PA­CA

L’IM­MO­BI­LIER DE LUXE DO­PÉ PAR LE BREXIT ?

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - LAU­RENCE BOTTERO @LaT­ri­bu­nePACA

La Côte d’Azur n’a rien per­du de sa su­perbe. Tout du moins en ce qui concerne l’im­mo­bi­lier de luxe. Certes, on sait que ce sec­teur par­ti­cu­lier ne su­bit pas ou très peu les aléas de l’éco­no­mie, être pro­prié­taire sous les pal­miers et le so­leil conti­nue d’avoir du charme… et de la va­leur. Et quand deux ef­fets s’y ajoutent, c’est pour le plus grand bon­heur du sec­teur. Le pre­mier, c’est l’ef­fet Brexit. La cer­ti­tude de voir le Royaume-Uni sor­tir de l’Union eu­ro­péenne a semble-t-il ré­veillé la vo­lon­té des ci­toyens de Sa Gra­cieuse Ma­jes­té de pos­sé­der un pied-à-terre au bord de la Mé­di­ter­ra­née. Une consé­quence dont té­moigne Ben­ja­min Mon­dou, le pa­tron de La­fage Tran­sac­tions, ba­sé à Nice : « Mal­gré un taux de change dé­fa­vo­rable, les An­glais pré­fèrent in­ves­tir en France, cer­tains que la si­tua­tion ira en se dé­gra­dant dans le fu­tur. » Chez John Tay­lor, on a vé­cu le phé­no­mène « Exit » un peu dif­fé­rem­ment. « Nous avons as­sis­té à un vrai mou­ve­ment de blo­cage au mo­ment du vote pour ou contre le Brexit. Les dos­siers en cours ont été sus­pen­dus. Pa­ral­lè­le­ment, il y a eu dé­va­lua­tion de la livre par rap­port à l’eu­ro. Mais les An­glais conti­nuent d’ache­ter en France. Ce­pen­dant, ce phé­no­mène est plus vi­sible à Pa­ris que sur la Côte d’Azur. D’autres pays comme l’Al­le­magne, l’Ir­lande ou l’Ita­lie font éga­le­ment les yeux doux aux Bri­tan­niques sou­hai­tant in­ves­tir en de­hors de leur pays. »

L’AT­TRAIT DES RÉ­SI­DENCES SE­CON­DAIRES

Ef­fet en deux temps aus­si, se­lon Cold­well Ban­ker Mon­dat­ta Real Es­tate, qui couvre le pé­ri­mètre in­cluant Cannes, An­tibes et sa tech­no­pole dy­na­mique, So­phia-An­ti­po­lis. « Val­bonne [ville qui consti­tue une par­tie de So­phia-An­ti­po­lis, ndlr] est qua­si­ment de­ve­nue, au fil des ans, une ville an­glaise et sué­doise. L’ef­fet Brexit a créé une in­cer­ti­tude flot­tante et cer­tains Bri­tan­niques ins­tal­lés ici vendent leurs biens. » Mais se­lon son di­rec­teur, Ch­ris­tophe Grenes, tout dé­pend du ni­veau de re­ve­nus du­dit ci­toyen bri­tan­nique. « Ceux qui peuvent in­ves­tir entre 20 et 30 mil­lions d’eu­ros ont une vue plu­tôt ma­cro-éco­no­mique de leur pla­ce­ment en Eu­rope. Leur ques­tion­ne­ment n’est pas “Dans quelle ville de la Côte d’Azur vais-je vivre ?” mais “Dans quelle ville eu­ro­péenne ?”. En re­vanche, pour ceux dont la ca­pa­ci­té d’in­ves­tis­se­ment est plus faible, l’in­ter­ro­ga­tion por­te­ra sur quelle ville de la Côte d’Azur ha­bi­ter. » Ima­gi­née par la Caisse d’Épargne il y a un an, Luxu­ry Pro­per­ties, l’offre consa­crée à l’im­mo­bi­lier d’ex­cep­tion, est pi­lo­tée de­puis Nice, où un centre d’af­faires spé­ci­fique a été créé. L’ins­tal­la­tion pro­chaine d’un bu­reau à Londres n’a pour­tant rien à voir avec le Brexit, pré­cise Jacques-Oli­vier Hur­bal, membre du di­rec­toire char­gé de la Banque des Dé­ci­deurs en ré­gion. « Nous vi­sons uni­que­ment une clien­tèle “B to C”, notre vo­lon­té étant de cap­ter les An­glais qui viennent s’ins­tal­ler en France et sur la Côte d’Azur », dit-il, ajou­tant que l’ap­pé­tence des An­glais pour les ré­si­dences se­con­daires sur la French Ri­vie­ra ne se dé­ment pas.

UNE CONJONC­TURE TRÈS PO­SI­TIVE

L’en­goue­ment dé­clen­ché lors du vote sur la sor­tie de l’UE en juin 2016 a fi­ni par se tas­ser et les af­faires ont re­pris leur cours ha­bi­tuel. Pour­tant, la conjonc­ture est tou­jours très po­si­tive, sou­ligne, presque sur­pris, Fré­dé­ric Pe­lou : « En vo­lume d’ac­ti­vi­té, nous en­re­gis­trons de­puis les six der­niers mois une hausse de 5% sur la clien­tèle étran­gère. » Une ex­cel­lente nou­velle que le pré­sident de la FNAIM Côte d’Azur met sur le compte de la « bonne image de la France à l’in­ter­na­tio­nal ». Mer­ci Emmanuel Ma­cron, disent en choeur plu­sieurs pro­fes­sion­nels. « Son élec­tion a joué un ef­fet de ré­as­su­rance, elle a le­vé les in­quié­tudes », ex­plique Ch­ris- tophe Grenes. « Notre clien­tèle a di­mi­nué en pour­cen­tage d’étran­gers mais ceux qui de­meurent ac­tifs sont les Amé­ri­cains et les Nor­diques, de vrais aficionados de la French Ri­vie­ra. » Syl­vain Boi­chut, qui re­pré­sente John Tay­lor, dé­ve­loppe la même ana­lyse. « Le fait d’avoir élu un pré­sident consi­dé­ré comme n’étant ni de droite ni de gauche, ca­pable de rendre à la France la place qu’elle mé­rite sur la scène in­ter­na­tio­nale avec la vo­lon­té de taxer ce qui doit l’être de ma­nière plus équi­table, a pro­duit un ef­fet Ma­cron ». Mais quid alors de l’Im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière? Cet IFI, nou­veau ve­nu dans le vo­ca­bu­laire de la fis­ca­li­té, risque-t-il de faire re­tom­ber le souf­flé ? Cer­tai­ne­ment pas, es­timent les pro­fes­sion­nels de l’im­mo­bi­lier. « Cet im­pôt, nous le connais­sons dé­jà », sou­ligne Ch­ris­tophe Grenes. « Les pro­prié­taires vont faire de la dette afin d’échap­per à l’IFI », in­dique Hé­lène Da Cos­ta, la di­rec­trice du centre d’af­faires Luxu­ry Pro­per­ties à Nice. « Emmanuel Ma­cron ren­voie l’image d’un pré­sident jeune et dy­na­mique. La sup­pres­sion de l’ISF est un acte po­si­tif », ra­joute Ben­ja­min Mon­dou. Seul bé­mol, « nous ris­quons d’avoir un peu plus de stocks », craint Hé­lène Da Cos­ta, ajou­tant que les « Fran­çais qui in­ves­tissent, eux, vont ré­flé­chir » avant de ren­for­cer leur ex­po­si­tion sur l’im­mo­bi­lier. Un éven­tuel autre ef­fet à craindre?

Être pro­prié­taire sous les pal­miers et le so­leil conti­nue d’avoir du charme.

Luxu­ry Pro­per­ties, l’offre spé­ci­fique créée par la Caisse d’Épargne, est pi­lo­tée de­puis Nice et, bien­tôt, de­puis Londres.

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