Mou­nir Mah­jou­bi : « Les mé­tro­poles se mo­bi­lisent avec les en­tre­pre­neurs »

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO -

Jour­née char­gée mar­di 12 dé­cembre pour Mou­nir Mah­jou­bi. Le se­cré­taire d’État a pas­sé la jour­née à Bor­deaux. Dans la ma­ti­née, il a pré­sen­té dans les lo­caux d’Em­maüs Con­nect la stra­té­gie na­tio­nale en­vi­sa­gée pour for­mer les 20 % de Fran­çais en­core éloi­gnés des usages nu­mé­riques. Il a en­suite vi­si­té l’éco­sys­tème al­ter­na­tif Dar­win, sur la rive droite, et la PME in­no­vante Im­mer­sion, dont le pré­sident fon­da­teur Ch­ris­tophe Char­tier a été l’in­vi­té du der­nier Pe­tit-dé­jeu­ner de La Tribune le jeu­di 14 dé­cembre à Bor­deaux. Le se­cré­taire d’État a en­suite dé­cou­vert la li­brai­rie Mol­lat, son ver­sant Sta­tion Au­sone, sa stra­té­gie nu­mé­rique et no­tam­ment ses cé­lèbres book­faces (faces de livres). Avant de se rendre dans les lo­caux de la Cour­sive, l’in­cu­ba­teur de la CCI de Bor­deaux Gi­ronde, à la ren­contre du co­mi­té d’en­tre­pre­neurs de French Tech Bor­deaux et de plu­sieurs startups ve­nues se pré­sen­ter et l’in­ter­ro­ger, puis de prendre la pa­role sur la scène de l’évé­ne­ment French Tech Con­nect, il a ac­cor­dé un en­tre­tien à La Tribune. MOU­NIR MAH­JOU­BI - La French Tech a trois mis­sions : fé­dé­rer, ac­cé­lé­rer, faire rayon­ner. Fé­dé­rer c’est toute la dé­marche qui a fait qu’au­jourd’hui on a des mé­tro­poles fan­tas­tiques qui ont réus­si à se mo­bi­li­ser et faire émer­ger des com­mu­nau­tés d’en­tre­pre­neurs réunies au­tour de col­lec­ti­vi­tés qui ont mis des moyens fi­nan­ciers, fon­ciers. Ce qu’on voit ce soir, c’est un troi­sième épi­sode, les trois ans de la la­bel­li­sa­tion French Tech et dans toutes les villes où ça se passe bien, ça se passe comme ce­la. Des com­mu­nau­tés d’en­tre­pre­neurs qui s’en­gagent, des col­lec­ti­vi­tés qui in­ves­tissent, des en­ti­tés qui, quand elles sont fé­dé­rées, sont plus ef­fi­caces entre elles. J’étais chez un en­tre­pre­neur bor­de­lais tout à l’heure : il m’ex­pli­quait que quand il est al­lé vendre à Sin­ga­pour, c’était fa­cile pour lui, la French Tech était sur place. Et quand il parle de la French Tech, il s’agit d’une com­mu­nau­té d’en­tre­pre­neurs fran­çais sur place, ce n’était pas un ser­vice. Le pou­voir fé­dé­ra­teur a très bien mar­ché. Sur la ques­tion des ré­seaux thé­ma­tiques French Tech, je suis en­core per­sua­dé qu’ils sont très utiles mais ils ont in­éga­le­ment fonc­tion­né. Il faut qu’on se ré­in­ter­roge sur la meilleure fa­çon, ou la fa­çon nou­velle, d’ani­mer les fi­lières ul­tra-tech et se dire qu’il ne faut pas des co­mi­tés de fi­lières à l’an­cienne, qu’il faut des trucs agiles. C’est un des su­jets de 2018: comment on anime ces ré­seaux thé­ma­tiques French Tech pour qu’ils jouent leur rôle. Sur la par­tie ac­cé­lé­ra­tion, au­jourd’hui le bi­lan est très po­si­tif pour tous les fonds d’ac­cé­lé­ra­tion por­tés par la French Tech avec Bpi­france. La grande ques­tion main­te­nant, c’est la stra­té­gie. On a iden­ti­fié des ac­cé­lé­ra­teurs de startups, on a in­ves­ti, on a lan­cé ces fonds. La suite, c’est sur quels sec­teurs on veut al­ler plus vite, qu’est-ce qui nous manque et comment on y ar­rive, ce se­ra aus­si un élé­ment im­por­tant de 2018. L’autre su­jet très nou­veau, c’est French Tech Di­ver­si­té, une ex­pé­ri­men­ta­tion que l’on a gé­né­ra­li­sé avec une double prio­ri­té : la mixi­té, les femmes dans le nu­mé­rique, et les per­sonnes is­sues des quar­tiers dé­fa­vo­ri­sés. C’est aus­si une prio­ri­té de 2018. aus­si énor­mé­ment de PME de l’éco­no­mie dite tra­di­tion­nelle et je pas­se­rai beau­coup de temps avec elles, avec les mé­tro­poles French Tech, avec les Ré­gions, avec Bu­si­ness France qui a fait une sé­lec­tion de so­cié­tés qui vien­dront pré­sen­ter leurs pro­duits et leurs so­lu­tions. Hier [le 11 dé­cembre, ndlr], nous étions à Sta­tion F avec le pré­sident de la Ré­pu­blique et le mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur pour par­ler du cli­mat. Il y avait plu­sieurs startups que l’on connaît bien et qui se­ront pré­sentes au CES. J’y se­rai pour sou­te­nir les startups fran­çaises et aus­si pour cé­lé­brer le fait qu’on a des PME qui ont des su­per in­no­va­tions à pré­sen­ter. Vous avez vu le chiffre qui va avec l’étude: à peine 0,1 % des bud­gets al­loués par ces grands groupes à leurs four­nis­seurs concernent des startups. Il faut les ai­der à pas­ser aux actes sans les frap­per, c’est-àdire qu’on ne va pas leur im­po­ser de se four­nir en ser­vices et pro­duits au­près de startups. On va sim­pli­fier, on va mieux com­mu­ni­quer, on va mieux s’or­ga­ni­ser. Au­jourd’hui c’est com­pli­qué pour ces grandes boîtes mais c’est com­pli­qué pour l’État aus­si. Je veux donc tra­vailler sur la ma­nière dont l’État peut ache­ter mieux de l’in­no­va­tion. Comment on achète quelque chose qui n’est pas en­core ma­ture ? Qui n’a pas en­core fait ses preuves ? Comment on achète quelque chose qui va conti­nuer à évo­luer très ra­pi­de­ment ? Comment on achète quelque chose à une boîte qui est en­core en phase de dé­ve­lop­pe­ment et dont on ne sait pas ce qui va en sor­tir ? On a des vé­hi­cules ju­ri­diques pour ça, comme le par­te­na­riat d’in­no­va­tion. C’est un ou­til fa­cile, une ex­cep­tion aux mar­chés pu­blics qui per­met de dé­ci­der d’ache­ter à une star­tup ou de co-dé­ve­lop­per avec un la­bo­ra­toire de re­cherche une so­lu­tion pas en­core fi­nie. Le pro­blème est qu’on sait que ce sont des pro­jets qui peuvent dé­bou­cher sur un échec. Donc le fonc­tion­naire ou l’agent pu­blic qui va s’en­ga­ger dans ce truc-là, il va se dire : j’ai d’un cô­té une so­lu­tion sur éta­gère, qui n’est pas exac­te­ment ce qu’on veut et qui est un peu chère mais qui est ins­tal­lée dans trois quarts des mai­ries de France, et de l’autre cô­té une star­tup qui nous aide à faire ce­ci ou ce­la. La ques­tion est donc: comment on aide les ma­na­gers du pu­blic à se faire confiance et comment on va­lo­rise l’in­no­va­tion. À l’hô­pi­tal par exemple, on a des dis­cus­sions avec l’AP-HP [As­sis­tance pu­blique - Hô­pi­taux de Pa­ris] qui vient de l an­cer un con­cours d’in­no­va­tion pour dire à ses équipes: « C’est bien de faire de l’achat in­no­vant. » Mais comme c’est nou­veau pour eux, ils pro­fitent de la construc­tion d’un nou­vel hô­pi­tal pour faire un ap­pel à pro­jets in­no­vants et avec les startups et les la­bo­ra­toires de re­cherche qui le ga­gne­ront, ils vont ren­trer dans des par­te­na­riats d’in­no­va­tion. Mais tant qu’on n’en au­ra pas fait beau­coup, tant que tout le monde ne l’a pas vu, ce se­ra com­pli­qué à faire émer­ger dans les cultures d’en­tre­prises. Il faut que l’on trouve la grosse boîte qui au­ra fait 20 % d’achats de ce type, qui mon­tre­ra que ça a un im­pact très fort sur la per­for­mance et là vous ver­rez que tout le monde se met­tra à ache­ter dif­fé­rem­ment.

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