po­li­tique. Je com­prends les élus : ils at­ten­daient qu’on donne du sens, et on leur parle tuyaux, cuivre, in­fra­struc­tures et taxes. Et je com­prends les en­tre­prises : per­sonne ne parle d’elles. »

UNE HIS­TOIRE D’IN­GÉ­NIEURS ET D’INS­PEC­TEURS

Qui va mettre en place le plan très haut dé­bit et pour quoi faire!? C’est la ques­tion qui com­mence à ta­rau­der les élus. D’un cô­té, ils ne veulent pas se faire dé­pos­sé­der de cet équi­pe­ment es­sen­tiel du ter­ri­toire. De l’autre, ils n’ont pas, ma­jo­ri­tai­re­ment, la culture du nu­mé­rique. « Le THD pour l’ins­tant, c’est des his­toires d’in­gé­nieurs et d’ins­pec­teurs des fi­nances, ex­plique Jean Pierre Jambes, un uni­ver­si­taire de Pau qui fut pen­dant une di­zaine d’an­nées le pa­tron du dé­ve­lop­pe­ment haut dé­bit de la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion de Pau-Py­ré­nées. Tout le monde a com­pris qu’il s’agis­sait d’un in­ves­tis­se­ment ma­jeur, mais per­sonne ne ré­flé­chit sur le re­tour sur in­ves­tis­se­ment : les col­lec­ti­vi­tés ne tra­vaillent pas, ou peu, sur une meilleure dis­tri­bu­tion du ser­vice pu­blic, très peu sur l’édu­ca­tion nu­mé­rique, sur l’e-san­té… Ce qui est éner­vant dans la feuille de route de Fleur Pel­le­rin, c’est l’ab­sence de pro­jet. Ce n’est peut-être pas son rôle, mais Cé­cile Du­flot était, elle, à cette réunion et on me dit qu’elle n’a rien dit. C’est à elle de le faire. » En fait, la mi­nistre de l’Éga­li­té des ter­ri­toires a par­lé, mais comme le dit un élu qui at­ten­dait vi­si­ble­ment un peu plus d’elle, « elle n’a ap­por­té au­cun sens po­li­tique » .

Cé­cile Du­flot a pour­tant par­fai­te­ment sai­si que les col­lec­ti­vi­tés se sen­taient mal à l’aise dans le dé­bat THD et nu­mé­rique. Clau­dy Le­bre­ton, le pré­sident de l’As­sem­blée des dé­par­te­ments de France, est donc en train de tra­vailler sur la ques­tion – es­sen­tielle pour les col­lec­ti­vi­tés –, des usages du nu­mé­rique. Sur la ma­nière dont le nu­mé­rique peut ré­in­ven­ter les po­li­tiques pu­bliques et ab­so­lu­ment pas sur l’in­ves­tis­se­ment né­ces­saire. Clau­dy Le­bre­ton fait par­tie de ces élus qui es­timent qu’il ne sert à rien d’in­ves­tir un eu­ro dans une nou­velle technologie si l’on n’en met pas deux dans le même temps sur la for­ma­tion des per­son­nels. Re­né Sou­chon, le pré­sident du Conseil ré­gio­nal d’Au­vergne, qui est cer­tai­ne­ment l’élu le plus en avance sur les ques­tions de haut et de très haut dé­bit, di­sait exac­te­ment la même chose, il y a peu, au mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Vincent Peillon : « La Ré­gion a fait le choix du nu­mé­rique comme le­vier du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. De­puis 2009, tous les Au­ver­gnats ont le haut dé­bit. À par­tir de juin 2013, on com­mence l’ins­tal­la­tion de la fibre et on veut du 100 Mbit/s à la fin de 2017 par­tout. A mi­ni­ma, tous les foyers se­ront à 8 Mbit/s à cette date, les ly­cées se­ront à 100, les col­lèges en ma­jo­ri­té à 100 et les écoles pri­maires se­ront éga­le­ment cou­vertes. S’il le faut par le sa­tel­lite, quitte à ce que la Ré­gion paie. À Pa­ris il n’y a pas de sou­ci, le mar­ché amène les in­fra­struc­tures. En Au­vergne, s’il n’y a pas d ini­tia­tive pu­blique, il n’y a rien. Mais les ré­ti­cences sont co­los­sales. Je passe mon temps à dis­cu­ter d’e-edu­ca­tion, l’édu­ca­tion c’est ma­jeur. Le nu­mé­rique c’est vi­tal. Mais ce n’est pas na­tu­rel, il y a des ré­ti­cences chez les pro­fes­seurs, elles sont même énormes. Il faut for­mer les pro­fes­seurs si on veut boos­ter le sys­tème. »

Dans les rares dé­par­te­ments très avan­cés en ma­tière de haut, puis de très haut dé­bit, c’est le même pro­blème. Dans l’Oise, il y a 330!000 foyers cou­verts pour 800!000 ha­bi­tants. Seule­ment 100!000 foyers (à Beauvais, Com­piègne, Chan­tilly et Sen­lis) se­raient des­ser­vis en FTTH ( Fi­ber To The Home) en 2020 par les opé­ra­teurs. Le conseil gé­né­ral de l’Oise a adop­té un sché­ma di­rec­teur qui éva­lue entre 300 mil­lions et 330 mil­lions d’eu­ros le coût pu­blic pour cou­vrir les foyers non des­ser­vis et il a même nom­mé un vice-pré­sident char­gé du dé­ploie­ment du THD, c’est dire si le su­jet est pris très au sé­rieux. Pour au­tant, la mé­thode d’éla­bo­ra­tion du pro­jet THD Oise est fruste : on ad­di­tionne des coûts. Il n’y a qua­si­ment pas de re­cettes. Le pro­blème de l’Oise – comme de tous les sché­mas di­rec­teurs d’amé­na­ge­ment nu­mé­rique (SDAN) qui veulent être éli­gibles à des sub­ven­tions de l’État –, c’est qu’il n’y a ni vi­sion de l’uti­li­té du THD, ni ré­fé­ren­tiel per­met­trant de hié­rar­chi­ser les pro­jets d’équi­pe­ments en fonc­tion d’un re­tour

[JEAN-FRANCOIS MO­NIER/AFP]

La fibre op­tique, fa­bri­quée ici par l’en­tre­prise Acome, dans la Manche, est une des tech­no­lo­gies o!rant les meilleurs dé­bits d’in­for­ma­tion.

[JEAN-FRANCOIS MO­NIER/AFP]

Le dé­ploie­ment des ré­seaux FTTH ( Fi­bre­to­the­home), an­nonce l’ex­tinc­tion des ré­seaux en cuivre, qui se­ront rem­pla­cés pro­gres­si­ve­ment par de la fibre op­tique.

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