« LE XXIE SIÈCLE VILLES »

SE­RA ce­lui des

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FRÉ­DÉ­RIC THUAL @Fr­de­ricT­hual

En­tre­tien avec JO­HAN­NA ROL­LAND Maire de Nantes, Pré­si­dente de Nantes Mé­tro­pole

LA TRI­BUNE – Vous avez fait le choix de po­si­tion­ner Nantes sur « la ville de de­main ». Où en est-on du dé­ve­lop­pe­ment de la smart ci­ty à la nan­taise ?

JO­HAN­NA ROL­LAND – Quand on bouge les lignes sur le fond, la re­pré­sen­ta­tion, la gou­ver­nance, les sché­mas de pen­sée… la meilleure chose, c’est la dé­mons­tra­tion par la preuve. Ici, on a réus­si la mise en mou­ve­ment co­or­don­née d’un éco­sys­tème nu­mé­rique qui joue grou­pé et col­lec­tif. Il a per­mis de créer 2800 em­plois de­puis le dé­but de la dé­marche Nantes Tech, sur un ob­jec­tif de 10000 em­plois à dix ans. Avec l’ap­pli­ca­tion « Nantes dans ma poche », té­lé­char­gée 75000 fois et pri­mée trois fois, la dé­marche sem­blait d’abord dis­rup­tive. Au fi­nal, c’est la preuve que la col­la­bo­ra­tion entre pu­blic et pri­vé, fonc­tionne… Avec le Web2day ou notre im­pli­ca­tion dans l’éla­bo­ra­tion la loi pour la Ré­pu­blique nu­mé­rique, Nantes a ga­gné une re­con­nais­sance na­tio­nale.

Sur quoi avez-vous dû ajus­ter votre stra­té­gie ?

Plus qu’un ajus­te­ment, c’est plu­tôt sur des ques­tions comme la tran­si­tion éco­lo­gique que j’ai choi­si d’ac­cé­lé­rer. No­tam­ment à tra­vers la ques­tion de la na­ture en ville. Pour­quoi le fai­sons-nous ? Pas pour faire jo­li, mais parce que c’est une ques­tion de concep­tion de la ville. Quand je fais le choix de ré­orien­ter le pro­jet de gare, avec cette idée de par­vis re­joi­gnant le Jar­din des plantes, plé­bis­ci­té par les Nan­tais et les tou­ristes, ce n’était pas pré­vu. Le pro­jet de la gare a été dé­ci­dé dans le pré­cé­dent man­dat. Là, c’est une vraie ré­orien­ta­tion. De même que confier à une pay­sa­giste la di­rec­tion de l’équipe plu­ri­dis­ci­pli­naire char­gée de la ré­ha­bi­li­ta­tion ur­baine de l’île de Nantes. C’est un signe fort pour un pro­jet qui est l’un des la­bo­ra­toires ur­bains de la ville, re­gar­dé bien au-de­là de nos fron­tières. Ces deux exemples ren­forcent et tra­duisent ce qui était sim­ple­ment une in­tui­tion en 2014. Tout comme j’ai dé­ci­dé de m’en­ga­ger sur un pro­gramme ali­men­taire ter­ri­to­rial. C’est nou­veau, ce­la fait par­tie des choses que j’ai clai­re­ment ac­cé­lé­rées.

D’ici à 2030, la mé­tro­pole nan­taise pour­rait comp­ter 680 000 ha­bi­tants. Com­ment comp­tez-vous conci­lier lo­gique d’at­trac­ti­vi­té et qua­li­té de vie ?

La ques­tion, c’est de sa­voir si, de­main, nous vou­lons lo­ger nos en­fants et pe­tit­sen­fants. C’est le fruit de notre dé­mo­gra­phie. Deux choses sont es­sen­tielles : une po­li­tique am­bi­tieuse de lo­ge­ment et la lutte contre l’éta­le­ment ur­bain. L’en­jeu, c’est le qua­li­ta­tif. Là où il y a une nou­veau­té et une in­flexion dans ce man­dat, c’est sur le fait de conju­guer une ville in­tense en termes de lo­ge­ments et une ville de qua­li­té. Nous ex­pé­ri­men­tons, par exemple, une dé­marche dans les quar­tiers au­tour du pa­tri­moine et des pay­sages. Ain­si, cer­taines at­tentes se­ront in­té­grées dans le plan lo­cal d’ur­ba­nisme. C’est im­por­tant que les per­sonnes qui par­ti­cipent à ces échanges voient que leur opi­nion est prise en compte.

Vous an­non­cez ces jours-ci le lan­ce­ment d’un Ci­ty Lab in­no­vant, de quoi s’agit-il ?

L’idée c’est qu’il existe des ac­teurs pri­vés, un pu­blic as­so­cia­tif… qui ont une idée, une in­tui­tion et qu’ils veulent l’ex­pé­ri­men­ter sur la ville. Contrai­re­ment à ce qui peut être fait ailleurs, ce Ci­ty Lab n’est pas dé­lé­gué à un grand groupe. Il doit créer les condi­tions d’un tra­vail col­la­bo­ra­tif. Sur un pro­jet sé­lec­tion­né, on de­man­de­ra le re­gard croi­sé d’un grand groupe, de star­tups, de ci­toyens… pour me­ner une ex­pé­rience d’usage. La gou­ver­nance se­ra très ou­verte avec un grand groupe, des star­tups, des ac­teurs, des as­so­cia­tions et du col­la­bo­ra­tif… L’ob­jec­tif, c’est d’ac­cé­lé­rer la lo­gique col­la­bo­ra­tive nan­taise. On s’ins­pire de ce qui se fait ailleurs, mais on re­fuse le « co­pier-col­ler » pour évi­ter la stan­dar­di­sa­tion.

Pen­dant deux ans, vous avez pré­si­dé Eu­ro­ci­ties, le ré­seau des 130 mé­tro­poles eu­ro­péennes, quel a été l’im­pact pour Nantes ?

D’abord, c’est pla­cer Nantes sur la carte eu­ro­péenne. En­suite, en fai­sant adop­ter l’agen­da ur­bain par les ins­tances eu­ro­péennes, on fait mon­ter la gou­ver­nance et la place des villes. La troi­sième di­men­sion, c’est l’avan­cée sur les pro­jets. Quand je porte à l’échelle eu­ro­péenne l’idée d’un bâ­ti­ment des so­li­da­ri­tés bap­ti­sé les 5Ponts, la pré­si­dence d’Eu­ro­ci­ties est clai­re­ment un atout. Plu­sieurs mil­lions d’eu­ros ont été dé­blo­qués par l’Eu­rope pour sou­te­nir un pro­jet né dans la tête d’un res­pon­sable as­so­cia­tif. Tout comme l’ont été les ac­tions me­nées dans le cadre du pro­gramme My Smart Life.

Quels sont au­jourd’hui les axes prio­ri­taires de dé­ve­lop­pe­ment de la smart ci­ty nan­taise ?

L’édu­ca­tif, le col­la­bo­ra­tif et l’in­ter­na­tio­nal. J’ai fait le choix de pré­emp­ter les ques­tions de tran­si­tion nu­mé­rique, éco­lo­gique et dé­mo­gra­phique. Elles ne sont pas ver­tueuses. Ce que l’on en fe­ra, de­vien­dra ou non un le­vier du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, de l’em­ploi et de la lutte contre les in­éga­li­tés. Quand je dis « de­main, 50% des lo­ge­ments so­ciaux se­ront chauf­fés par les éner­gies re­nou­ve­lables », c’est bon pour le cli­mat, bon pour la fac­ture des lo­ca­taires et donc pour le pou­voir d’achat. Sur Nantes, ça concerne 70% des fa­milles. Ce n’est pas la même tran­si­tion éco­lo­gique, que dans un éco­quar­tier, très brillant, qui concerne 7% de la po­pu­la­tion. La ques­tion édu­ca­tive prend ici tout son sens et no­tam­ment, celle de l’édu­ca­tion au nu­mé­rique pour les 3 à 103 ans. Dans le col­la­bo­ra­tif, je veux, par exemple, créer des pas­se­relles, entre le Quar­tier de la créa­tion et le So­li­lab, ac­teur de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire où se construit, aus­si, le monde de de­main.

Mettre le cap à l’in­ter­na­tio­nal, c’est jouable sans un nou­vel aé­ro­port ?

Vous connais­sez ma po­si­tion. Elle est très claire. L’aé­ro­port fait par­tie d’une stra­té­gie glo­bale. Ce n’est pas l’aé­ro­port, tout seul. C’est l’aé­ro­port, plus une nou­velle gare SNCF, un grand port ma­ri­time qu’il faut conti­nuer à mettre en avant, le dou­ble­ment du bud­get de l’en­sei­gne­ment et de la re­cherche, un ly­cée in­ter­na­tio­nal, le dé­ve­lop­pe­ment du ré­seau des chefs d’en­tre­prise « am­bas­sa­deurs » de la ville, etc. C’est pour­quoi avec Da­vid Sam­zun, maire de Saint-Na­zaire, nous avons lan­cé l’agence éco­no­mique Nantes SaintNa­zaire Dé­ve­lop­pe­ment pour at­ti­rer des in­ves­tis­seurs et des ta­lents.

Quel re­gard por­tez-vous sur le pacte État-mé­tro­poles des­ti­né à sou­te­nir les pro­jets in­no­vants ?

C’est co­hé­rent avec ma convic­tion que le xxie siècle se­ra ce­lui des villes qui sau­ront sor­tir des lo­giques trop ja­co­bines…. Les lois Notre et Map­tam ont re­con­nu le rôle des mé­tro­poles, c’est bien. Mais au-de­là des mots, nous vou­lions des preuves. Ce pacte en ap­porte. À Nantes, j’ai choi­si de pré­sen­ter le pro­jet du Mar­ché d’in­té­rêt na­tio­nal (MIN) au titre des tran­si­tions ali­men­taire et éco­lo- gique, mais aus­si au titre de cette di­men­sion no­va­trice qu’est l’Al­liance des ter­ri­toires. Et ce, pour plu­sieurs rai­sons : c’est un pro­jet ma­jeur du man­dat avec un im­pact éco­no­mique fort, parce qu’on op­pose trop sys­té­ma­ti­que­ment ur­bain et ru­ral à l’aide de ca­ri­ca­tures, qui sont très éloi­gnées de la réa­li­té. Les su­jets liés à la smart ci­ty, aux tran­si­tions éco­lo­gique et ali­men­taire nous amènent à pen­ser au­tre­ment les liens ré­ci­proques entre ter­ri­toires ur­bains et ru­raux.

Quelles re­la­tions en­tre­te­nez-vous avec vos voi­sines Rennes, Brest, Saint-Na­zaire et An­gers ?

Au sein du Pôle mé­tro­po­li­tain Loire-Bre­tagne, on parle beau­coup d’en­sei­gne­ment, de for­ma­tion, de des­serte du Grand Ouest. J’ai pro­po­sé que l’on y aborde deux su­jets nou­veaux : l’un sur les co­opé­ra­tions po­ten­tielles au­tour du nu­mé­rique et l’autre sur un champ pros­pec­tif au­tour de l’Al­liance des ter­ri­toires, pour ar­rê­ter d’op­po­ser ur­bain et ru­ral. En 2018, avec Rennes, nous al­lons mon­ter un évé­ne­ment au­tour du nu­mé­rique à Pa­ris. Nous avons fait le constat que sur cer­tains seg­ments nous avions des be­soins com­muns de re­cru­te­ment et al­lons cher­cher à at­ti­rer des ta­lents dans le Grand Ouest.

L’aé­ro­port fait par­tie d’une stra­té­gie glo­bale

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