EM­PLOI : LES INTERIMAIRES PLUS EXPOSES AUX RISQUES PHY­SIQUES

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - FRANCE - GREGOIRE NOR­MAND

Les ou­vriers in­té­ri­maires sont "très for­te­ment ex­po­sés à des contraintes phy­siques" dans leur tra­vail, et en par­ti­cu­lier su­jets à la manipulation de charges lourdes, au bruit et au tra­vail ré­pé­ti­tif, se­lon une étude du ser­vice des sta­tis­tiques du mi­nis­tère du Tra­vail (Dares).

Les condi­tions de tra­vail sont loin d'être les mêmes pour tous les ou­vriers. Se­lon une ré­cente étude du mi­nis­tère du Tra­vail (*), les in­té­ri­maires sont bien plus ex­po­sés aux risques phy­siques que les autres ou­vriers. Alors que le tra­vail tem­po­raire a pris de l'am­pleur sur le mar­ché du tra­vail, l'ex­po­si­tion des in­té­ri­maires à de tels risques pose la ques­tion de la pé­ni­bi­li­té de cer­taines mis­sions. Les offres d'em­ploi pro­po­sées sont par­fois as­so­ciées à une pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail et une plus grande flexi­bi­li­té.

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Pour réa­li­ser son étude, le ser­vices de sta­tis­tiques du mi­nis­tère du Tra­vail s'est concen­tré sur les ou­vriers qui re­pré­sentent la grande ma­jo­ri­té des per­sonnes en in­té­rim. D'après les ré­sul­tats ob­te­nus, les ou­vriers en mis­sion tem­po­raire "sont très for­te­ment ex­po­sés à des contraintes phy­siques dans leur tra­vail. Ils sont 22% à ma­ni­pu­ler des charges lourdes plus de 20 heures par se­maine contre 12% pour l'en­semble des ou­vriers."

Ce­pen­dant, les au­teurs ex­pliquent que ces di­ver­gences re­posent avant tout sur les ca­rac­té­ris­tiques des mé­tiers par les in­té­ri­maires et non par leur sta­tut. La plu­part des contraintes phy­siques comme le bruit ou la po­si­tion de­bout au de­là d'un cer­tain temps se re­trouvent dans les sec­teurs de la construc­tion ou de la lo­gis­tique, des sec­teurs où l'on re­trouve beau­coup de tra­vailleurs in­té­ri­maires.

-- [Lec­ture : 20% des ou­vriers in­té­ri­maires sont ex­po­sés à un bruit su­pé­rieur ou égal à 80 dB plus de 20 heures par se­maine, contre 14% pour l'en­semble des ou­vriers.]

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ou­vriers in­té­ri­maires, qui re­pré­sentent 70% de l'en­semble des tra­vailleurs in­té­ri­maires en France se­lon la Dares, sont 20% à su­bir un bruit d'au moins 85 dé­ci­bels contre 15% pour l'en­semble. Par ailleurs, l'étude sou­ligne que 29% des ou­vriers in­té­ri­maires exercent un tra­vail ré­pé­ti­tif plus de 10 heures, contre 21% pour l'en­semble.

DES IN­TÉ­RI­MAIRES SOUS PRES­SION

L'autre en­sei­gne­ment im­por­tant de l'étude est que les ou­vriers en contrat de tra­vail tem­po­raire sont plus sou­vent sou­mis à "des rythmes de tra­vail plus contraints." Les ex­perts ex­pliquent que les ou­vriers in­té­ri­maires dé­clarent deux fois plus sou­vent que l'en­semble des ou­vriers que "leur rythme de tra­vail est dé­ter­mi­né par le dé­pla­ce­ment au­to­ma­tique d'un pro­duit ou par la ca­dence au­to­ma­tique d'une mac­hine."

Ces tra­vailleurs sont éga­le­ment contraints par des dé­lais très ser­rés à res­pec­ter en moins d'une heure "ou à un contrôle per­ma­nent de la hié­rar­chie" mais ce­la tient à la na­ture des mé­tiers exer­cés et non à leur sta­tut.

"Le rythme de tra­vail des in­té­ri­maires ap­pa­raît plus contraint, puisque 51% d'entre eux sont sou­mis à au moins trois contraintes de rythme contre 42% pour l'en­semble des ou­vriers, quoique cet écart ne soit pas si­gni­fi­ca­tif à mé­tiers constants", in­forme l'en­quête.

LA MÉ­DE­CINE DU TRA­VAIL MOINS RENSEIGNÉE

Bien que les ou­vriers en in­té­rim soient plus ex­po­sés que les autres, il se pour­rait que le phé­no­mène soit sous-es­ti­mé. Ain­si, concer­nant l'ex­po­si­tion à des pro­duits can­cé­ro­gènes, les mé­de­cins af­firment avoir une moins bonne connais­sance que pour les autres sa­la­riés.

"Ils dé­clarent ne pas pou­voir ren­sei­gner la du­rée de l'ex­po­si­tion à un can­cé­ro­gène pour 7% des in­té­ri­maires (contre 3% pour l'en­semble des ou­vriers). De même, l'in­ten­si­té de l'ex­po­si­tion est non renseignée pour 23% des in­té­ri­maires (contre 18% pour l'en­semble des ou­vriers), et l'in­for­ma­tion sur les pro­tec­tions col­lec­tives est ab­sente pour 43% des in­té­ri­maires (contre 25%)."

Ce dé­fi­cit de connais­sances s'ex­plique avant tout par le fait que les in­té­ri­maires de­meurent moins de temps sur leur poste de tra­vail. Ce qui ac­croît les dif­fi­cul­tés pour avoir une connais­sance plus fine de la si­tua­tion des tra­vailleurs par les pro­fes­sion­nels de san­té.

(*) Cette étude s'ap­puie sur l'en­quête Su­mer 2010 et l'en­quête Condi­tions de tra­vail 2013.

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