PHI­LIPPE CROU­ZET

COM­MENT VALLOUREC A SUR­MON­TÉ LA CRISE

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MI­CHEL CABIROL ET PHI­LIPPE MABILLE @mca­bi­rol @phma­bille

LA TRI­BUNE – Vallourec tra­verse de­puis plus de trois ans une crise sans pré­cé­dent dans le pé­trole et le gaz. Com­ment avez-vous vé­cu cette pé­riode très com­pli­quée ?

PHI­LIPPE CROU­ZET – Comme dans toutes les pé­riodes de crise, il y a un cô­té très dif­fi­cile – le vo­let so­cial en par­ti­cu­lier – et, en même temps, il y a un cô­té un peu plus po­si­tif. Bien sûr, il a fal­lu ré­duire nos ac­ti­vi­tés en Eu­rope, beau­coup plus que ce que nous avions ima­gi­né au dé­part et sen­si­ble­ment plus vite. Mais c’est dans ces pé­riodes qu’on peut lan­cer des pro­jets qu’on n’ima­gi­nait pas pos­sibles en ré­gime de croi­sière. Nous avons ac­quis, par exemple, une par­ti­ci­pa­tion ma­jo­ri­taire dans le groupe chi­nois Tian­da, fin 2016. Nous n’au­rions pas pu réa­li­ser cette ac­qui­si­tion sans la crise. Elle a joué comme un ac­cé­lé­ra­teur d’une trans­for­ma­tion qui était dé­jà très lar­ge­ment en­ga­gée au sein de Vallourec. La vi­sion était dé­jà très claire, même dans le cas de la Chine.

Avez-vous eu l’im­pres­sion de su­bir cette crise ?

Bien avant la crise, Vallourec s’était dé­jà lan­cé dans une trans­for­ma­tion stra­té­gique en in­ves­tis­sant no­tam­ment au Bré­sil et aux États-Unis. Au Bré­sil, nous avons pris la dé­ci­sion d’in­ves­tir dès 2007 pour faire de ce pays une for­mi­dable base d’ex­por­ta­tion et pour bé­né­fi­cier du dé­ve­lop­pe­ment de la res­source pé­tro­lière off­shore la plus com­pé­ti­tive au monde. Nous four­nis­sons au­jourd’hui le Moyen-Orient, par exemple, à par­tir du Bré­sil pour cer­taines com­mandes de gros vo­lumes et non plus à par­tir de l’Eu­rope. Aux États-Unis, nous avons in­ves­ti en 2010 pour pro­fi­ter de l’es­sor des huiles et gaz de schistes nord-amé­ri­cains. Pour­quoi? À l’évi­dence, la géo­gra­phie du sec­teur pé­trole et gaz se dé­place, et il nous fal­lait éga­le­ment mo­di­fier la géo­gra­phie de nos ac­tifs. Nous de­vions dé­ve­lop­per Vallourec dans de nou­velles ré­gions du monde où il y a des res­sources pé­tro­lières, et donc un mar­ché do­mes­tique im­por­tant.

Sauf que la crise est ve­nue contra­rier le bu­si­ness mo­del ini­tial de vos in­ves­tis­se­ments…

Au­cun ex­pert n’a vu ve­nir la crise de 2014. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment son in­ten­si­té, sa bru­ta­li­té et sa pro­fon­deur. Ce­la fait qua­rante ans qu’on n’a pas vu une crise de cette force dans le pé­trole. Mais je di­rais que Vallourec y est en­tré en ayant dé­jà des élé­ments de so­lu­tions. La trans­for­ma­tion du groupe que j’ai pré­sen­tée il y a un peu plus d’un an vise vrai­ment à en faire un groupe glo­bal et moins dé­pen­dant de la conjonc­ture d’une ré­gion comme l’Eu­rope, ce qui était notre point de fai­blesse ori­gi­nel. Nous étions eu­ro­péo-cen­trés. Au­jourd’hui nous

L’ex­per­tise de Vallourec est un avan­tage concur­ren­tiel pour les chan­tiers d’ex­ploi­ta­tion des gi­se­ments d’hy­dro­car­bures off­shore.

PHI­LIPPE CROU­ZET PRÉ­SIDENT DU DIRECTOIRE DE VALLOUREC

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