L’a(rt)ven­ture est au coin de la rue !

La Tribune Languedoc-Roussillon - - Business Événement -

Bien que long­temps ju­gé trop éli­tiste et pas très abor­dable, l’art contem­po­rain in­ves­tit au­jourd’hui à grande échelle les villes. De vraies stra­té­gies sont éla­bo­rées afin d’en­ri­chir et de re­nou­ve­ler le cadre de vie par le biais de l’art. Une stra­té­gie ga­gnante pour tous. Pour les ar­tistes, ce sont de nou­veaux cré­neaux de dif­fu­sion, une plus grande vi­si­bi­li­té et une op­por­tu­ni­té de tou­cher un pu­blic plus large. Pour la ville, c’est un rayon­ne­ment na­tio­nal voire in­ter­na­tio­nal, la pos­si­bi­li­té de mon­trer qu’elle vit et com­prend son temps, pro­pice à un fac­teur de dy­na­misme, d’in­no­va­tion et de mo­der­ni­té. Pour les par­te­naires pri­vés, c’est une op­por­tu­ni­té pour nouer des liens dif­fé­rents avec les ac­teurs du ter­ri­toire, le grand pu­blic et leurs col­la­bo­ra­teurs.

FAIRE RAYON­NER LA VILLE

Là où ces pro­jets cultu­rels prennent tout leur sens, c’est quand ils réus­sissent à éclai­rer, en­ri­chir, ac­com­pa­gner les in­di­vi­dus dans une ex­pé­rience et une dé­marche aux­quels ils ne sont pas ha­bi­tués, et à cal­mer un sen­ti­ment d’ap­pré­hen­sion. L’art contem­po­rain fait par­tie de ces pro­jets. Faire dé­cou­vrir ou re­dé­cou­vrir la ville à l’aide d’opé­ra­tions ar­tis­tiques, créer du lien entre les ha­bi­tants et ins­tau­rer une vraie fier­té d’ap­par­te­nance contribuent aux nom­breux ef­fets po­si­tifs de ces ma­nis­fes­ta­tions. À Bor­deaux, dans le quar­tier Saint-mi­chel, la pré­sence d’ar­tistes à la Halle des Douves a fé­dé­ré les as­so­cia­tions ri­ve­raines qui étaient di­vi­sées sur l’ave­nir de ce lieu. Éga­le­ment à Bor­deaux, une vi­déo tour­née par l’ar­tiste contem­po- rain An­ri Sa­la a ré­ani­mé l’en­goue­ment au­tour d’une an­cienne salle de concerts désaf­fec­tée du quar­tier du Grand Parc, qui fi­ni­ra par ré­ou­vrir ses portes une an­née plus tard.

UN TRI­ANGLE VER­TUEUX

Même si, par­fois, cer­tains pro­fes­sion­nels cri­tiquent ces ma­ni­fes­ta­tions, no­tam­ment pour leur cô­té trop éphé­mère, trop lu­dique ou trop spec­ta­cu­laire, elles créent pour­tant un mo­ment d’émo­tion et de so­cia­li­sa­tion pour les néo­phytes et, sur­tout, mo­bi­lisent un nou­veau pu­blic po­ten­tiel pour nos ins­ti­tu­tions cultu­relles. Par­mi les clefs de la réus­site, il ne faut sous-es­ti­mer ni l’im­por­tance des mé­dia­teurs qui, dé­ployés dans la ville, ré­pondent aux ques­tions et ac­com­pagnent le pu­blic, ni la col­la­bo­ra­tion des lieux cultu­rels im­plan­tés sur le ter­ri­toire qui peuvent être un vé­ri­table sou­tien pour por­ter une pa­role au long cours.

Quant au tri­angle ver­tueux entre so­cié­té ci­vile, art contem­po­rain et col­lec­ti­vi­tés lo­cales, il s’in­carne réel­le­ment quand les ob­jec­tifs et les pu­blics de cha­cun sont bien iden­ti­fiés, et que les par­ties se per­mettent d’être créa­tives et in­no­vantes. Pour exemple, en 2014, lors de la Bien­nale de la Danse à Lyon, le groupe La Poste, vi­sant à im­pli­quer de ma­nière lu­dique ses sa­la­riés pour cha­cun de ses par­te­na­riats cultu­rels, a col­la­bo­ré avec Dominique Her­vieu, di­rec­trice ar­tis­tique de l’évé­ne­ment, qui a in­ven­té une cho­ré­gra­phie spé­ci­fique pour un groupe de pos­tiers et les a in­vi­tés à par­ti­ci­per au dé­fi­lé de­vant plus de 250 000 spec­ta­teurs. Cer­tains ont tout com­pris !

Se­lon Pas­cale Cay­la, di­rec­trice de l’agence pa­ri­sienne L’art en Di­rect et mo­dé­ra­tice du MAO, d’un cô­té, les pro­jets por­tés par les villes leur as­surent une plus grande vi­si­bi­li­té. De l’autre cô­té, ils pro­fitent aus­si aux par­te­naires et au pu­blic. Un nou­veau cercle ver­tueux, se crée, ain­si, au coeur même du cadre de vie.

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