Airbnb élar­git son offre

Dix ans après sa créa­tion à San Francisco, la pla­te­forme de lo­ca­tion entre par­ti­cu­liers a connu en 2017 sa pre­mière an­née de ren­ta­bi­li­té. Pour du­rer, Airbnb sort de son coeur d’ac­ti­vi­té en lor­gnant du cô­té des tou­ro­pé­ra­teurs et de l’im­mo­bi­lier.

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - ANAÏS CHERIF @Anais_C­he­rif

Af­fi­chant dix ans au comp­teur, Airbnb vient d’en­re­gis­trer sa pre­mière an­née de ren­ta­bi­li­té. La pla­te­forme de lo­ca­tion entre par­ti­cu­liers au­rait réa­li­sé un chiffre d’af­faires de plus de 3,5 mil­liards de dol­lars en 2017, se­lon le Fi­nan­cial Times. De­ve­nu ren­table de­puis la se­conde moi­tié de 2016, le site col­la­bo­ra­tif au­rait gé­né­ré l’an­née der­nière un bé­né­fice de 100 mil­lions de dol­lars avant im­pôts, in­té­rêts et amor­tis­se­ments. La so­cié­té de San Francisco, va­lo­ri­sée 30 mil­liards de dol­lars, an­ti­cipe dé­jà 2018 comment étant « l’an­née la plus im­por­tante à ce jour pour Airbnb » sur la base des don­nées de ré­ser­va­tion pour le pre­mier se­mestre. L’ar­ri­vée au con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de Ken­neth Che­nault, PDG d’Ame­ri­can Express sur le dé­part, ali­men­tait aus­si la ru­meur d’une en­trée en Bourse au cours de l’an­née. Mais Airbnb l’a dé­men­tie le 1er fé­vrier. « Les gens di­saient que notre idée ne mar­che­rait ja­mais, avec la cer­ti­tude que des in­con­nus ne se fe­ront ja­mais confiance ! » se rap­pelle Brian Ches­ky, di­ri­geant et co­fon­da­teur, dans une note de blog. « Une dé­cen­nie plus tard, près de 300 mil­lions de ré­ser­va­tions ont été pas­sées sur Airbnb. » Dans cette pu­bli­ca­tion aux al­lures de ma­ni­feste, l’en­tre­pre­neur de 36 ans fixe une ligne de conduite à son en­tre­prise pour sur­vivre, non pas seule­ment à l’an­née 2018, mais au xxie siècle tout en­tier – au mi­ni­mum. Se­lon lui, Airbnb doit se pro­je­ter sur un « ho­ri­zon de temps in­fi­ni ». En clair, Brian Ches­ky re­com­mande de ne pas se concen­trer sur des ob­jec­tifs fi­nan­ciers à court terme ou sur la concur­rence, mais de pri­vi­lé­gier une stra­té­gie et une vi­sion pour l’en­tre­prise. En ef­fet, la pla­te­forme créée en 2008 à San Francisco a bien chan­gé. Do­tée de 4 mil­lions de lo­ge­ments dans plus de 65000 villes, Airbnb ne se contente plus de vendre des nui­tées chez l’ha­bi­tant à des tou­ristes en quête de bons plans et d’au­then­ti­ci­té.

4000 AC­TI­VI­TÉS PRO­PO­SÉES

L’an­née 2017 a été mar­quée par le dé­ve­lop­pe­ment de son ser­vice « Trips » (bap­ti­sé « ex­pé­riences » en fran­çais). À l’image des tour-opé­ra­teurs (ou voya­gistes), cette fonc­tion per­met de ré­ser­ver des ac­ti­vi­tés – ap­pe­lées « ex­pé­riences » – or­ga­ni­sées par des « ex­perts lo­caux ». Ain­si, les tou­ristes peuvent ap­prendre à ma­nier le sabre à To­kyo ou ré­col­ter des truffes à Flo­rence. Des ac­ti­vi­tés aty­piques pour les voya­geurs – et lu­cra­tives pour Airbnb. En 2017, le ti­cket moyen était de 55 dol­lars. La pla­te­forme pré­lève une com­mis­sion de 20 % de frais de ser­vice aux or­ga­ni­sa­teurs d’ac­ti­vi­tés – contre une com­mis­sion de 3 % pour l’hôte et entre 5 à 15 % pour le voya­geur, pour une lo­ca­tion d’hé­ber­ge­ment. Après un an d’ex­ploi­ta­tion, il existe plus de 4 000 ac­ti­vi­tés de ce genre, dis­po­nibles « dans plus de 50 villes, 26 pays et six conti­nents » – contre 500 sor­ties dans douze villes lors de son lan­ce­ment en no­vembre 2016. Airbnb a an­non­cé la se­maine der­nière vou­loir dé­ve­lop­per ce ser­vice, no­tam­ment aux États-Unis. Un plan d’in­ves­tis­se­ment de 5 mil­lions de dol­lars est pré­vu pour ins­tau­rer des ac­ti­vi­tés dans 200 villes amé­ri­caines d’ici la fin 2018. « La vi­sion ul­time d’Airbnb est de ré­pondre aux be­soins (des uti­li­sa­teurs) pour tous les as­pects d’un voyage » , in­di­quait la so­cié­té dans un com­mu­ni­qué lors du lan­ce­ment. À terme, l’en­tre­prise sou­hai­te­rait pro­po­ser des billets d’avion, des locations de voi­tures ou de la li­vrai­son de nour­ri­ture. Une ex­ten­sion de ses ser­vices que Airbnb a dé­jà ex­pé­ri­men­tée du­rant l’été 2016: la pla­te­forme col­la­bo­ra­tive a pro­po­sé la vente des billets de la com­pa­gnie aé­rienne Luf­than­sa.

CONSTRUIRE SES PROPRES IM­MEUBLES

À l’image de sa pla­te­forme de lo­ca­tion, le ser­vice Trips est très pri­sé par les moins de 35 ans. La gé­né­ra­tion des mil­len­nials, née à par­tir des an­nées quatre-vingt, re­pré­sente ac­tuel­le­ment 60 % des uti­li­sa­teurs ayant dé­jà uti­li­sé le site et deux tiers des ré­ser­va­tions d’ac­ti­vi­tés. C’est pour­quoi Airbnb tra­vaille­rait de­puis l’été der­nier sur un pro­gramme, bap­ti­sé « Se­lect ». L’idée: mon­ter en gamme en se rap­pro­chant des stan­dards hô­te­liers pour conqué­rir une po­pu­la­tion plus ai­sée et plus âgée. La so­cié­té ca­li­for­nienne sé­lec­tion­ne­rait une poi­gnée d’hôtes éli­gibles au pro­gramme. Leurs biens im­mo­bi­liers de­vront ré­pondre à un cer­tain nombre de cri­tères éta­blis: linges de lit neufs et as­sor­tis aux draps de bain, ar­ticles de toi­lette à usage unique, sé­lec­tion de thé et de ca­fé… Les ap­par­te­ments se­ront ins­pec­tés par des em­ployés d’Airbnb. Après avoir uni­for­mi­sé les ap­par­te­ments des autres, la pla­te­forme de lo­ca­tion veut construire ses propres im­meubles. Elle a in­ves­ti 200 mil­lions de dol­lars dans un pro­jet im­mo­bi­lier, confié au pro­mo­teur amé­ri­cain New­gard. L’im­meuble de 324 ap­par­te­ments, si­tué à Kis­sim­mee (Flo­ride), doit voir le jour au cours du pre­mier tri­mestre 2018. Loués à l’an­née, les ap­par­te­ments pour­ront être sous-loués jus­qu’à 180 jours par an. Un im­meuble Airbnb a dé­jà vu le jour au Ja­pon, en 2016.

PLUS DIS­CRET SUR SES IM­PÔTS

Airbnb n’échappe pour­tant pas aux cri­tiques sur trois dos­siers brû­lants: la taxe de sé­jour, les li­mi­ta­tions de nui­tées dans les grandes villes et les im­pôts. La pla­te­forme, au­tre­fois ré­frac­taire à ré­col­ter la taxe de sé­jour, a an­non­cé lun­di re­ver­ser d’ici la fin du mois « plus de 13,5 mil­lions d’eu­ros de taxe de sé­jour à 50 villes fran­çaises, soit deux fois le mon­tant ver­sé en 2016 (7,3 mil­lions d’eu­ros) » . Sa col­lecte de­vrait être gé­né­ra­li­sée au prin­temps 2018. Pour le paie­ment de ses im­pôts en France, Airbnb se fait beau­coup plus dis­cret. À l’ins­tar des géants d’In­ter­net, la so­cié­té amé­ri­caine re­court al­lè­gre­ment à l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale via sa fi­liale ir­lan­daise. Ob­jec­tif: payer le moins d’im­pôts pos­sible en France. Le mon­tant de chaque tran­sac­tion en­re­gis­trée par un loueur ba­sé en France est gé­ré di­rec­te­ment en Ir­lande, qui offre un taux d’im­po­si­tion sur les so­cié­tés par­mi les plus faibles d’Eu­rope (12,5 %). En 2016, Airbnb a payé seule­ment 92 944 eu­ros d’im­pôts en France – un mon­tant dé­ri­soire pour l’en­tre­prise qui pro­pose 400000 lo­ge­ments à la lo­ca­tion dans l’Hexa­gone.

Ré­pondre aux be­soins pour tous les as­pects d’un voyage

Avec Trips, Airbnb pro­pose des ac­ti­vi­tés aux voya­geurs.

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