AÉ­RIEN LES COM­PA­GNIES FRAN­ÇAISES À L’AUBE D’UN BIG BANG

L’ar­ri­vée à Pa­ris de Le­vel, la fi­liale à bas coûts long-cour­rier d’IAG, la mai­son mère de Bri­tish Air­ways, ac­cen­tue la pres­sion sur les com­pa­gnies fran­çaises dé­jà bous­cu­lées par la « low cost » Nor­we­gian. De nom­breux ob­ser­va­teurs pa­rient sur une conso­li­da

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - FA­BRICE GLISZCZYNSKI @FG­liszc­zyns­ki

Grandes ma­noeuvres en vue dans le trans­port aé­rien fran­çais. De­puis quelques se­maines, une suc­ces­sion de faits laisse en ef­fet pen­ser que tous les in­gré­dients ou presque sont réu­nis pour une re­com­po­si­tion d’en­ver­gure du ciel fran­çais, en de­hors du groupe Air France. Un uni­vers dans l equel ba­taillent no­tam­ment Air Ca­raïbes, Cor­sair, French Blue, XL Air­ways, La Com­pa­gnie, Aigle Azur ou en­core ASL Air­lines (an­cien­ne­ment Eu­rope Air­post). Face à la puis­sance des com­pa­gnies low cost comme Rya­nair ou Ea­sy­jet sur les vols court et moyen-cour­riers, toutes ces com­pa­gnies, à l’ex­cep­tion pour l’ins­tant d’Aigle Azur et d’ASL, sont po­si­tion­nées sur les vols long-cour­riers avec cha­cune une flotte de six ou sept gros-por­teurs. L’ar­ri­vée dans le ca­pi­tal d’Aigle Azur, aux cô­tés du géant chi­nois HNA, de Da­vid Nee­le­man (un Amé­ri­ca­no-Bré­si­lien ré­pu­té dans le sec­teur, qui a fait for­tune dans le trans­port aé­rien), le man­dat de vente de Cor­sair confié à la banque Roth­schild par son ac­tion­naire, le groupe tou­ris­tique bri­tan­nique TUI, et le dé­ve­lop­pe­ment mas­sif à Pa­ris des low cost long-cour­riers comme Nor­we­gian de­puis deux ans et Le­vel, la fi­liale du puis­sant groupe IAG (qui pos­sède éga­le­ment de Bri­tish Air­ways, Ibe­ria, Aer Lin­gus et Vue­ling), vont à coup sûr faire bou­ger les lignes dans l’Hexa­gone.

LA CONSO­LI­DA­TION A COM­MEN­CÉ

Le dé­ve­lop­pe­ment du low cost long-cour­rier risque en ef­fet de jouer les dé­to­na­teurs. Car, com­bi­née à la pré­sence de Nor­we­gian, qui as­sure dé­jà de­puis Rois­syC­harles-de-Gaulle des vols vers New York, Los An­geles, Mia­mi, Fort Lau­der­dale, San Fran­cis­co, l’ar­ri­vée en juillet pro­chain de Le­vel à Or­ly fra­gi­li­se­ra les pe­tites com­pa­gnies aé­riennes fran­çaises. Face au dé­ve­lop­pe­ment de ces deux trans­por­teurs, beau­coup d’ob­ser­va­teurs pa­rient sur une vague de conso­li­da­tion à terme par­mi les com­pa­gnies tri­co­lores, hors Air France. Si rien ne bouge, il va y avoir « du sang sur les murs » . Le­vel dé­barque en ef­fet à Pa­ris en ou­vrant l’été pro­chain des vols vers la Gua­de­loupe et la Mar­ti­nique à par­tir de 99 eu­ros l’al­ler simple et New York et Mon­tréal à par­tir de 129 eu­ros. « On va en­trer dans une pé­riode où tout le monde va par­ler avec tout le monde. Tous les scé­na­rios sont pos­sibles », fait va­loir un bon connais­seur du sec­teur. Le mou­ve­ment de conso­li­da­tion a dé­jà com­men­cé l’an der­nier avec le rap­pro­che­ment entre XL Air­ways et de La Com­pa­gnie, deux so­cié­tés en dif­fi­cul­té. La pre­mière parce qu’elle n’avait pas d’ac­tion­naire, la se­conde parce qu’elle per­dait beau­coup d’ar­gent. Ce sont les ac­tion­naires de La Com­pa­gnie qui ont ra­che­té XL.

UNE QUES­TION DE SO­LI­DI­TÉ FI­NAN­CIÈRE

Au­pa­ra­vant, la crois­sance ex­terne était ­par­tie in­té­grante de la stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du groupe Du­breuil, mais les dis­cus­sions avec XL Air­ways, puis les né­go­cia­tions avec Cor­sair en 2015 n’ont pas abou­ti. Elles ont au contraire pous­sé le groupe à pri­vi­lé­gier le dé­ve­lop­pe­ment in­terne avec la créa­tion, en 2016, de French Blue, une low cost long-cour­rier, pré­sente au­jourd’hui sur la des­serte de La Réunion et qui vo­le­ra de­main vers Pa­peete. Si ce mou­ve­ment de conso­li­da­tion de­vait se concré­ti­ser, toutes ces com­pa­gnies n’y en­tre­ront pas dans les mêmes condi­tions. « Il y en a de plus puis­santes que d’autres », fait va­loir un ob­ser­va­teur. Air Ca­raïbes peut comp­ter sur une so­li­di­té fi­nan­cière que n’ont pas les autres com­pa­gnies fran­çaises. Af­fi­chant des bé­né­fices confor­tables, la com­pa­gnie an­tillaise est en plein re­nou­vel­le­ment de sa flotte (elle a dé­jà re­çu des A350) et au­ra donc les moyens de lut­ter contre la concur­rence étran­gère avec des avions neufs. Lan­cée il y a un an, French Blue, la com­pa­gnie soeur d’Air Ca­raïbes, n’est pas en­core pro­fi­table mais peut néan­moins comp­ter sur la so­li­di­té de son ac­tion­naire, le­quel dis­pose, avec cette com­pa­gnie, d’un ou­til lui per­met­tant de lut­ter contre Nor­we­gian et Le­vel. La san­té des autres com­pa­gnies fran­çaises se montre moins flo­ris­sante. Mais par­mi elles, Aigle Azur qui s’ache­mine vers une nou­velle an­née de perte, dis­pose dé­sor­mais d’ac­tion­naires de poids ayant lar­ge­ment les moyens, s’ils le sou­haitent, de me­ner une po­li­tique de dé­ve­lop­pe­ment d’en­ver­gure. La vente de Cor­sair tra­duit les dif­fi­cul­tés chro­niques ren­con­trées par cette com­pa­gnie, tan­dis que le couple XL Air­waysLa Com­pa­gnie reste fra­gile. Ses ac­tion­naires, qui ont dé­jà in­jec­té 70 mil­lions d’eu­ros de­puis quatre ans, se­ront pro­ba­ble­ment sen­sibles à une éven­tuelle opé­ra­tion qui pour­rait leur per­mettre de ré­cu­pé­rer tout ou par­tie de leur in­ves­tis­se­ment. Tous les ac­tion­naires ne sont pas connus, à part Charles Beig­be­der mais, comme l’avait ré­vé­lé La Tri­bune, Mo­tier, la hol­ding de la fa­mille Mou­lin, pro­prié­taire des Ga­le­ries La­fayette, est le plus gros d’entre eux. Par­mi les dif­fé­rents scé­na­rios pos­sibles, cer­tains spé­cia­listes pa­rient sur un rap­pro­che­ment à terme entre Aigle Azur, ­Cor­sair et XL Air­ways-La Com­pa­gnie. Fin no­vembre, Aigle Azur et Cor­sair ont an­non­cé un par­te­na­riat com­mer­cial qui va bien au-de­là d’un simple ac­cord de par­tage de codes. Une se­maine plus tard, Cor­sair et XL si­gnaient un ac­cord du même type pour Cu­ba. Il n’en faut pas plus à cer­tains pour y voir la pre­mière pierre d’un rap­pro­che­ment plus im­por­tant. De là à ima­gi­ner la cons­ti­tu­tion du fa­meux « se­cond pôle aé­rien fran­çais », qui ali­mente les dis­cus­sions dans le sec­teur de­puis le ra­chat d’UTA par Air France en 1990, il n’y a qu’un pas que cer­tains n’hé­sitent pas à fran­chir. Une chi­mère qu’ont pour­sui­vie en vain Alexandre Cou­ve­laire lors­qu’il était à la tête d’AOM dans les an­nées 1990, puis le groupe Swis­sair qui s’est re­trou­vé dans le ca­pi­tal d’AOM, Air Li­ber­té et Air Lit­to­ral, toutes li­qui­dées au dé­but des an­nées 2000. Sur le pa­pier, l’idée reste au­jourd’hui sé­dui­sante. À la place de quatre ou cinq com­pa­gnies dis­po­sant cha­cune d’une flotte d’une poi­gnée d’avions, une seule com­pa­gnie avec 40 ou 50 avions se­rait plus ef­fi­cace. Une sorte de Vir­gin At­lan­tic à la fran­çaise. Mais le concept n’a ja­mais dé­pas­sé les cercles de dis­cus­sions des ex­perts. « Il y a eu jus­qu’ici trop d’ego par­mi les di­ri­geants de ces com­pa­gnies. Mais, dans l’ad­ver­si­té, les choses peuvent chan­ger », ob­serve un connais­seur du sec­teur. On n’en est pas en­core là. Car, pour l’heure, la ten­dance est plu­tôt au dé­ve­lop­pe­ment en so­lo. French Blue va ou­vrir San Fran­cis­co et Pa­peete l’an pro­chain, tan­dis qu’Aigle Azur planche sur le lan­ce­ment d’une ac­ti­vi­té long-cour­rier. Après avoir convain­cu les ac­tion­naires d’in­ves­tir dans le re­nou­vel­le­ment de la flotte de La Com­pa­gnie, Laurent Ma­gnin, le PDG de XL Air­ways et de La Com­pa­gnie, pré­pa­rait quant à lui, il y a en­core quelques se­maines, un plan stra­té­gique pour dou­bler de taille d’ici à cinq ans. Quant à Air France, même si elle ne se­ra pas concer­née par un éven­tuel mou­ve­ment de conso­li­da­tion, elle se­ra for­cé­ment tou­chée par le dé­ve­lop­pe­ment de Nor­we­gian et de Le­vel, mais aus­si par ce­lui de French Blue et, d’une ma­nière gé­né­rale, par la guerre ta­ri­faire que vont se li­vrer ces dif­fé­rents ac­teurs. C’est donc dans ce contexte qu’est née Joon (lire ci-contre), une nou­velle fi­liale d’Air France à coûts ré­duits par rap­port à la

Il y a eu jus­qu’ici trop d’ego par­mi les di­ri­geants de ces com­pa­gnies

mai­son mère, mais qui ne se­ra pas une low cost. La di­rec­tion ne croyant pas au low cost long-cour­rier, Joon n’a pas été pen­sée pour lut­ter contre ce type de com­pa­gnies. Cette of­fen­sive étran­gère sur les com­pa­gnies fran­çaises tombe au mo­ment où le gou­ver­ne­ment va te­nir des As­sises sur le trans­port pour, no­tam­ment, amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té des trans­por­teurs tri­co­lores.

Avec des al­lers simples à par­tir de 99 eu­ros pour les An­tilles, Le­vel re­bat les cartes sur les liai­sons long-cour­riers.

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