MA­NU-LA-CHANCE ?

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - PAR PHI­LIPPE MABILLE DI­REC­TEUR DE LA RÉ­DAC­TION @phma­bille

La pre­mière an­née du (pre­mier ?) quin­quen­nat d’Em­ma­nuel Ma­cron s’achève sur de bonnes nou­velles pour le pré­sident et pour la France. Non seule­ment le chef de l’État a réus­si à in­ver­ser la courbe de sa propre im­po­pu­la­ri­té, après un sé­rieux dé­vis­sage cet été jus­qu’au dé­but de l’au­tomne, fait in­édit (en gé­né­ral, quand un pré­sident dé­çoit les Fran­çais, il ne s’en re­lève plus) ; mais aus­si, les deux phé­no­mènes étant peut-être liés, la courbe de la crois­sance s’ac­cé­lère. L’In­see vient de re­le­ver de 1,8 à 1,9 % sa pré­vi­sion pour 2017 et s’at­tend à une pour­suite de cette re­prise au moins jus­qu’au mi­lieu de l’an pro­chain. Cli­mat des af­faires, mo­ral des mé­nages, créa­tions d’em­plois, in­ves­tis­se­ments, consom­ma­tion, tous les in­di­ca­teurs sont au vert, sauf un, le point noir de l’éco­no­mie fran­çaise, le dé­fi­cit com­mer­cial. Em­ma­nuel le vei­nard ? Sans doute, mais il n’est pas in­ter­dit d’al­lier la chance à la jeu­nesse et à l’audace. Toute la ques­tion est de sa­voir qu’en faire et comment la faire du­rer. Du point de vue de l’ac­tion, le bi­lan des pre­miers mois est glo­ba­le­ment po­si­tif. Force est de re­con­naître que l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron a créé un élec­tro­choc pour l’image du pays tant à l’in­té­rieur qu’à l’étran­ger, et que le rythme des ré­formes en­ga­gées a été sou­te­nu. Or­don­nances sur le tra­vail, ré­forme de l’ISF et flat tax sur le ca­pi­tal, trans­fert de co­ti­sa­tions sa­la­riales sur la CSG, sup­pres­sion pro­gres­sive de la taxe d’ha­bi­ta­tion, baisse pro­gram­mée de l’im­pôt sur les so­cié­tés… Et pour­tant, il reste tant à faire… C’est tout le dé­fi qui at­tend Em­ma­nuel Ma­cron en 2018. En 2017, il a oc­cu­pé le ter­rain en met­tant en oeuvre ses pro­messes de cam­pagne. Mais elles met­tront du temps, au moins deux ans, a-t-il dit, avant de pro­duire d’éven­tuels ré­sul­tats vi­sibles. Deux ans pen­dant les­quels rien ne dit que la conjonc­ture res­te­ra aus­si fa­vo­rable, deux ans d’im­pré­vus et d’in­cer­ti­tudes no­tam­ment géo­po­li­tiques qui pour­raient mettre à bas les es­poirs de suc­cès d’une po­li­tique qui a sa co­hé­rence, mais dont les me­sures res­tent ho­méo­pa­thiques à l’échelle des pro­blèmes que la France a à ré­soudre. Pour Em­ma­nuel Ma­cron, 2018 se­ra donc for­cé­ment une an­née d’ac­cé­lé­ra­tion. D’abord parce qu’en l’ab­sence de réelle op­po­si­tion en 2017, le pré­sident se dit pro­ba­ble­ment qu’il a en­core une fe­nêtre de tir pour faire bou­ger les lignes. Il est pro­bable aus­si que ce soit ce qu’at­tendent de lui la ma­jo­ri­té des Fran­çais. En 2018, des ré­formes im­por­tantes dé­bat­tues cette an­nées se­ront en­ga­gées : choc d’offre dans le lo­ge­ment, alors que le bâ­ti­ment com­mence à battre de l’aile, loi sur les nou­velles mo­bi­li­tés du quo­ti­dien, acte II des ré­formes so­ciales avec l’as­su­rance-chô­mage uni­ver­selle, les ré­formes de l’ap­pren­tis­sage et de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Mais Em­ma­nuel Ma­cron est sur­tout at­ten­du sur des su­jets plus dif­fi­ciles : ré­forme de l’État et de l’ac­tion pu­blique alors que mal­gré la crois­sance, qui dope les re­cettes d’im­pôt, les comptes pu­blics res­tent pré­oc­cu­pants et que sur la di­mi­nu­tion des ef­fec­tifs de la fonc­tion pu­blique (120 000 postes pré­vus sur cinq ans), on reste très loin du compte. Sur les im­pôts, le chef de l’État risque aus­si de de­voir jon­gler avec l’exas­pé­ra­tion des classes moyennes qui ver­ront leur charge fis­cale glo­bale aug­men­ter de 4,5 mil­liards l’an pro­chain. En­fin, Em­ma­nuel Ma­cron va de­voir en 2018 sor­tir du bois sur des su­jets dé­li­cats : sta­tut des che­mi­nots et ré­forme de la SNCF sur­en­det­tée, ave­nir d’EDF et bas­cu­le­ment vers les éner­gies re­nou­ve­lables, pri­va­ti­sa­tions avec quelques cas brû­lants, comme Orange, alors que pointe de nou­veau l’idée d’une concen­tra­tion du nombre des opé­ra­teurs té­lé­coms. Ou comme l’ave­nir du ser­vice pu­blic de la té­lé­vi­sion, chan­tier que le pré­sident a ou­vert de lui-même en ap­pe­lant, lors de sa déam­bu­la­tion ély­séenne, à une ré­forme pro­fonde. Bref, on l’a com­pris, en 2018, Em­ma­nuel Ma­cron se­ra sur tous les fronts. Dans le ca­len­drier chi­nois (à par­tir du 6 fé­vrier), ce se­ra l’an­née du chien. Ani­mal loyal, bien­veillant et fi­dèle, mais par­fois aboyant...

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