28 À 35 MIL­LIARDS POUR LE « SU­PER MÉ­TRO »

Ré­pon­dant aux po­lé­miques sur les dé­ra­pages bud­gé­taires du « su­per-mé­tro », le pré­sident du di­rec­toire de la So­cié­té du Grand Pa­ris, Phi­lippe Yvin, confirme que son coût dé­pas­se­ra les 26 mil­liards d’eu­ros vo­tés. Il pro­met que le ca­len­drier de li­vrai­son ser

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CÉ­SAR ARMAND @Ce­sar­mand

LA TRI­BUNE - Qu’at­ten­dez-vous de la confé­rence ter­ri­to­riale de l’Île-de-France pré­vue, pa­raît-il, le 6 no­vembre ? PHI­LIPPE YVIN - Le nou­veau gou­ver­ne­ment s’est em­pa­ré du dos­sier du Grand Pa­ris, comme le pré­sident de la Ré­pu­blique l’avait in­di­qué le jour de sa prise de fonc­tions à l’hô­tel de ville de Pa­ris. Em­ma­nuel Ma­cron est convain­cu de l’im­por­tance du Grand Pa­ris pour le pays tout en­tier comme un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique qui ras­semble l’État, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et les en­tre­prises pri­vées dans la com­pé­ti­tion des mé­tro­poles mon­diales. Il en avait dé­jà par­fai­te­ment conscience quand il était mi­nistre de l’Économie. Sou­ve­nez-vous qu’il avait dé­cla­ré qu’il fal­lait « faire Pa­ris au car­ré » quand il était ve­nu au Mi­pim [Mar­ché in­ter­na­tio­nal des pro­fes­sion­nels de l’im­mo­bi­lier, ndlr] en 2016 lors du lan­ce­ment du concours « In­ven­tons la Mé­tro­pole ». Faire le Grand Pa­ris, c’est ré­pondre à trois ob­jec­tifs. D’abord bâ­tir la mé­tro­pole la plus at­trac­tive d’Eu­rope en com­pen­sant nos fai­blesses et en ac­cen­tuant nos avan­tages. Avec les ré­formes struc­tu­relles dé­jà en­ga­gées, comme la re­fonte du Code du tra­vail, et celles à ve­nir sur la fis­ca­li­té, sur la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, la France, et par­ti­cu­liè­re­ment Pa­ris, amé­lio­re­ra son image pro bu­si­ness au­près des in­ves­tis­seurs in­ter­na­tio­naux. Pour faire la mé­tro­pole la plus at­trac­tive d’Eu­rope, l’en­jeu est aus­si de dé­ve­lop­per nos avan­tages com­pé­ti­tifs grâce à des po­li­tiques ter­ri­to­ria­li­sées et des in­fra­struc­tures stra­té­giques comme le Grand Pa­ris Ex­press. Il nous faut en­fin ren­for­cer d’autres atouts comme le tou­risme d’af­faires, pour­suivre les me­sures qua­li­ta­tives comme le cré­dit im­pô­tre­cherche, le CICE et en­cou­ra­ger la crois­sance des star­tups. Ce­la pro­fi­te­ra à la mé­tro­pole tout en­tière. Le deuxième ob­jec­tif du Grand Pa­ris, c’est de faire une mé­tro­pole pour tous. Notre ca­pi­tale est dé­jà l’une des plus in­clu­sives en com­pa­rai­son des autres, mais nous de­vons al­ler plus loin en fa­vo­ri­sant les mo­bi­li­tés, qu’elles soient phy­siques ou so­ciales. En­fin le Grand Pa­ris est une for­mi­dable op­por­tu­ni­té de bâ­tir la ville in­tel­li­gente et du­rable du xxie siècle comme un mo­dèle ex­por­table du gé­nie ur­bain de nos en­tre­prises fran­çaises. Nous re­trou­vons ces trois ob­jec­tifs dans le nou­veau mé­tro Grand Pa­ris Ex­press : il do­pe­ra l’économie en re­liant les clus­ters éco­no­miques entre eux et avec Pa­ris, il désen­cla­ve­ra les ter­ri­toires au­jourd’hui peu ou mal des­ser­vis… et les 68 gares du ré­seau se­ront au­tant d’op­por­tu­ni­tés d’in­ten­si­fier la ville et de li­mi­ter l’éta­le­ment ur­bain pour bâ­tir une ville sou­te­nable et in­no­vante. Comment ex­pli­quez-vous la ré­flexion du gou­ver­ne­ment à votre égard et les ac­cu­sa­tions de dé­rives bud­gé­taires ? L’ap­pré­cia­tion du coût du pro­jet est de­ve­nue plus pré­cise au fur et à me­sure que les études tech­niques ont avan­cé. Au­jourd’hui, le chiffre de ré­fé­rence pour l’in­ves­tis­se­ment vo­té par notre con­seil de sur­veillance est de 26 mil­liards d’eu­ros. Au prin­temps, nous avons ob­te­nu les ré­sul­tats de l’en­semble des études d’avant-pro­jet et nous avons pu faire une pre­mière es­ti­ma­tion du coût du pro­jet à ter­mi­nai­son pour un bud­get réa­liste de 28 mil­liards d’eu­ros. En pré­ci­sant la doc­trine de pro­vi­sions pour les risques iden­ti­fiés et pour les aléas, ce mon­tant peut va­rier de 25 %, soit 7 mil­liards de plus et donc 35 mil­liards d’eu­ros. Se­lon le taux de consom­ma­tion des aléas, le coût du Grand Pa­ris Ex­press se si­tue­ra entre 28 et 35 mil­liards d’eu­ros. Nous ne pou­vons donc pas par­ler ob­jec­ti­ve­ment de dé­rives car seul le coût réel d’ob­jec­tif, que nous connaî­trons à la fin des ap­pels d’offres de gé­nie ci­vil mi-2018, se­ra ce­lui sur le­quel nous nous en­ga­ge­rons. L’em­prunt que vous avez sous­crit avec la Banque eu­ro­péenne d’in­ves­tis­se­ment (BEI) ser­vi­ra-t-il à an­ti­ci­per ces pos­sibles dé­pas­se­ments ? Il s’ins­crit dans le fi­nan­ce­ment nor­mal du pro­jet. Nous avons à ce jour dé­pen­sé 2,5 mil­liards d’eu­ros et les re­cettes an­nuelles de plus de 500 mil­lions d’eu­ros par an, pré­le­vées sous la forme de taxes au­près des en­tre­prises et des mé­nages fran­ci­liens, ne suf­fisent plus. Nous al­lons ain­si em­prun­ter, cette an­née, 700 mil­lions d’eu­ros au­près de la BEI. Nous em­prun­te­rons 2 mil­liards en 2018 puis 3 en 2019. De même, dans le cadre d’un ac­cord de 4 mil­liards d’eu­ros avec la Caisse des dé­pôts et des consi­gna­tions, nous avons dé­jà en­clen­ché un prêt d’un mil­liard, ce qui nous laisse un peu d’avance. Notre mo­dèle de fi­nan­ce­ment est ro­buste car il re­pose sur des re­cettes pé­rennes et des in­ves­tis­se­ments à très long terme pour fi­nan­cer une in­fra­struc­ture qui se­ra utile à plu­sieurs gé­né­ra­tions. La So­cié­té du Grand Pa­ris peut em­prun­ter sur les mar­chés. Comment al­lez-vous y re­cou­rir ? Compte te­nu de la conjonc­ture, les banques pla­ce­ront sans dif­fi­cul­té nos pro­duits au­près des in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels, fran­çais ou étran­gers, comme les fonds de pen­sion, les fonds sou­ve­rains ou les caisses de re­traite. Nous comp­tons ain­si di­ver­si­fier nos res­sources dans les pro­chains mois, c’est pour­quoi nous avons en­tre­pris une dé­marche de no­ta­tion avec l’agence Moo­dy’s. Le pré­sident du con­seil dé­par­te­men­tal des Yve­lines, Pierre Bé­dier, de­mande l’ac­cé­lé­ra­tion de la li­vrai­son de la ligne 18. Pou­vez-vous ajus­ter le ca­len­drier pour ré­pondre aux élus lo­caux ? Le ca­len­drier, tel qu’il est au­jourd’hui pré­vu, est le plus op­ti­mal. Sur cette ligne, un ac­cord entre l’État et les col­lec­ti­vi­tés a été pas­sé en vue de l’Ex­po­si­tion uni­ver­selle de 2025 sur le pla­teau de Sa­clay. Il y a un dé­bat sur le tron­çon qui re­lie le CEA [Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique et aux éner­gies al­ter­na­tives] à Ver­sailles mais la ma­jo­ri­té des élus lo­caux consi­dère que le mé­tro est utile. Ce se­ra en outre une ligne im­por­tante de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique ter­ri­to­rial, sur­tout si nous consi­dé­rons sa pro­lon­ga­tion ul­té­rieure jus­qu’à Nan­terre. Nous ne pou­vons donc rai­son­ner de ma­nière clas­sique sur un tel su­jet en consi­dé­rant seule­ment les chiffres de tra­fic. Les bé­né­fices éco­no­miques et so­ciaux de ce pro­jet se­ront consi­dé­rables.

PHI­LIPPE YVIN PRÉ­SIDENT DU DI­REC­TOIRE DE LA SO­CIÉ­TÉ DU GRAND PA­RIS

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