PRO­TEC­TION DES DONNEES : CY­BELAN­GEL LEVE 10 MIL­LIONS D'EU­ROS POUR CONQUERIR LES ETATS-UNIS

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - NUMERIQUE - SYL­VAIN ROL­LAND

Un an après avoir le­vé 3 mil­lions d'eu­ros, la star­tup fran­çaise en hy­per-crois­sance ré­colte 10 mil­lions d'eu­ros au­près du fonds Large Ven­tures de Bpi­france et de Se­re­na Ca­pi­tal. Cy­belAn­gel veut ac­cen­tuer son avance mon­diale dans la dé­tec­tion des fuites de don­nées des grands groupes grâce à l'in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle.

Qu'avez-vous en­core lais­sé traî­ner sur la Toile ? Même quand on est un grand groupe mon­dial membre du CAC 40 ou du For­tune 500, même quand on se dote du meilleur ar­se­nal de sé­cu­ri­té, même quand on est RGPD-com­pa­tible, les don­nées peuvent fui­ter en masse, sans que l'on s'en rende compte, sur In­ter­net. La star­tup fran­çaise Cy­belAn­gel, di­ri­gée par Er­wan Ke­rau­dy, en fait même son coeur de mé­tier en pro­po­sant aux grands groupes des ou­tils pour re­pé­rer au­to­ma­ti­que­ment leurs fuites de don­nées. Et ça marche : la jeune pépite an­nonce le suc­cès d'une nou­velle le­vée de fonds de 10 mil­lions d'eu­ros, me­née au­près du fonds Large Ven­tures de Bpi­france et de Se­re­na Ca­pi­tal.

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COR­RI­GER LA NÉ­GLI­GENCE HU­MAINE AVANT QUE LA FUITE SOIT EXPLOITÉE PAR DES CYBERCRIMINELS

De­puis sa créa­tion en 2013, Cy­belAn­gel a vu "des choses hal­lu­ci­nantes" traî­ner sur le web ca­ché et pro­fond. La com­po­si­tion d'une mo­lé­cule d'un la­bo­ra­toire phar­ma­ceu­tique. Les do­cu­ments d'une fu­ture ac­qui­si­tion ma­jeure à un mil­liard de dol­lars. Les don­nées per­son­nelles et ban­caires d'em­ployés ou en­core la toute nou­velle stra­té­gie com­mer­ciale pour conqué­rir un nou­veau mar­ché.

« Des do­cu­ments d'une grande va­leur, qui, tom­bés dans de mau­vaises mains, peuvent sé­rieu­se­ment en­dom­ma­ger la ré­pu­ta­tion et les per­for­mances d'une en­tre­prise », es­time le di­rec­teur opé­ra­tion­nel de Cy­belAn­gel, Er­wan Ke­rau­dy.

Pour re­pé­rer des fuites de don­nées et les si­gna­ler à leurs pro­prié­taires-clients, Cy­belAn­gel a dé­ve­lop­pé une tech­no­lo­gie ca­pable de scan­ner n'im­porte quel ob­jet connec­té sur la pla­nète et de scru­ter au­to­ma­ti­que­ment et en per­ma­nence le web pro­fond (le deep web) et ca­ché (le dark web), c'est-à-dire tout ce qui n'est pas ré­fé­ren­cé par les mo­teurs de re­cherche comme Google, mais qui se trouve néan­moins en ac­cès libre sur In­ter­net. Des al­go­rithmes mai­son, nour­ris au deep lear­ning (ap­pren­tis­sage pro­fond), scrutent des "bags of words" ["sacs de mots", une mé­thode d'ana­lyse sé­man­tique, Ndlr] pour faire le tri par­mi les 1 mil­liard de do­cu­ments sen­sibles dé­tec­tés chaque jour.

Cy­belAn­gel traque aus­si les failles de sé­cu­ri­té uti­li­sées par les ha­ckers, no­tam­ment en scan­nant leurs fo­rums de dis­cus­sion et les ré­seaux - ca­chés, mais pu­blics -, uti­li­sés par les cybercriminels, pour iden­ti­fier les risques qui pèsent sur ses clients.

Le pire est que les at­taques en pro­ve­nance de ha­ckers ne sont même pas la prin­ci­pale me­nace des grands groupes. "La plu­part des don­nées per­son­nelles et stra­té­giques que l'on trouve sur le Net se re­trouvent à la mer­ci du pre­mier ve­nu à cause d'une né­gli­gence hu­maine", pointe Er­wan Ke­rau­dy. La fuite vient sou­vent d'un sous-trai­tant ou un par­te­naire in­dus­triel ou com­mer­cial, qui par­tage des in­for­ma­tions sur des ser­veurs non-sé­cu­ri­sés. Mais la né­gli­gence peut ve­nir de l'in­té­rieur même de l'en­tre­prise, à tous les ni­veaux, du simple em­ployé au plus haut di­ri­geant qui stocke des fi­chiers sur des clés USB ou des disques durs ex­ternes mal pro­té­gés.

« Comme la né­gli­gence re­pré­sente l'es­sen­tiel des fuites, sa­voir la dé­tec­ter a beau­coup de va­leur, es­time Er­wan Ke­rau­dy. On sait dire : "vous avez per­du telle in­fo à tel en­droit, voi­ci le lien de la page, la fuite vient de tel or­di­na­teur pour telle rai­son", et du coup l'en­tre­prise peut fer­mer l'ac­cès très vite. Sou­vent, les cybercriminels n'ont juste qu'à se pen­cher et ra­mas­ser ce qu'ils trouvent dans le web pro­fond non-ré­fé­ren­cé par Google. Donc agir en amont li­mite les risques d'une ac­tion mal­veillante. »

APRÈS LE CAC 40, À LA CON­QUÊTE DU FOR­TUNE 500

Grâce à sa tech­no­lo­gie unique sur le mar­ché, la star­tup avance très vite. En France, Cy­belAn­gel a dé­jà si­gné avec la moi­tié du CAC 40. En juin 2017, la star­tup a le­vé 3 mil­lions d'eu­ros au­près de Se­re­na Ca­pi­tal pour tes­ter le mar­ché amé­ri­cain. De­puis, Er­wan Ke­rau­dy a ou­vert un bu­reau à New York, s'y est ins­tal­lé en août 2018 et a com­men­cé à re­cru­ter une équipe de com­mer­ciaux.

« Les pre­miers contacts ont été si fruc­tueux qu'il nous faut ac­cé­lé­rer car tous les voyants sont au vert. Cer­tains clients dés­ins­tallent des concur­rents pour nous prendre, car notre so­lu­tion est plus en avance tech­no­lo­gi­que­ment, donc on bé­né­fi­cie de l'avan­tage au pre­mier », ajoute l'en­tre­pre­neur.

Les 10 mil­lions d'eu­ros sup­plé­men­taires ser­vi­ront donc à in­ten­si­fier la con­quête du mar­ché amé­ri­cain, à dé­ve­lop­per la R&D si­tuée au siège so­cial, à Pa­ris, et à pour­suivre l'ex­pan­sion en Eu­rope, no­tam­ment en Al­le­magne et au Royaume-Uni. La star­tup compte ain­si re­cru­ter mas­si­ve­ment. Aux États-Unis, l'ob­jec­tif est de mettre sur pied sur force com­mer­ciale consé­quente de 45 per­sonnes d'ici à fin 2019. En France, Cy­belAn­gel cherche avant tout des in­gé­nieurs, des da­ta scien­tists et des ana­lystes cy­ber. Au to­tal, l'en­tre­prise es­père pas­ser de 70 à en­vi­ron 180 em­ployés d'ici à fin 2019, l'es­sen­tiel étant si­tués à Pa­ris.

UNE GROSSE LE­VÉE DE FONDS EN PERS­PEC­TIVE DANS 12 À 18 MOIS

Et ce n'est que le dé­but. Une fois que Cy­belAn­gel au­ra vrai­ment pris pied sur le mar­ché amé­ri­cain et si­gné quelques gros noms de For­tune 500, la star­tup compte me­ner une nou­velle le­vée de fonds, plus consé­quente cette fois, d'au moins "30 mil­lions d'eu­ros dans 12 à 18 mois", pour de­ve­nir l'ac­teur mon­dial de ré­fé­rence sur la pro­tec­tion des don­nées des grands groupes.

« À ce mo­ment-là, il fau­dra ou­vrir le ca­pi­tal à des in­ves­tis­seurs amé­ri­cains pour bé­né­fi­cier de leur ré­seau et nous ai­der à conqué­rir des mar­chés », pré­cise Er­wan Ke­rau­dy.

C'est donc pour ce­la que cette Sé­rie B de 10 mil­lions d'eu­ros a été me­née uni­que­ment au­près de fonds fran­çais, avec Large Ven­tures de Bpi­france en "lead" et Se­re­na Ca­pi­tal en ren­fort.

« Bpi­france est un in­ves­tis­seur de long terme, et sur­tout un in­ves­tis­seur-ami qui tient à pro­té­ger les star­tups fran­çaises. Il se­ra pré­cieux de l'avoir à nos cô­tés quand on lais­se­ra en­trer des Amé­ri­cains. »

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