Pé­trole : vers un ré­équi­li­brage

En 2018, le mar­ché pé­tro­lier de­vrait conti­nuer de se ré­équi­li­brer, grâce à la li­mi­ta­tion de l’offre et à la re­prise éco­no­mique. Le prix moyen du ba­ril de Brent de­vrait os­cil­ler au­tour de 60 dol­lars. La seule in­con­nue reste la pro­duc­tion amé­ri­caine.

La Tribune Hebdomadaire - - EDITO - Ro­bert Jules

Est-ce un signe pour 2018? La pre­mière se­maine de la nou­velle an­née a vu les prix du ba­ril de brut faire leur meilleure en­tame heb­do­ma­daire de­puis 2013, avec une hausse de 1,7 %. Pour au­tant, va-t-on re­ve­nir aux 100 dol­lars comme en 2014 ? Rien n’est moins sûr. Certes, la des­cente aux en­fers qu’ont connue les pays pro­duc­teurs entre la mi-2014 et le dé­but de 2016, pé­riode du­rant la­quelle le prix du ba­ril de Brent avait chu­té de quelque 75 % – pas­sant de plus de 110 dol­lars à moins de 29 dol­lars –, semble bien ter­mi­née. De­puis, le cours s’est orien­té ten­dan­ciel­le­ment à la hausse, re­ve­nant même ces der­niers jours au­tour de 67 dol­lars, soit une pro­gres­sion de plus de 100 % par rap­port au plus bas.

UNE DE­MANDE MON­DIALE À LA HAUSSE

Mais le dif­fi­cile ré­équi­li­brage en cours ne s’est pas fait tout seul. L’Opep et d’autres pays ex­por­ta­teurs ma­jeurs, dont la Rus­sie, ont me­né de­puis dé­but 2017 une po­li­tique de ré­duc­tion de leur offre. En no­vembre der­nier, ils ont dé­ci­dé de pour­suivre le mou­ve­ment jus­qu’à la fin de 2018 en am­pu­tant leur pro­duc­tion to­tale de 1,8 mil­lion de ba­rils par jour (mbj). La pro­duc­tion du car­tel était tom­bée à la fin de 2017 à 32,5 mbj, son plus bas ni­veau de­puis six mois. Cette po­li­tique, qui vi­sait à ré­duire les stocks pé­tro­liers éle­vés à tra­vers le monde, a payé. Se­lon l’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie (AIE), les ré­serves étaient tom­bées en oc­tobre 2017 dans les pays de l’OCDE à leur plus bas ni­veau de­puis juillet 2015, à 2,94 mil­liards de ba­rils. Même la Chine, pre­mier im­por­ta­teur mon­dial, a vu ses stocks bais­ser pour la pre­mière fois, après avoir en­re­gis­tré un ra­len­tis­se­ment de la re­cons­ti­tu­tion des stocks au cours de l’an­née dernière. Pour 2018, nombre d’ex­perts voient ain­si le prix du pé­trole évo­luer au­tour d’une moyenne de 60 dol­lars. Le mar­ché pé­tro­lier de­vrait en ef­fet bé­né­fi­cier d’une hausse de la de­mande mon­diale, liée à la re­prise éco­no­mique gé­né­rale à tra­vers le globe. Se­lon l’AIE, après avoir dé­jà pro­gres­sé de 1,6 % en 2017, elle de­vrait en­core aug­men­ter de 1,3 % en 2018, à 99,1 mbj. Pa­ra­doxa­le­ment, au mo­ment où l’on parle sans cesse de l’après­pé­trole dans le cadre de la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, la pla­nète va brû­ler un vo­lume re­cord d’or noir. Cette crois­sance de la consom­ma­tion se­ra de nou­veau ti­rée par la Chine, dont les be­soins, après avoir pro­gres­sé de 5 % l’an­née dernière, aug­men­te­ront de 3,1 % pour at­teindre 12,8 mbj, sur les­quels quelque 9 mbj sont im­por­tés. Pour au­tant, il reste cer­taines in­con­nues. Il y a d’abord le risque géo­po­li­tique : les ten­sions au Moyen-Orient, no­tam­ment entre l’Iran et l’Ara­bie saou­dite, de­puis que le royaume a im­po­sé un boy­cott au Qa­tar, proche du pre­mier et membre de l’Opep. En outre, le risque de per­tur­ba­tion du ­sec­teur en Li­bye et au Ni­ge­ria est ré­cur­rent. Il y a en­suite la pro­duc­tion pé­tro­lière amé­ri­caine, dont celle is­sue des schistes, qui de­vrait dépasser les 10 mbj, ren­dant les États-Unis de nou­veau ex­por­ta­teurs. Cette hausse des ex­trac­tions – sou­te­nue par la re­mon­tée des prix du brut – com­plique la stra­té­gie de l’Opep, chaque part de mar­ché cé­dée étant com­blée par l’offre des pro­duc­teurs amé­ri­cains. Or les pro­jec­tions de cette pro­duc­tion amé­ri­caine pour 2018 va­rient consi­dé­ra­ble­ment se­lon les ex­perts. En oc­tobre, elle a at­teint 9,2 mbj, son plus haut ni­veau de­puis qua­rante-six ans. L’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine char­gée de l’Éner­gie pré­voit une hausse de l’offre hors de l’Opep de 800000 bj, tan­dis que l’AIE table seule­ment sur une crois­sance de 200000 bj pour cette même offre. Une fois de plus dans l’his­toire pé­tro­lière, ce se­ront les États-Unis qui in­fluen­ce­ront le mar­ché. Pen­dant long­temps, ce fut comme pays consom­ma­teur, au­jourd’hui c’est à nou­veau comme pays pro­duc­teur.

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