Ca­na­da : la France en perte de vi­tesse com­mer­ciale

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - SOMMAIRE - GREGOIRE NOR­MAND

En vi­site of­fi­cielle en France jus­qu'à mar­di soir, le Pre­mier mi­nistre ca­na­dien doit s'en­tre­te­nir avec Em­ma­nuel Ma­cron. Au pro­gramme des dis­cus­sions fi­gurent no­tam­ment le dé­ve­lop­pe­ment des échanges com­mer­ciaux entre les deux puis­sances éco­no­miques à tra­vers l'ac­cord du Ce­ta et l'Ac­cord de Pa­ris ...

En vi­site of­fi­cielle en France jus­qu'à mar­di soir, le Pre­mier mi­nistre ca­na­dien doit s'en­tre­te­nir avec Em­ma­nuel Ma­cron. Au pro­gramme des dis­cus­sions fi­gurent no­tam­ment le dé­ve­lop­pe­ment des échanges com­mer­ciaux entre les deux puis­sances éco­no­miques à tra­vers l'ac­cord du Ce­ta et l'Ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat.

Le Pre­mier mi­nistre ca­na­dien Jus­tine Tru­deau est en vi­site of­fi­cielle à Pa­ris jus­qu'à mar­di où il doit s'ex­pri­mer de­vant l'As­sem­blée na­tio­nale. Ce dé­pla­ce­ment in­ter­vient dans un contexte ten­du pour le chef du gou­ver­ne­ment ca­na­dien. En ef­fet, l'in­dus­trie pé­tro­lière est ac­tuel­le­ment confron­tée à une forte op­po­si­tion concer­nant l'élar­gis­se­ment d'un vaste oléo­duc, le Trans Moun­tain, qui re­lie les sables bi­tu­mi­neux d'Al­ber­ta au port de Van­cou­ver. Mal­gré ces ten­sions, Em­ma­nuel Ma­cron et son ho­mo­logue de­vraient dis­cu­ter de com­merce avec le Ce­ta (le trai­té de libre-échange entre l'Union eu­ro­péenne et le Ca­na­da), la fu­ture réunion du G7 et les en­jeux cli­ma­tiques. L'oc­ca­sion de re­ve­nir sur les échanges com­mer­ciaux entre les deux puis­sances éco­no­miques.

LA FRANCE EN PERTE DE VI­TESSE

Se­lon les chiffres du ser­vice éco­no­mique de l'am­bas­sade de France au Ca­na­da, les échanges de biens entre les deux Etats ont été re­la­ti­ve­ment stables en 2016, s'éle­vant à 5,91 mil­liards d'eu­ros (contre 5,95 mil­liards d'eu­ros en 2015, soit -0,8 mil­liards).

Cette lé­gère di­mi­nu­tion des ex­por­ta­tions re­pose sur plu­sieurs fac­teurs. Le re­cul des ventes pas­sant de 3,2 mil­liards d'eu­ros en 2015 à 3 mil­liards en 2016 s'ex­plique par une baisse de la com­pé­ti­ti­vi­té­prix à l'ex­por­ta­tion "ré­sul­tant de l'ap­pré­cia­tion de l'eu­ro vis-à-vis du dol­lar ca­na­dien cou­rant 2016 (+3,4 %)." L'évo­lu­tion du taux de change a pu éga­le­ment "fa­vo­ri­ser la crois­sance des im­por­ta­tions hors éner­gie pour les pro­duits agri­coles et les équi­pe­ments mé­ca­niques" ajoute le ser­vice de re­pré­sen­ta­tion. Les der­nières don­nées re­la­tives au pre­mier se­mestre 2017 n'an­noncent pas de bonnes nou­velles pour le com­merce ex­té­rieur fran­çais. Le solde com­mer­cial fran­çais est de­ve­nu dé­fi­ci­taire au cours de cette pé­riode après un ex­cé­dent ob­ser­vé aux pre­miers se­mestres 2015 et 2016. Au re­gard de ces chiffres, le Ca­na­da n'est donc pas un par­te­naire com­mer­cial pri­vi­lé­gié de la France comme le sou­ligne une étude du ser­vice des douanes :

"Si l'UE est le deuxième par­te­naire du Ca­na­da, der­rière les Etats-Unis, le poids du Ca­na­da est en­core faible dans les échanges de l'UE : le Ca­na­da ne re­pré­sente que 0,7 % des ex­por­ta­tions et 0,6 % des im­por­ta­tions de la France."

L'UE réa­lise moins de 1% de ses échanges avec le Ca­na­da. Ce n'est donc pas un par­te­naire pri­vi­lé­gié du Vieux conti­nent, à l'ex­cep­tion du Royaume-Uni. Le royaume a construit des re­la­tions pri­vi­lé­giés avec les pays du Com­mon­wealth : "Le Ca­na­da re­pré­sente 1,5 % des ex­por­ta­tions et 2,1 % des im­por­ta­tions bri­tan­niques."

QUELLES OP­POR­TU­NI­TÉS POUR LE CE­TA ?

L'ac­cord du Ce­ta (ac­cord éco­no­mique et com­mer­cial glo­bal entre le Ca­na­da et l'Union eu­ro­péenne), qui est en­tré en vi­gueur en sep­tembre der­nier, dev­rait per­mettre de dé­ve­lop­per les échanges com­mer­ciaux entre les deux zones éco­no­miques. C'est un ac­cord dit de troi­sième gé­né­ra­tion qui pré­voit à la fois une baisse des droits de douane, mais aus­si une ré­duc­tion des bar­rières non-ta­ri­faires re­la­tives aux normes so­ciales, en­vi­ron­ne­men­tales et sa­ni­taires. Le mi­nis­tère de l'Eco­no­mie es­père fa­vo­ri­ser les ex­por­ta­tions de pro­duits agri­coles trans­for­més, de vins et spi­ri­tueux, cos­mé­tiques ou en­core de pro­duits phar­ma­ceu­tiques.

Le do­cu­ment n'est pas en­core ra­ti­fié par l'en­semble des par­le­ments na­tio­naux des 27. Il est donc dif­fi­cile de pro­cé­der à l'heure qu'il est à une éva­lua­tion de l'im­pact ma­croé­co­no­mique de cet ac­cord. Les contro­verses sus­ci­tées par cet ac­cord en France in­vitent ain­si les pré­vi­sion­nistes à la plus grande pru­dence.

LE CA­NA­DA POUR­RAIT SE DÉ­TOUR­NER DES ETATS-UNIS

L'ac­tuelle guerre com­mer­ciale me­née par l'ad­mi­nis­tra­tion Trump au nom d'un pro­tec­tion­nisme exa­cer­bé pour­rait in­ci­ter le Ca­na­da à se tour­ner vers l'Union Eu­ro­péenne. Par proxi­mi­té, les EtatsU­nis ont tou­jours re­pré­sen­té un par­te­naire com­mer­cial de choix pour le Ca­na­da. "Ils four­nissent ain­si plus de la moi­tié des im­por­ta­tions ca­na­diennes et représentent les trois quarts du dé­bou­ché ca­na­dien" se­lon une étude du ser­vice des douanes fran­çais pu­bliée à l'au­tomne der­nier. Mais la po­li­tique com­mer­ciale du pré­sident Trump pour­rait af­fai­blir les échanges éco­no­miques entre le Ca­na­da et les Etats-Unis. Une op­por­tu­ni­té que dev­rait cher­cher à sai­sir le pré­sident Ma­cron ac­tuel­le­ment em­pê­tré dans un cli­mat so­cial dé­fa­vo­rable avec la mul­ti­pli­ca­tion des mou­ve­ments so­ciaux.

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