Dé­fri­cheur San­drine Mol­lé (Dy­vem)

Ve­nue de l’uni­vers des grands groupes, San­drine Mol­lé a fon­dé Dy­vem. De­puis trois ans, sa star­tup ac­com­pagne la trans­for­ma­tion di­gi­tale de PME in­dus­trielles en les ai­dant à dé­ve­lop­per de nou­veaux ser­vices et pro­duits.

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - FRÉDÉRIC THUAL @Fr­de­ricT­hual

Si, hier, il suf­fi­sait de ré­pondre à des de­vis, au­jourd’hui, il faut al­ler cher­cher les contrats

Pour nous, la tran­si­tion di­gi­tale, ce n’est pas seule­ment le CRM et les ré­seaux so­ciaux ! Ici, on aide les PME-PMI à ex­ploi­ter et à in­té­grer les IoT, les da­tas, les réa­li­tés vir­tuelles et aug­men­tées, les vé­hi­cules au­to­nomes, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ou les drones pour les trans­for­mer en ser­vices in­dus­triels » , ex­plique San­drine Mol­lé, créa­trice il y a trois ans de la star­tup Dy­vem [pour Dy­na­mique de la vente et du mar­ke­ting, ndlr], à Nantes. « C’est le fruit d’un fil rouge » , jus­ti­fie la jeune di­ri­geante, qui a du­rant dix-sept ans pi­lo­té moult pro­jets mar­ke­ting et com­mer­ciaux et ma­na­gé la créa­tion et le dé­ve­lop­pe­ment d’une fi­liale pour des grands groupes des NTIC ou des té­lé­coms, jus­qu’à vou­loir goû­ter à l’en­tre­pre­neu­riat. Ce­lui du ter­rain. « Je sais ce que c’est que d’al­ler cher­cher un client. J’avais en­vie de mettre mon ex­pé­rience au ser­vice des PME de la ré­gion » , dit-elle. L’en­vie, aus­si, « d’al­ler là où ne vont pas for­cé­ment les autres… » . C’est d’ailleurs ce qui a conduit la jeune di­plô­mée en com­merce in­ter­na­tio­nal à se spé­cia­li­ser dans la com­mer­cia­li­sa­tion de pro­duits in­dus­triels. Fille d’un père tech­ni­cien et d’une mère em­ployée de ges­tion, aî­née de quatre en­fants, celle qui « rê­vait de faire une grande école » va adop­ter la tech­nique des pe­tits pas…

Du com­mer­cial au ma­na­ge­ment

À 25 ans, elle entre chez Sa­gem comme chef de pro­jet. Chas­sée par un ca­bi­net de re­cru­te­ment, elle in­tègre la SSII Uni­log un an plus tard. C’est là qu’elle va s’épa­nouir, s’en­ri­chir et dé­cou­vrir la culture de l’in­gé­nie­rie, celle des pro­jets et des solutions. Très vite, l’in­gé­nieur d’af­faires se voit confier le pre­mier client du groupe : France Té­lé­com. L’au­da­cieuse ac­com­pagne la stra­té­gie du groupe vers l’e-bu­si- ness et prend en charge la ges­tion de la di­vi­sion Té­lé­com avec 150 per­sonnes. Se­couée par une guerre in­terne entre bu­si­ness units, elle ac­cepte de ve­nir à la di­rec­tion ré­gio­nale de Rennes, sa ré­gion d’ori­gine, pour mon­ter une di­vi­sion au­tour de la banque-as­su­rance dans l’Ouest. Elle n’y connaît rien, mais c’est sur son tem­pé­ra­ment que la di­rec­tion compte. En trois ans, l’ef­fec­tif passe de 30 à 80 per­sonnes. Elle fait un pas­sage chez SLQI pour mon­ter des offres lo­gi­cielles in­no­vantes. L’aven­ture dure deux ans. Une pé­riode qu’elle met à pro­fit pour dé­cro­cher un Mas­ter 2 Ad­mi­nis­tra­tion des en­tre­prises, spé­cia­li­sé en fi­nance. Pa­ral­lè­le­ment en­core, celle qui se dé­crit comme une tra­vailleuse mé­tho­dique et prag­ma­tique anime bé­né­vo­le­ment le pro­gramme PLATO, mis en oeuvre par la chambre de com­merce et d’in­dus­trie pour amé­lio­rer le sa­voir-faire de pa­trons de PME-PMI en ges­tion. Une ap­proche qui ne res­te­ra pas sans len­de­main. Pas­sée dans le groupe Ma­nes­sens con­sul­ting, spé­cia­liste de l’ac­com­pa­gne­ment de la trans­for­ma­tion des en­tre­prises, elle crée et di­rige une fi­liale dans la ré­gion nan­taise. « Je suis par­tie d’une feuille blanche » , se sou­vient la femme de dé­fis, qui s’in­ves­tit dans la conduite du chan­ge­ment à tra­vers le mon­tage d’offres pour la ges­tion des stocks, les achats, etc. « J’ai chas­sé les pro­jets, les res­sources… en dix mois, on a fait 2 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires. J’y suis res­té quatre ans » , dit-elle. Jus­qu’à ce que l’en­vie de trans­mettre re­prenne le des­sus.

Ou­vrir les PME à des nou­veaux mar­chés

« D’abord, j’avais ac­quis une culture de l’in­gé­nie­rie et connais­sais les pro­blé­ma­tiques de dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel. En­suite, l’in­dus­trie était en pleine trans­for­ma­tion di­gi­tale, et je ve­nais de ce sec­teur. En­fin, mon par­cours m’avait ap­pris à mon­ter des offres mar­ke­ting, à dé­ve­lop­per des plans stra­té­giques et à gé­rer der­rière. Et ça, ça in­té­resse les chefs d’en­tre­prise » , dé­taille San­drine Mol­lé, qui en a fait une mé­thode, bap­ti­sée « Dy­vem 360° ». Le prin­cipe? Écou­ter le client pour com­prendre sa pro­blé­ma­tique, ses be­soins et mettre en oeuvre un pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­prise in­dus­trielle. « En gé­né­ral, au­cune PME ne s’est struc­tu­rée pour avoir une di­rec­tion mar­ke­ting, et une sur deux a mis en place une di­rec­tion com­mer­ciale. Beau­coup sont dé­pen­dantes à 80 % d’un seul client et ont be­soin de s’ou­vrir à de nou­veaux mar­chés. Si, hier, il suf­fi­sait de ré­pondre à des de­vis, au­jourd’hui, il faut al­ler cher­cher les contrats » , constate la fon­da­trice de Dy­vem, de re­tour d’un voyage d’études aux États-Unis, où elle a pu ob­ser­ver ce que font Boeing, Ama­zon, Mi­cro­soft… « Les Amé­ri­cains ont une ap­proche très prag­ma­tique du di­gi­tal, dit-elle. Ils sim­pli­fient tout et in­ves­tissent là où il y a du ROI [re­tour sur in­ves­tis­se­ment, ndlr]… » Ins­pi­rée par ces pra­tiques, la fon­da­trice de Dy­vem fa­vo­rise l’émer­gence de nou­veaux ser­vices et des solutions d’ac­cé­lé­ra­tion. À l’image de ce fa­bri­cant de sè­che­mains élec­triques et de dis­tri­bu­teurs de sa­von qui, en in­té­grant des ob­jets connec­tés, a pu créer de nou­veaux mé­tiers et de nou­veaux ser­vices, comme la ges­tion de son parc de ma­chines, le pi­lo­tage par mo­ni­to­ring, l’ex­ploi­ta­tion et la main­te­nance. Au­tant de don­nées qui res­taient jusque-là dans la na­ture, que l’en­tre­prise peut au­jourd’hui com­mer­cia­li­ser. Comme lui, ils sont une ving­taine à adop­ter la mé­thode Dy­vem 360°. « Ce sont des nou­veaux mo­dèles que l’on dé­friche. On sait au­jourd’hui que 60 % des usages sont mé­con­nus, alors on fait du mar­ke­ting in­dus­triel pour dé­ve­lop­per les offres de l’in­dus­trie du fu­tur. C’est un moyen de re­don­ner le pou­voir aux fa­bri­cants » , in­siste San­drine Mol­lé.

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