FU­SION LSE-DEUTSCHE BÖRSE LA RUP­TURE BOURSIÈRE ENTRE LONDRES ET L’EU­ROPE

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

Trois ten­ta­tives de ma­riage et trois en­ter­re­ments. L'en­tre­prise opé­rant la Bourse de Londres, le Lon­don Stock Ex­change Group (LSEG, qui gère aus­si la place de Mi­lan) a pris acte du feu vert « peu pro­bable » de la Com­mis­sion eu­ro­péenne à son rap­pro­che­ment avec son ho­mo­logue al­le­mand, Deutsche Börse, qui n'abou­ti­ra pas, pour la troi­sième fois – des pro­jets avaient fait long feu en 2000 et 2005. L’en­tre­prise bri­tan­nique a in­di­qué le 26 fé­vrier qu’elle re­fu­sait ca­té­go­ri­que­ment de vendre sa par­ti­ci­pa­tion de 60% dans la pla­te­forme ita­lienne d’échanges sur les mar­chés de taux MTS, spé­cia­li­sée dans les obli­ga­tions sou­ve­raines eu­ro­péennes, une de­mande « dis­pro­por­tion­née » de Bruxelles, se­lon elle. Les rup­tures de fian­çailles sont presque de­ve­nues une tra­di­tion dans le mi­lieu des Bourses de va­leurs. Car à ce nou­vel échec, il fau­drait ajou­ter les mul­tiples com­bi­nai­sons ten­tées par le pas­sé : la fu­sion trans­at­lan­tique Nyse-Eu­ro­next, qui fi­ni­ra par un di­vorce, après avoir échoué à ra­che­ter Deutsche Börse et s'être fait ava­ler par l'amé­ri­cain In­ter­con­ti­nen­tal Ex­change (ICE); ou en­core les noces avor­tées entre le LSE et la Bourse de To­ron­to, et plus ré­cem­ment l'offre d'ICE fi­na­le­ment aban­don­née sur le LSE. Of­fi­ciel­le­ment, la Com­mis­sion doit rendre sa dé­ci­sion le 3 avril. Dé­sor­mais, plus per­sonne ne croit en cette fu­sion. Aux yeux de Fa­rhad Mo­shi­ri, ana­lyste chez Al­phaVa­lue, « il semble clair, d'après le com­mu­ni­qué, que la fu­sion est en­ter­rée ». Ven­dre­di 3 mars, le groupe Lon­don Stock Ex­change a af­fir­mé qu’il « conti­nue de tra­vailler dur à sa pro­po­si­tion de fu­sion avec Deutsche Börse AG, en at­ten­dant l’is­sue de l’en­quête ap­pro­fon­die de la Com­mis­sion eu­ro­péenne ». Deux jours plus tôt, le pa­tron de Deutsche Börse, Cars­ten Ken­ge­ter, avait lui-même re­con­nu que la fu­sion avait peu de chance d’avoir lieu. « Spé­cu­ler sur les rai­sons qui ont mo­ti­vé notre par­te­naire de fu­sion se­rait sans in­té­rêt », avait-il dé­cla­ré, désa­bu­sé. Il y a un an, lorsque le LSE et la Deutsche Börse an­non­çaient leur fu­sion entre égaux, les mar­chés avaient ap­plau­di. L'ac­tion du LSE avait bon­di de 16%, celle de DB de 7%. Lun­di 27 fé­vrier, à la suite de la pu­bli­ca­tion du com­mu­ni­qué, les in­ves­tis­seurs ont ac­cu­sé le coup : les titres per­daient entre 2% et 4%, y com­pris ce­lui d'Eu­ro­next. L'opé­ra­teur des Bourses de Pa­ris, de Bruxelles et de Lis­bonne était en fait par­tie pre­nante de l'opé­ra­tion : il de­vait ra­che­ter la fi­liale fran­çaise de com­pen­sa­tion du LSE, LCH Clear­net S.A., pour 510 mil­lions d'eu­ros. C'était l'un des « re­mèdes » exi­gés par la Com­mis­sion pour main­te­nir la concur­rence dans ce do­maine où Deutsche Börse est dé­jà gros, avec Clears­tream. Et si Bruxelles, en exi­geant quelques jours au­pa­ra­vant une conces­sion de der­nière mi­nute, avait of­fert sur un pla­teau un ma­gni­fique pré­texte de rup­ture aux deux fian­cés? « Une rai­son per­met­tant de sor­tir la tête haute », ana­lyse un connais­seur du dos­sier. Le sort de MTS et des re­la­tions du LSE avec l'Ita­lie étaient-ils sé­rieu­se­ment un deal brea­ker ? Si Eu­ro­next était ra­vi de se ren­for­cer avec LCH Clear­net S.A., le pe­tit opé­ra­teur – qui pèse 2,8 mil­liards d'eu­ros en Bourse contre plus de 15 mil­liards pour Deutsche Börse et plus de 12,6 mil­liards de livres (12 mil­liards d'eu­ros) pour le LSE –, re­dou­tait la nais­sance de ce poids lourd qui lui au­rait fait de l'ombre. « Du cô­té po­si­tif, Eu­ro­next n'est plus “na­ni­sé” par un mas­to­donte eu­ro­péen », nous confie l'ana­lyste d'Al­phaVa­lue. « On peut ima­gi­ner qu'en cas de bid [offre] d'ICE sur le LSEG, des ac­tifs se­ront cé­dés et Eu­ro­next se­ra bien évi­dem­ment in­té­res­sé », ajoute-t-il. En ef­fet, si le groupe du Lon­don Stock Ex­change, di­ri­gé par le Fran­çais Xa­vier Ro­let, s'est dé­cla­ré « très confiant » dans ses atouts et sa stra­té­gie pour conti­nuer en so­lo, les in­ves­tis­seurs pa­rient dé­jà sur le deal d'après, un autre ma­riage bour­sier, en par­ti­cu­lier une offre du géant ICE (New York Stock Ex­change, ICE Clear Eu­rope, etc.), va­lo­ri­sé 35 mil­liards de dol­lars, sur le LSEG. Voire du Nas­daq (qui opère aus­si les Bourses nor­diques OMX), qui a dé­jà ten­té par deux fois de le ra­che­ter, en 2005 et 2006. En ac­tant sa rup­ture avec son grand pro­jet pa­neu­ro­péen, le Lon­don Stock Ex­change n'au­ra peut-être d'autre is­sue que de se re­tour­ner vers l'At­lan­tique et ces deux puis­sants opé­ra­teurs amé­ri­cains. Si sur le pa­pier, un « Air­bus de la Bourse » pour­rait sé­duire, no­tam­ment les po­li­tiques, un pro­jet de rap­pro­che­ment entre Eu­ro­next et Deutsche Börse ne semble plus du tout dans les cartes. Le Fran­çais n'a pas très en­vie de se re­trou­ver noyé dans un im­mense groupe do­mi­né par les Al­le­mands. Il es­père plu­tôt se ren­for­cer comme deuxième opé­ra­teur bour­sier d'Eu­rope conti­nen­tale. Par exemple, si la Bourse d'Ita­lie ve­nait à être cé­dée.

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