Mar­seille : Eu­ro­mé­di­ter­ra­née passe à la vi­tesse su­pé­rieure

La Tribune Hebdomadaire - - ÉDITO - L. Bottero

C’est par là que tout a com­men­cé et c’est ici que tout conti­nue. Avec sa se­conde phase, l’opé­ra­tion d’in­té­rêt na­tio­nal veut pous­ser plus loin les fron­tières, non seule­ment d’amé­na­ge­ment mais aus­si de ré­flexion ur­baine et so­cié­tale.

Vi­trine du re­nou­veau de la ci­té pho­céenne, Eu­ro­mé­di­ter­ra­née a de­puis vingt ans mis les pieds dans le plat de la ré­no­va­tion ur­baine de la deuxième ville de France. Si dé­sor­mais tous s’ac­cordent à trou­ver que son nou­veau vi­sage sied bien à Mar­seille, ce n’est pas pour au­tant ai­sé d’en re­des­si­ner les contours. Pour­tant en 1995, lorsque l’opé­ra­tion d’in­té­rêt na­tio­nal (OIN) voit le jour, son am­bi­tion est bien celle-ci : re­pla­cer Mar­seille en course dans le pe­lo­ton de tête des mé­tro­poles eu­ro­péennes qui comptent. Deux dé­cen­nies plus tard, les pro­jets sont de­ve­nus réa­li­té, tout au moins ceux de la phase 1. La Jo­liette avec ses Docks, son Coeur Mé­di­ter­ra­née, son hô­tel Gol­den Tu­lip et sa tour La Mar­seillaise bien­tôt ache­vée font dé­sor­mais par­tie in­té­grante du pay­sage, un peu comme s’ils avaient tou­jours été là, alors que ce­la a pris du temps, de­man­dé de la pa­tience… pour que ce pé­ri­mètre signe le re­nou­veau de la ville. L’en­jeu d’Eu­ro­mé­di­ter­ran­née est jus­te­ment ce­lui de la re­con­quête des es­paces. Pour ce­la, il faut es­sayer de de­vi­ner ce que se­ront les ha­bi­tudes de vies. En ce­la, Smart­seille est l’un des der­niers exemples abou­tis. Por­té par Eif­fage, ce­lui que l’on a long­temps ap­pe­lé l’îlot Al­lar a ra­pi­de­ment pris le pa­ri d’être un éco­quar­tier quand ce n’était qu’une ten­dance émer­gente. De fait, la ré­flexion a été me­née très en amont, Eif­fage don­nant, sans jeu de mots, les clés de la ré­flexion à sa cel­lule de R&D Phos­phore, ap­puyant la vo­lon­té d’Eu­ro­mé­di­ter­ra­née d’in­no­ver. Pré­sen­té comme un dé­mons­tra­teur du fu­tur, Smart­seille a par exemple in­té­gré dans sa concep­tion des lo­ge­ments la pièce no­made, une pièce pou­vant être uti­li­sée au fur et à me­sure des be­soins ou des par­cours de vie, que ce soit ac­cueillir un pa­rent, voir par­tir un en­fant, en pas­sant par le no­ma­disme pro­fes­sion­nel. Cette pièce « en plus » est, en 2018, in­té­grée dans beau­coup de nou­veaux pro­jets. Elle a éga­le­ment pen­sé à une concier­ge­rie as­so­cia­tive, char­gée de rendre dif­fé­rents ser­vices et d’ani­mer la com­mu­nau­té, une ap­proche qui n’est dé­sor­mais plus ré­ser­vée aux ré­si­dences de haut stan­ding mais qui fait par­tie des nou­velles fa­çons de pen­ser l’ha­bi­tat.

RE­POUS­SER LES FRON­TIÈRES

Avec la phase 2, Eu­ro­mé­di­ter­ra­née re­prend son bâ­ton de pè­le­rin. Et dé­roule sa vi­sion d’une nou­velle ma­nière de pen­ser et de cons­truire, in­no­vante dans le sens so­cié­tal du terme. Long­temps dé­lais­sé mais en pleine re­cons­truc­tion au propre comme au fi­gu­ré, le sec­teur du quar­tier Saint-Charles et de la porte d’Aix sert de dé­cor au fu­tur Cam­pus ur­bain. Un lieu évi­dem­ment des­ti­né à la jeu­nesse, mê­lant parc, lo­ge­ments, ré­si­dence étu­diante et tiers-lieux… qui s’ins­talle à l’en­droit même de l’an­cien échan­geur au­to­rou­tier. Il va sur­tout consti­tuer le coeur d’un maillage qui met à proxi­mi­té les dif­fé­rents pôles uni­ver­si­taires et des éta­blis­se­ments pri­vés. 5000 étu­diants pour­raient y gra­vi­ter à terme. Eu­ro­mé­di­ter­ra­née dé­fend sur ce pro­jet l’idée d’une créa­tion de liens ser­vant l’en­semble de la po­pu­la­tion et le fait de ne plus can­ton­ner cha­cun dans ses es­paces cloi­son­nés. Et c’est ce qu’elle fait aus­si plus au nord, où elle re­pousse son pé­ri­mètre. Hugues Pa­rant, le di­rec­teur gé­né­ral de l’EPA [Éta­blis­se­ment pu­blic d’amé­na­ge­ment, ndlr] a été clair, Les Fa­briques – an­cien­ne­ment ap­pe­lées îlot XXL – doivent al­ler plus loin que Smart­seille. Cet éco­quar­tier est lui aus­si is­su d’une concer­ta­tion, entre l’amé­na­geur et Bouygues, via ses fi­liales LinkCi­ty et Ur­ba­ne­ra cette fois-ci, et il est ques­tion de vé­ri­ta­ble­ment chan­ger les ha­bi­tudes et la ré­pu­ta­tion du lieu – qui s’étend sur 14 hec­tares – en fai­sant re­ve­nir les ha­bi­tants et les usa­gers. Ain­si, le brains­tor­ming sur le pro­jet a por­té sur les usages, à ce qui pour­rait at­ti­rer – et faire res­ter sur­tout – les po­pu­la­tions vi­sées, c’es­tà‑dire les jeunes ac­tifs et les étu­diants no­tam­ment. D’où cette fa­brique ur­baine, bap­ti­sée « Ici Mar­seille », qui contri­bue­ra à ras­sem­bler une com­mu­nau­té de ma­kers, des ar­ti­sans is­sus de l’ar­ti­sa­nat d’art ou tra­di­tion­nel, des de­si­gners et des star­tups, ayant à pro­fit un es­pace de 3000 mètres car­rés où il se­ra de bon ton d’échan­ger, de pou­voir pro­to­ty­per, par­ta­ger des ou­tils 3D, co­wor­ker… Un exemple de mixi­tés à suivre? « Je suis convain­cue que tout se pas­se­ra ici, af­firme Laure-Agnès Ca­ra­dec, qui pré­side l’EPA Eu­ro­mé­di­ter­ra­née. C’est le lieu de l’hy­per­mo­der­ni­té. »

La tour La Mar­seillaise (31 étages, 135 mètres) est en construc­tion sur les quais d’Arenc.

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