Da­vid Lis­nard, maire de Cannes : « Je crois au com­merce de rue »

Le pre­mier ma­gis­trat de Cannes, qui pa­riait dé­jà sur le mar­ke­ting ter­ri­to­rial il y a dix ans, est l'un des rares maires à mon­ter fran­che­ment au cré­neau contre l'hy­per­ur­ba­ni­sa­tion et la mul­ti­pli­ca­tion des centres com­mer­ciaux. En as­su­rant que l'ave­nir ap­par

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO -

Vous avez écrit en juillet der­nier une lettre au pré­fet des Alpes-Ma­ri­times dans la­quelle vous pro­tes­tez contre la mul­ti­pli­ca­tion des pro­jets de nou­veaux centres com­mer­ciaux dans le dé­par­te­ment. Pour­quoi ?

DA­VID LIS­NARD - Il faut dire stop à l’ex­cès d’ur­ba­nisme com­mer­cial. Bien sûr, il ne faut pas être cam­pé sur une po­si­tion dé­fen­sive en­vers les centres com­mer­ciaux. Mais il faut de nou­velles des­sertes, jouer sur la connec­ti­vi­té, dé­ve­lop­per le plai­sir d’être en ville. Je suis pour la li­ber­té, et la li­ber­té, ce n’est pas l’anar­chie. L’ex­cès d’ur­ba­nisme com­mer­cial c’est la dé­ser­ti­fi­ca­tion des centres-villes. C’est aus­si la des­truc­tion des pay­sages : cer­tains centres com­mer­ciaux sont très jo­lis sur plans, mais les zones pé­ri­ur­baines où ils s’im­plantent sont en train de s’uni­for­mi­ser sur la forme. Alors que l’une des forces de la France, ce sont jus­te­ment ses pay­sages. L’autre pro­blème lié à l’ex­cès d’ur­ba­nisme com­mer­cial concerne l’im­per­méa­bi­li­sa­tion des sols. Il faut re­dy­na­mi­ser les villes, les vil­lages, les quar­tiers et il faut pri­vi­lé­gier des coins ru­raux. Pas les malls per­dus en pleine cam­pagne. Ce n’est pas un mo­dèle de so­cié­té. Je constate au pas­sage que nous sommes un pays ex­trê­me­ment ré­gle­men­té mais que les règles ne pro­tègent pas. La France est le pays eu­ro­péen où on dé­nombre le plus de sur­faces com­mer­ciales de plus de 1 000 m2. Ce­la fait long­temps que je m’élève contre le dé­lire de su­rur­ba­ni­sa­tion com­mer­ciale. Ce­la tra­duit aus­si un at­ta­che­ment à un mode de vie et si nous vou­lons de la vie dans nos villes il faut des vi­trines éclai­rées. Je ne veux pas vivre comme à Du­baï.

Pour­quoi les centres com­mer­ciaux sont-ils per­çus comme de la concur­rence dé­loyale ?

Les in­ves­tis­se­ments pu­blics sont consa­crés au dé­ve­lop­pe­ment d’in­fra­struc­tures dès lors qu’il est ques­tion de la construc­tion d’un nou­veau centre com­mer­cial. C’est le cas à Val­bonne [dans le pé­ri­mètre de So­phia-An­ti­po­lis, ndlr] en plein coeur du parc de la Val­masque où il est pré­vu de nou­velles in­fra­struc­tures liées à un pro­jet de centre com­mer­cial. Ce­la in­duit une dis­tor­sion de concur­rence. Il faut re-oxy­gé­ner les com­merces de proxi­mi­té, qui, j’en suis per­sua­dé, ont de l’ave­nir. Il faut être proac­tif pour re­créer des cen­tra­li­tés en ville, sé­dui­santes et mo­dernes, qui ré­con­ci­lient la proxi­mi­té avec les ou­tils nu­mé­riques.

Dans ce contexte d’hy­per­ur­ba­ni­sa­tion com­mer­ciale et de be­soin de re­dy­na­mi­ser le com­merce de proxi­mi­té, quel doit être le rôle du maire ?

Le rôle du maire est de fé­dé­rer pour don­ner une vi­si­bi­li­té aux rues com­mer­çantes, équi­li­brer avec le sta­tion­ne­ment, faire du mar­ke­ting ter­ri­to­rial. Il faut com­prendre qu’il est né­ces­saire de ga­gner en ef­fi­ca­ci­té. Le com­mer­çant prend des risques et doit être res­pec­té pour ce­la. Les pays, les villes, les rues sont en com­pé­ti­tion, elles doivent avoir des iden­ti­tés et il faut ar­ri­ver à jouer col­lec­tif en ma­tière d’ani­ma­tions. À Cannes, nous al­lons pro­chai­ne­ment faire des an­nonces con­cer­nant le sta­tion­ne­ment, nous dé­ve­lop­pons le bus connec­té, l’ap­pli­ca­tion Palm Bus per­met­tra bien­tôt de re­ce­voir des push-up [alertes] per­son­na­li­sés pour an­non­cer les pro­mo­tions des com­merces de centre-ville. Les rues doivent être édi­to­ria­li­sées, cer­taines fa­çades doivent bé­né­fi­cier d’éclai­rages in­no­vants, il faut tra­vailler sur des am­biances ol­fac­tives et lu­mi­neuses. Il faut des show-rooms [es­paces de pré­sen­ta­tion] en ville. Nous avons un pro­jet avec Ama­zon d’ou­vrir une li­brai­rie à Cannes. Je veux le meilleur de la proxi­mi­té tout en étant connec­té. Il faut uti­li­ser les points forts du com­merce de proxi­mi­té, créer des ex­ter­na­li­tés, jouer sur le tou­risme et re­prendre des tech­niques de va­lo­ri­sa­tion des rues.

La ten­dance qui s’est des­si­née lors du der­nier Ma­pic (1) no­tam­ment, est la part belle qui va re­ve­nir au « high street re­tail » c’est-à-dire pa­rier sur les com­merces dans les rues em­blé­ma­tiques des grandes villes.

Le com­merce de rue a plus d’ave­nir si on sait le rendre plus li­sible par le nu­mé­rique. Il faut sa­voir cap­ter le flux de pié­tons, de voi­tures. In­ter­net va avoir be­soin du com­merce de proxi­mi­té. Il re­pré­sente une concur­rence di­recte mais le com­merce qui ap­porte une di­ver­si­té d’offre a un ave­nir. Ce­la peut être pour ef­fec­tuer les li­vrai­sons, es­sayer les pro­duits, c’est aus­si pou­voir être des centres de main­te­nance mis en place par les en­seignes pré­sentes sur la Toile.

Quel doit être l’ave­nir de l’ur­ba­nisme com­mer­cial ?

L’homme est un ani­mal so­cial. Il faut être vi­gi­lant sur ce su­jet, mais je crois à l’ave­nir du com­merce de rue parce que c’est mo­derne. Nous pour­rions pro­gres­ser da­van­tage si nous pou­vions gé­rer da­van­tage nos rues. Sur l’in­ci­visme no­tam­ment. Nous sommes dé­mu­nis en droit. L’es­sen­tiel, c’est l’at­trac­ti­vi­té de la ville. pro­pos recueillis par Lau­rence Bottero

Nous vou­lons de la vie dans nos villes, je ne veux pas vivre comme à Du­baï

DA­VID LIS­NARD MAIRE DE CANNES, VICE-PRÉ­SIDENT DE L’AS­SO­CIA­TION DES MAIRES DE FRANCE

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