POUR­VU QUE ÇA MARCHE !

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PAR PHI­LIPPE MABILLE DI­REC­TEUR DE LA RÉ­DAC­TION @phma­bille

Àl’is­sue de la pré­sen­ta­tion du pro­jet de bud­get, cette se­maine, Em­ma­nuel Ma­cron au­ra mis en oeuvre l’es­sen­tiel du pro­gramme éco­no­mique an­non­cé pen­dant sa cam­pagne. Or­don­nances ré­for­mant le mar­ché du tra­vail : si­gnées et dé­jà ap­pli­cables dans les en­tre­prises. Pré­sen­ta­tion du « Grand plan d’in­ves­tis­se­ment de 50 mil­liards d’eu­ros » pour équi­li­brer la ri­gueur bud­gé­taire : de­puis lun­di, c’est fait, et même un peu mieux puis­qu’en y in­té­grant le PIA3, la par­tie du pro­gramme des in­ves­tis­se­ments d’ave­nir non fi­nan­cée, on at­teint même, en af­fi­chage, 57 mil­liards. Re­tour du dé­fi­cit pu­blic sous les 3 % pour 2018 et pré­sen­ta­tion d’une pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle des fi­nances pu­bliques com­pa­tible avec les exi­gences de l’Union eu­ro­péenne : c’est l’en­ga­ge­ment pris par le chef de l’État, qui per­met à la France de sor­tir de la pro­cé­dure pour dé­fi­cits ex­ces­sifs qu’avait en­ga­gée Bruxelles. Ré­forme fis­cale en­fin, avec des me­sures em­blé­ma­tiques, comme la sup­pres­sion de l’ISF (rem­pla­cé par un nou­vel im­pôt fon­cier qui rap­por­te­ra cinq fois moins), la mise en place d’un pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique de 30 % sur tous les re­ve­nus du ca­pi­tal et les plus-va­lues, le trans­fert, pro­gres­sif, d’une par­tie des co­ti­sa­tions sa­la­riales vers la CSG, l’exo­né­ra­tion sur trois ans de taxe d’ha­bi­ta­tion pour 8 contri­buables sur 10, et la baisse sé­quen­cée sur cinq ans de l’im­pôt sur les so­cié­tés, qui se­ra ra­me­né à 25 % en 2022. Quoi qu’on puisse en pen­ser, nul ne pour­ra dire qu’Em­ma­nuel Ma­cron et son gou­ver­ne­ment ont été « fai­néants » de­puis les élec­tions de mai et juin. Et si, fi­na­le­ment, la France était « ré­for­mable » , et prête à se trans­for­mer ? Pour le monde éco­no­mique, la di­rec­tion prise est ju­gée « bonne » , mais il reste main­te­nant à dé­mon­trer que l’ac­tion en­ga­gée pro­dui­ra des ré­sul­tats. Ceux-ci ne vont pas ar­ri­ver comme par magie : tous les éco­no­mistes savent qu’il faut du temps pour que les ré­formes struc­tu­relles pro­duisent leurs ef­fets. Il a fal­lu cinq ans pour que la po­li­tique de l’offre en­clen­chée avec le CICE re­lance l’em­ploi dans le sec­teur pri­vé, en bais­sant le coût du tra­vail. Il en fau­dra au­tant avant que le nou­veau choc d’offre que consti­tue la po­li­tique d’Em­ma­nuel Ma­cron ne vienne mordre vrai­ment sur le chô­mage de masse, l’ob­jec­tif vi­sé étant de le faire re­tom­ber à 7,2 % en fin de quin­quen­nat. La sé­quence po­li­tique qui s’ouvre va être celle de la ges­tion du temps et des frus­tra­tions que ne man­que­ra pas d’en­traî­ner l’ab­sence de ré­sul­tats im­mé­diats du tour­nant éco­no­mique qu’il vient d’en­ga­ger. La chance d’Em­ma­nuel Ma­cron est de lan­cer ces ré­formes dans une conjonc­ture pro­pice. L’Eu­rope entre dans un cycle de re­prise, certes en­core mo­deste, mais in­con­tes­table. C’est donc le bon mo­ment pour mettre en oeuvre des ac­tions vi­sant à ins­tal­ler la crois­sance dans la du­rée, de pro­mou­voir l’in­ves­tis­se­ment, au sens éco­no­mique du terme, comme l’ex­plique Jean Pi­sa­ni-Fer­ry, qui a pi­lo­té la concep­tion du Grand plan d’in­ves­tis­se­ment (GPI) vou­lu par le pré­sident de la Ré­pu­blique. Certes, ce plan a été gon­flé à l’hé­lium en re­ca­sant, pour la moi­tié des 57 mil­liards an­non­cés, des cré­dits dé­jà pré­vus. Ce re­pa­cka­ging n’est pas en soi cho­quant car au moins ces fi­nan­ce­ments se­ront sanc­tua­ri­sés avec un rôle cen­tral don­né à la Caisse des dé­pôts (CDC) qui se­ra le bras ar­mé de l’État, avec BPI France, pour l’in­ves­tis­se­ment dans les ter­ri­toires. Au fi­nal, on compte donc seule­ment 30 mil­liards d’eu­ros de moyens nou­veaux, dont 6 mil­liards de plus pour le pro­gramme des in­ves­tis­se­ments d’ave­nir (PIA3). C’est certes mo­deste, ré­par­ti sur cinq ans, mais, à condi­tion que l’ac­tion soit bien ci­blée, ce­la peut être ef­fi­cace : le gou­ver­ne­ment en es­père 300000 em­plois et une baisse d’un point du chô­mage struc­tu­rel. Le plan fixe quatre prio­ri­tés : 15 mil­liards pour la for­ma­tion des jeunes non qua­li­fiés et des chô­meurs, élé­ment es­sen­tiel du vo­let sé­cu­ri­sa­tion pour équi­li­brer la ré­forme du mar­ché du tra­vail ; 13 mil­liards afin de sou­te­nir l’in­no­va­tion, no­tam­ment pour l’in­dus­trie du fu­tur et la tran­si­tion vers un nou­veau mo­dèle agri­cole ; 9 mil­liards pour l’État nu­mé­rique ; et en­fin 20 mil­liards pour ac­cé­lé­rer la tran­si­tion éco­lo­gique, dont 9 mil­liards pour la ré­no- va­tion ther­mique des bâ­ti­ments (avec un sou­tien aux mé­nages mo­destes et au parc social pour faire les tra­vaux), 4 mil­liards pour les trans­ports du­rables et 4,9 mil­liards pour aug­men­ter de 70 % notre pro­duc­tion d’éner­gies re­nou­ve­lables. Ce der­nier vo­let, le plus im­por­tant en masse, va per­mettre en­fin l’éclo­sion des fa­meux « em­plois verts » de la tran­si­tion éco­lo­gique. Ce­la fait dix ans que l’on en parle mais ce sec­teur va connaître dans les an­nées qui viennent une vé­ri­table ex­plo­sion. Ré­no­ver des millions de lo­ge­ments qui sont au­tant de pas­soires ther­miques, c’est un chan­tier pour quinze ans qui va né­ces­si­ter de nou­velles com­pé­tences et créer de l’ac­ti­vi­té non dé­lo­ca­li­sable. De même, avec la baisse ra­pide du prix des éner­gies re­nou­ve­lables, éo­lien et so­laire, dé­sor­mais com­pé­ti­tifs par rap­port au nu­cléaire, la France va en­fin pou­voir pas­ser à la vitesse su­pé­rieure, comme l’a fait son voi­sin al­le­mand. Avec là aus­si des mil­liers d’em­plois à créer. Les in­dus­triels ne s’y trompent pas, à l’image de To­tal qui vient de dé­ci­der d’in­ves­tir mas­si­ve­ment dans les éner­gies re­nou­ve­lables. Em­ma­nuel Ma­cron a bien com­pris que son prin­ci­pal dé­fi est d’ac­com­pa­gner la France sur le che­min de cette double tran­si­tion, nu­mé­rique et éco­lo­gique, car c’est la clef de la crois­sance fu­ture. C’est pour ce­la qu’il veut faire de notre pays à la fois une star­tup na­tion et une green na­tion. C’est pour faire émer­ger une nou­velle classe d’en­tre­pre­neur qu’il ré­forme la fis­ca­li­té du ca­pi­tal ; et c’est pour ac­cé­lé­rer la ré­vo­lu­tion verte qu’il a pris la tête du com­bat pour le res­pect des ac­cords de Pa­ris face à Do­nald Trump. Rê­vons un peu : et si, pour une fois, la France était sur le bon che­min, avait fait les bons choix stra­té­giques pour pré­pa­rer son ave­nir ? Les uns di­ront sans doute qu’elle en fait trop ici, ou pas as­sez là. C’est pos­sible. Mais ob­jec­ti­ve­ment, ra­re­ment au cours des quinze der­nières an­nées, la po­li­tique éco­no­mique me­née dans notre pays n’a été aus­si co­hé­rente et li­sible qu’au­jourd’hui. Es­pé­rons main­te­nant que ça marche!

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