iP­hone : Apple s’oc­cupe de ses puces

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO -

Apple veut cou­per le cordon avec ses pro­duc­teurs de puces élec­tro­niques et autres com­po­sants. Quitte à don­ner des sueurs froides à l’en­semble de l’in­dus­trie des se­mi­con­duc­teurs. Le géant ca­li­for­nien est en train de conce­voir ses propres puces de ges­tion de l’éner­gie, des­ti­nées à être in­té­grées à ses smart­phones dès 2018. L’in­for­ma­tion – non dé­men­tie par Apple – a en­traî­né une chute de 30 %, pour l’ins­tant, de la va­leur bour­sière de son four­nis­seur of­fi­ciel, Dia­log, spé­cia­li­sé dans ce type de puces. Cette an­nonce re­pré­sente un coup dur sup­plé­men­taire pour l’in­dus­trie des se­mi­con­duc­teurs. La même mésa­ven­ture, en pire, était dé­jà ar­ri­vée à Ima­gi­na­tion Tech­no­lo­gies. En avril der­nier, Apple avait car­ré­ment an­non­cé la fin, à l’ho­ri­zon 2018, de sa col­la­bo­ra­tion avec ce four­nis­seur de puces bri­tan­nique. La rai­son ? « Apple tra­vaille in­dé­pen­dam­ment sur sa propre puce. » Le ra­chat, an­non­cé mi-no­vembre, de la star­tup InVi­sage Tech­no­lo­gies, spé­cia­li­sée dans les cap­teurs photo, me­nace donc clai­re­ment son four­nis­seur of­fi­ciel, So­ny Se­mi­con­duc­tor. Fon­dée en 2006, InVi­sage Tech­no­lo­gies em­ploie une cin­quan­taine de per­sonnes à Men­lo Park, en Ca­li­for­nie, et dans son usine de pro­duc­tion, à Taï­wan. La so­cié­té com­mer­cia­lise le Quan­tumFilm, une tech­no­lo­gie de cap­teur d’images unique au monde ca­pable de mieux ab­sor­ber la lu­mière. Se­lon la star­tup, il s’agit d’une « couche pho­to­sen­sible » com­po­sé de « points quan­tiques » ou « quan­tum dots », c’est-àdire des na­no­par­ti­cules qui rendent ses cap­teurs plus sen­sibles, y com­pris en cas de très faible lu­mi­no­si­té, ce qui est ac­tuel­le­ment le point faible de nom­breux smart­phones, y com­pris ceux d’Apple. Cette tech­no­lo­gie est no­tam­ment uti­li­sée dans cer­tains té­lé­vi­seurs haut-de-gamme pour mieux res­ti­tuer les cou­leurs. Apple au­rait tort de se pri­ver : avec un tré­sor de guerre de 268,9 mil­liards (!) de dol­lars au troi­sième tri­mestre 2017, la firme de Cu­per­ti­no peut bien se per­mettre quelques em­plettes. De­puis 2007, c’est-à-dire l’ar­ri­vée de l’iP­hone sur le mar­ché, la firme de Cu­per­ti­no a dé­jà ef­fec­tué 54 ac­qui­si­tions. Cette stra­té­gie de ré­duc­tion de la dé­pen­dance d’Apple à ses four­nis­seurs de se­mi-conduc­teurs est un le­vier d’in­no­va­tion cru­cial pour gon­fler ses marges et af­fir­mer son lea­der­ship en ma­tière de qua­li­té et d’ex­pé­rience uti­li­sa­teur. Sur­tout à l’heure où les concur­rents, no­tam­ment Sam­sung, montent en gamme et ri­va­lisent sé­rieu­se­ment avec l’iP­hone, quand ils ne le dé­passent pas dans cer­tains do­maines. Avant InVi­sage Tech­no­lo­gies, Apple a ra­che­té ces dix der­nières an­nées pas moins de cinq startups dans le do­maine des se­mi­con­duc­teurs. Avec l’ob­jec­tif d’in­té­grer leur tech­no­lo­gie à ses pro­duits. P.A Se­mi, ac­quise pour 278 mil­lions de dol­lars en 2008, lui a per­mis d’amé­lio­rer la qua­li­té de ses pro­ces­seurs. In­trin­si­ty, ava­lée en 2010 pour 121 mil­lions de dol­lars, l’a ai­dé à par­faire l’ef­fi­ca­ci­té de ses puces. En 2011, Apple a ra­che­té pour 390 mil­lions de dol­lars l’un de ses four­nis­seurs, l’is­raé­lien Ano­bit, afin d’aug­men­ter la ca­pa­ci­té de sto­ckage des mé­moires flash de ses iP­hones. En 2013, la firme à la pomme a mis la main, pour un mon­tant non-dé­voi­lé, sur Pas­sif Se­mi­con­duc­tor, spé­cia­li­sé dans la concep­tion de puces Blue­tooth basse consom­ma­tion. En­fin, tou­jours en 2013, Apple a ra­che­té l’is­raé­lien Pri­meSense, spé­cia­li­sé dans les cap­teurs de mou­ve­ments 3D. La firme s’est no­tam­ment ser­vie de cette in­no­va­tion pour dé­ve­lop­per le sys­tème d’au­then­ti­fi­ca­tion fa­ciale et de dé­ver­rouillage de l’iP­hone X. D’après l’ins­ti­tut Gart­ner, Apple est le 2e ache­teur mon­dial de puces élec­tro­niques en 2016, juste der­rière Sam­sung. La firme de Cu­per­ti­no a dé­pen­sé 30 mil­liards de dol­lars en puces en 2016, soit 8,8 % du mar­ché to­tal (9,3 % pour Sam­sung). Pro­blème : les ana­lystes es­timent que le mou­ve­ment d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion de la pro­duc­tion des com­po­sants élec­tro­niques des smart­phones est en train de bou­le­ver­ser l’en­semble du mar­ché des se­mi-conduc­teurs. C’est le sens de l’his­toire pour tous les grands construc­teurs. Apple bien sûr, mais aus­si Sam­sung ou en­core le chi­nois Hua­wei, qui sont les trois lea­ders mon­diaux sur le mar­ché du smart­phone. Tous veulent dé­sor­mais maî­tri­ser l’en­semble de leur chaîne de pro­duc­tion, alors que la san­té fi­nan­cière de nom­breux ac­teurs de l’in­dus­trie dé­pend en grande par­tie des mons­trueuses com­mandes des géants des té­lé­phones. « Même si vous êtes Apple ou Google, l’im­por­tant, avec l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, est de maî­tri­ser les ma­té­riaux qui per­mettent de bâ­tir des al­go­rithmes et des lo­gi­ciels pour vos nou­velles ap­pli­ca­tions, afin de construire votre éco­sys­tème dans le­quel vous in­té­grez au­tant de par­te­naires que pos­sible » , ex­plique ­Shir­ley Tsai, ana­lyste pour IDC, ci­tée par le Nik­kei Asian Re­view. Tim Cook, le PDG d’Apple, ne s’en cache pas. La part de la firme dans les se­mi-conduc­teurs ne cesse d’ailleurs d’aug­men­ter. Se­lon IC In­sights, la Pomme était dé­jà, fin 2016, le 4e pro­duc­teur mon­dial de puces élec­tro­niques, de­vant Nvi­dia et juste der­rière les lea­ders mon­diaux Qual­comm, Broad­com (le deuxième vient de lan­cer la plus grande OPA de l’his­toire de la high-tech sur le pre­mier) et Me­diaTek. En un an, Apple a même amé­lio­ré son chiffre d’af­faires dans les puces de 17 %, signe d’une forte ac­cé­lé­ra­tion de son ac­ti­vi­té dans le do­maine.

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