Le Google fran­çais est-il aus­si fran­çais qu’il veut bien le dire!?

Qwant, le nou­vel ou­til de re­cherche fran­çais, jus­ti­fie l’uti­li­sa­tion des don­nées d’autres mo­teurs, dont Bing, ce­lui de Mi­cro­soft, pour mus­cler ses ré­sul­tats de re­cherche, le temps de mon­ter en puis­sance. En quatre jours, il a trai­té 15 mil­lions de re­quête

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ - DEL­PHINE CU­NY

« RÉ­VO­LU­TION­NAIRE » : la start-up fran­çaise Qwant n’a pas lé­si­né sur les su­per­la­tifs en lan­çant mer­cre­di der­nier, dans 15 langues et 35 pays, son mo­teur de re­cherche « comme il n’en a jamais exis­té » . Les mé­dias, gé­né­ra­listes et spé­cia­li­sés, ont ré­ser­vé un ex­cellent ac­cueil à ce que cer­tains pré­sentent comme un « Google killer », sa­luant la qua­li­té et l’ori­gi­na­li­té de l’in­ter­face du site. Plu­sieurs per­son­na­li­tés s’em­ballent, comme Gilles Ba­bi­net, ex-pré­sident du Conseil na­tio­nal du nu­mé­rique, qui se dé­clare sur Twit­ter « très im­pres­sion­né par la qua­li­té de l’in­ter­face et des ré­sul­tats ».

Trois jours plus tard, pa­ta­tras : un blo­gueur dé­nonce dans un billet le re­cours par Qwant à des tech­no­lo­gies qu’il n’a pas dé­ve­lop­pées lui­même, en par­ti­cu­lier l es ré­sul­tats de re­cherche pro­ve­nant de Bing, mais aus­si à des ren­vois vers Ama­zon pour le shop­ping ou Wikipedia. La charge est vio­lente : « Qwant est une vraie dé­cep­tion, ce n’est pas un nou­veau mo­teur de re­cherche et en­core moins un mo­teur de re­cherche “made in France”. C’est juste une in­ter­face, pas for­cé­ment réus­sie, qui uti­lise les tech­no­lo­gies d’autres mo­teurs de re­cherche et qui les pré­sente à sa sauce » , écrit ce blo­gueur qui se fait ap­pe­ler Lu­cien Théo­dore. D’autres spé­cia­listes de la re­cherche sur In­ter­net s’in­ter­rogent : Qwant est-il vrai­ment un mo­teur ou un simple agré­ga­teur"? La so­cié­té a ré­agi ra­pi­de­ment sur son site. Qwant ex­plique qu’il a dé­ve­lop­pé son propre sys­tème d’in­dexa­tion, à par­tir de la technologie de Per­timm, une des en­tre­prises à l’ori­gine de Qwant, qui édite des mo­teurs de re­cherche pro­fes­sion­nels pour des clients tels que Au­chan, Mee­tic et Pa­ges­Jaunes, mais qu’elle « com­plète ses propres don­nées avec des don­nées ob­te­nues au­près d’autres mo­teurs de re­cherche du­rant la phase de mon­tée en puis­sance de son in­fra­struc­ture ».

En clair, oui, il y a bien du Bing dans les ré­sul­tats de Qwant, mais aus­si d’autres mo­teurs dans d’autres langues (Yan­dex en russe, par exemple) pour mus­cler son in­dexa­tion. « Notre ob­jec­tif est de nous a!ran­chir pro­gres­si­ve­ment de ces mo­teurs avec notre base d’in- dexa­tion propre. On est peut-être sor­ti un peu trop tôt, on n’a pas com­plè­te­ment fi­ni cette par­tie-là » , concède Éric Lean­dri, le di­rec­teur gé­né­ral et res­pon­sable tech­nique, qui tente de dé­mi­ner la si­tua­tion.

As­su­ré­ment, la so­cié­té au­rait ga­gné à plus de trans­pa­rence, voire de mo­des­tie. La so­cié­té dé­fend son l an­ce­ment dans 15 langues en même temps : « Pour bien in­dexer le Web, il faut une di­men­sion mon­diale. Plus nous se­rons uti­li­sés par des in­ter­nautes de toute la pla­nète, meilleure se­ra notre in­dexa­tion » , ex­plique Éric Lean­dri, l’un des trois prin­ci­paux ac­tion­naires de Qwant (aux cô­tés de Jean-Ma­nuel Ro­zan et de Per­timm, ils contrôlent à eux trois 80"% du ca­pi­tal).

« ON VEUT NOUS FAIRE PAS­SER POUR DES HAM­BUR­GERS »

Qwant re­con­naît aus­si uti­li­ser les bases de don­nées Wikipedia, comme Google pour s on Know­ledge Graph (la boîte d’in­for­ma­tions fi­gu­rant en en­ca­dré en haut à droite de la page de ré­sul­tats). Qwant met éga­le­ment en avant qu’il in­dexe tous les ré­seaux so­ciaux, sans dis­cri­mi­na­tion (com­prendre : et pas seule­ment Google+), et la créa­tion des « ten­dances du jour » qui laissent ap­pa­raître les su­jets les plus dis­cu­tés. La so­cié­té fran­çaise, en­re­gis­trée au­près de la CNIL, sou­ligne aus­si son en­ga­ge­ment de res­pec­ter toutes les re­com­man­da­tions de la Com­mis­sion in­for­ma­tique et Li­ber­tés en ma­tière de don­nées per­son­nelles, à l’heure où Google se fait tan­cer par les au­to­ri­tés eu­ro­péennes.

« Notre phi­lo­so­phie est com­plè­te­ment di!érente [de celle de Google, ndlr]. Nous vou­lons of­frir un mo­teur de dé­cou­verte, non biai­sé. Dans la pu­bli­ci­té aus­si, notre ap­proche est dif­fé­rente, nous ne ven­dons pas de mots-clés mais nous ren­sei­gnons les marques, les an­non­ceurs, sur ce que les in­ter­nautes disent d’elles, pour amé­lio­rer leur CRM [ges­tion de la re­la­tion client], dans une op­tique BtoB », plaide Éric Lean­dri. Un po­si­tion­ne­ment as­sez proche de ce­lui du site a mé­ri­cai n Du­ckDu­ckGo.

« On veut nous faire pas­ser pour des ham­bur­gers alors qu’on est bien fran­çais, nos bu­reaux sont à Pa­ris dans le 8e, nos ser­veurs sont hé­ber­gés non loin d’ici, chez Te­le­ci­ty », s’em­porte le di­rec­teur gé­né­ral de Qwant, qui em­ploie une ving­taine de per­sonnes, des in­for­ma­ti­ciens pour l’es­sen­tiel.

La so­cié­té se ré­serve le droit de pour­suivre le blo­gueur ano­nyme pour concur­rence dé­loyale ou dé­ni­gre­ment. Le bruit mé­dia­tique, am­pli­fié par le « bad buzz », au­ra en tout cas pro­duit ses e#ets : Qwant a trai­té 15 mil­lions de re­quêtes en quatre jours.

[CRIS­TI­NA PE­DRAZ­ZI­NI / CPD / SCIENCE PHO­TO LI­BRA­RY]

Qwant a été lan­cé en 15 langues et dans 35 pays. Des dé­buts trop am­bi­tieux"?

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