En­tre­tien Jean-Mi­chel Blan­quer : « De­main on di­ra peut-être que je suis un disrupteur »

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO -

J’ai trou­vé des ac­teurs qui étaient à la fois las­sés des ré­formes per­pé­tuelles de l’école, mais qui re­pro­chaient en même temps au sys­tème d’être à bout de souffle. Des pro­fes­sion­nels qui ne vou­laient pas d’une énième ré­forme avec un grand « R », mais qui sou­hai­taient que l’Édu­ca­tion na­tio­nale se trans­forme avec prag­ma­tisme. Ce sont deux sen­ti­ments lé­gi­times. Il faut trans­for­mer l’école, bien sûr pour la rendre plus ef­fi­cace, mais pour que ce­la fonc­tionne, il faut res­pon­sa­bi­li­ser les ac­teurs. Mon rôle n’est pas de pro­po­ser une ré­forme « ma­gique » qui va tout ré­soudre d’un coup de ba­guette, mais de faire en sorte que les ac­teurs s’ap­pro­prient les en­jeux de la trans­for­ma­tion. mal vus des pa­rents, ou qui ne vou­draient pas des chan­ge­ments. On a be­soin de créer une école de la confiance et une so­cié­té ap­pre­nante car ap­prendre est ce qui dé­fi­nit l’être hu­main. Pour ré­for­mer, il faut s’ap­puyer sur les pro­fes­seurs. La réus­site du sys­tème sco­laire passe en grande par­tie par eux. C’est pour ce­la que leur for­ma­tion ini­tiale mais aus­si conti­nue est fon­da­men­tale. L’amé­lio­ra­tion des re­la­tions entre pa­rents et pro­fes­seurs est éga­le­ment es­sen­tielle. J’ai pu consta­ter que dans des col­lèges sem­blables so­cia­le­ment et géo­gra­phi­que­ment, cer­tains réus­sis­saient et d’autres moins bien. Ce qui fait la dif­fé­rence, c’est l’es­prit d’équipe, sa sta­bi­li­té et le pro­jet por­té par la com­mu­nau­té édu­ca­tive. d’avance par rap­port à leurs pré­dé­ces­seurs qui étaient dans des classes avec deux fois plus d’élèves. Ces classes à 12 élèves per­mettent de tra­vailler dif­fé­rem­ment. Elles ap­portent plus de bon­heur d’en­sei­gner aux pro­fes­seurs. Les pa­rents de ces élèves de mi­lieux dé­fa­vo­ri­sés ap­pré­cient les moyens mis en place pour eux. On pour­ra me­su­rer les ef­fets de cette me­sure dans la pro­chaine en­quête Pirls. siècle et est tou­jours moderne. Mon­taigne a écrit sur l’édu­ca­tion des en­fants il y a quatre siècles et de­mi, ce­la ne l’em­pêche pas d’être en­core très ac­tuel. Pas­ser pour un « pas­séiste » quand on parle de ce qui exis­tait avant, c’est ab­surde et ca­ri­ca­tu­ral. Je m’in­té­resse à ce qui peut struc­tu­rer les en­fants. Ce­la passe par des ap­proches ­com­plé­men­taires : l’ef­fort et le plai­sir, ap­prendre et ap­prendre à ap­prendre, connaître et com­prendre. Cer­tains cherchent à op­po­ser des choses qui, loin d’être op­po­sables, sont com­plé­men­taires. Au­jourd’hui, cer­tains disent que je suis pas­séiste, mais de­main, avec d’autres pro­po­si­tions, on di­ra peut-être que je suis un disrupteur, comme on l’a dit à pro­pos d’in­no­va­tions que j’ai pro­po­sées dans le pas­sé. En­core une fois, ma mo­ti­va­tion est de mettre en place le meilleur pour la réus­site de chaque élève. C’est le prisme avec le­quel j’ana­lyse chaque me­sure. Après la pré­sen­ta­tion de l’étude Pirls, j’ai an­non­cé 25 me­sures pour nous per­mettre de re­bon­dir et d’amé­lio­rer l’ap­pren­tis­sage de la langue fran­çaise à l’école. Cer­tains n’ont re­te­nu que la dic­tée au quo­ti­dien qui est im­por­tante mais qui n’est pas le seul su­jet. Je re­grette sur­tout que le dé­bat se pose, trop sou­vent, en des termes sim­plistes.

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