FI­NANCE

ORANGE BANK : ET UNE « NÉO­BANQUE » DE PLUS !

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - DEL­PHINE CUNY @Del­phi­neCu­ny

« Sté­phane Richard a fait son ha­ka, pour im­pres­sion­ner l’ad­ver­saire, comme au rug­by ! Main­te­nant, le match va com­men­cer », ob­serve un membre du comité exé­cu­tif d’un grand groupe ban­caire fran­çais. Le PDG de l’opé­ra­teur té­lé­coms a pro­mis d’être « un dis­rup­teur » et même « le Free de la banque. » En lan­çant le 2 no­vembre son Orange Bank, pré­sen­tée comme « 100% mo­bile et en­tiè­re­ment gra­tuite », il n’au­ra pas seule­ment face à lui, dans le camp ad­verse, les banques tra­di­tion­nelles, sou­vent cri­ti­quées pour leurs frais ban­caires éle­vés, leurs ho­raires peu pra­tiques et leur manque de flexi­bi­li­té en gé­né­ral. Ce nou­vel ac­teur, qui a hé­ri­té de la li­cence de Grou­pa­ma Banque, dont Orange a ra­che­té 65% du ca­pi­tal et dû re­fondre une grande par­tie du sys­tème in­for­ma­tique, va dé­bar­quer dans un pay­sage peu­plé d’une ky­rielle de « néo­banques », elles aus­si 100% mo­biles et qua­si gra­tuites. Ces banques nou­velle gé­né­ra­tion, sans agence, sont ac­ces­sibles uni­que­ment (ou prio­ri­tai­re­ment) de­puis une ap­pli­ca­tion pour smart­phone et ta­blette. C’est ce qui les dif­fé­ren­cie des banques en ligne nées il y a une quin­zaine d’an­nées pour l’In­ter­net fixe, et qui sont toutes des fi­liales de grands groupes ban­caires (Bour­so­ra­ma, le lea­der, de So­cié­té Gé­né­rale, ING du groupe néer­lan­dais épo­nyme, For­tu­neo de Cré­dit Mu­tuel Ar­kea, Mo­na­banq de Cré­dit Mu­tuel, etc).

PRÈS D’UN MIL­LION D’UTI­LI­SA­TEURS

Leur pro­messe : mieux ser­vir les clients pour moins cher, en ré­pon­dant aux be­soins les plus simples avec des ou­tils nu­mé­riques er­go­no­miques, ré­ac­tifs, en temps réel, sur fond de dis­cours an­ti-banque et d’in­vi­ta­tion à« re­prendre le pou­voir sur son ar­gent ». Le compte cou­rant s’ouvre en quelques mi­nutes, par­fois par sel­fie et scan des pièces jus­ti­fi­ca­tives. La carte (une Mas­ter­card le plus sou­vent) est gra­tuite ou presque (les banques en ligne en ont été les pion­nières, mais gé­né­ra­le­ment sous condi­tions de res- sources) et pi­lo­table à dis­tance de­puis l’ap­pli (mo­di­fi­ca­tion du pla­fond, voire du code, blo­quer-dé­blo­quer en cas de perte, sur In­ter­net ou à l’étran­ger), à au­to­ri­sa­tion sys­té­ma­tique donc sans dé­cou­vert pos­sible. Pas de ché­quier (Orange Bank en pro­po­se­ra un) et l’as­sis­tance ou le conseiller sont joi­gnables seule­ment par mail ou chat pour la plu­part. Et la for­mule plaît : Compte-Ni­ckel a ou­vert 730000 comptes en trois ans grâce à son ré­seau de bu­ra­listes, C-zam de Car­re­four Banque 90000 en six mois, l’Al­le­mande N26 plus de 100000 en sept mois, la star­tup tou­lou­saine Mor­ning (l’ex-ca­gnotte Pay­name) en comp­tait 75000 avant de frô­ler le dé­pôt de bi­lan et d’être ra­che­tée par la banque Edel (du dis­tri­bu­teur E. Le­clerc), l’ap­pli bri­tan­nique Re­vo­lut as­sure avoir 150000 uti­li­sa­teurs dans l’Hexa­gone avant son lan­ce­ment tout en fran­çais dé­but oc­tobre. Tout cu­mu­lé, on ap­proche du mil­lion d’uti­li­sa­teurs, soit le nombre de clients que Bour­so­ra­ma a mis vingt ans à conqué­rir. Un chiffre non né­gli­geable en com­pa­rai­son des 6,7 mil­lions de clients par­ti­cu­liers de BNP Pa­ri­bas en France par exemple. « Il faut dis­tin­guer l’uti­li­sa­teur ac­tif de l’uti­li­sa­teur cu­rieux, nuance Ju­lien Mal­do­na­to, as­so­cié conseil in­dus­trie fi­nan­cière chez De­loitte. S’il y a en tout un mil­lion de cu­rieux qui ont ou­vert en France un compte au­près d’une de ces “néo­banques”, c’est bien, mais ce ne sont pas un mil­lion de clients qui gé­nèrent du re­ve­nu. Ce­ci dit, c’est le sens de l’his­toire, il y au­ra pro­gres­si­ve­ment une adop­tion de ces nou­velles fonc­tion­na­li­tés, la ques­tion est à quel rythme. »

DES « NON-BANQUES »

Ces « néo­banques » sont ra­re­ment des banques, elles ont plus sou­vent le sta­tut d’éta­blis­se­ment de paie­ment (ou de mon­naie élec­tro­nique), ce qui ne leur per­met pas d’ac­cor­der du cré­dit, à moins de le dis­tri­buer par par­te­na­riat. Et elles tra­vaillent avec des banques pour le compte de can­ton­ne­ment où est dé­po­sé l’ar­gent col­lec­té au­près des clients. « La di­rec­tive eu­ro­péenne sur les ser­vices de paie­ment (DSP) a per­mis à de nou­veaux ac­teurs, au sta­tut d’éta­blis­se­ment de paie­ment, d’ap­por­ter de l’in­no­va­tion au­tour du paie­ment, en s’ap­puyant sur les ré­seaux tra­di­tion­nels comme Vi­sa et Mas­ter­card, ana­lyse l’ex­pert de De­loitte. L’en­jeu pour sur­vivre de­main est d’élar­gir leur pé­ri­mètre d’in­ter­ven­tion en ven­dant de nou­veaux pro­duits, soit du cré­dit, soit de l’épargne. Mais tous n’ont pas le sta­tut, ou les par­te­naires, pour le faire, ou les ca­pa­ci­tés tech­niques pour de­ve­nir un agré­ga­teur de ser­vices fi­nan­ciers. » Ce­pen­dant, de plus en plus de star­tups de la fin­tech dé­crochent des li­cences ban­caires, à l’image de la Sué­doise Klar­na, spé­cia­liste du paie­ment en ligne sé­cu­ri­sé, qui se re­ven­dique dé­sor­mais comme « l’une des plus grandes banques eu­ro­péennes avec 60 mil­lions de clients », en jouant sur les mots, puisque ses clients l’uti­lisent comme so­lu­tion de paie­ment, mais n’y dé­posent pas (en­core) leurs éco­no­mies : elle va lan­cer une carte et un compte cou­rant. L’Al­le­mande N26 dis­pose aus­si d’une li­cence ban­caire qu’elle peut uti­li­ser dans toute l’Eu­rope, où elle re­ven­dique plus de 500000 clients, tout comme sa com­pa­triote Fi­dor, ra­che­tée l’an der­nier par BPCE (Banque Po­pu­laire-Caisse d’Épargne), qui pré­voit de la lan­cer en France d’ici à la fin de l’an­née.

PAS EN­CORE REN­TABLES

Com­ment font-elles ? Pré­sen­tées comme gra­tuites, elles ne le sont pas to­ta­le­ment mais pra­tiquent une ta­ri­fi­ca­tion claire : cer­taines font payer une pe­tite co­ti­sa­tion men­suelle ou an­nuelle pour la carte (20 eu­ros par an chez Compte-Ni­ckel), d’autres fac­turent des frais en cas de compte in­ac­tif, toutes ou presque pré­lèvent quelques eu­ros pour les re­traits et se ré­mu­nèrent sur les com­mis­sions re­ver­sées par les com­mer­çants sur les paie­ments par carte. Mal­gré leur struc­ture de coûts bien moins lourde, sans agence, aux ef­fec­tifs al­lé­gés, elles ne sont pas ren­tables, à quelques ex­cep­tions près, dont Compte-Ni­ckel, ra­che­té par BNP Pa­ri­bas cet été, pour une co­quette somme es­ti­mée à 200 mil­lions d’eu­ros ( La Tri­bune du 13 avril 2017). Elles doivent en­core prou­ver que leur mo­dèle est viable. « Ce mar­ché des “néo­banques” com­mence à être em­bou­teillé. La ques­tion est de sa­voir si l’uti­li­sa­teur veut cloi­son­ner ses dé­penses avec dif­fé­rents comptes et cartes pour dif­fé­rents usages, si l’on s’oriente vers une plus grande frag­men­ta­tion et mul­ti-ban­ca­ri­sa­tion, ou si c’est un phé­no­mène éphé­mère qui se ter­mi­ne­ra comme la mort des pre­mières banques en ligne il y a quinze ou vingt ans, es­time Ju­lien Mal­do­na­to. Il de­vrait res­ter quelques mé­ga-pla­te­formes, c’est la lo­gique de l’éco­no­mie des ré­seaux nu­mé­riques. À ce titre, le cas d’Orange Bank est in­té­res­sant car Orange est dé­jà une pla­te­forme de loi­sirs, de mé­dias et de di­ver­tis­se­ment. Or le fu­tur de la banque consis­te­ra à s’in­té­grer dans les usages du quo­ti­dien, à se rendre in­dis­pen­sable en créant de la va­leur et pas seule­ment en vi­vant des com­mis­sions de paie­ment : évo­luer d’une banque de tran­sac­tion à une banque d’usage. »

Il faut dis­tin­guer l’uti­li­sa­teur ac­tif du cu­rieux

La carte de ces « néo­banques », gra­tuite ou presque, est pi­lo­table de­puis l’ap­pli­ca­tion : mo­di­fi­ca­tion du pla­fond, blo­quer-dé­blo­quer en cas de perte, etc.

Pa­no­ra­ma des « néo­banques » dis­po­nibles en France.

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