PAIE­MENT : NA­TIXIS PRET A S'OF­FRIR IN­GE­NI­CO POUR PLUS DE 4 MIL­LIARDS D'EU­ROS

La Tribune Toulouse (Edition Quotidienne) - - ENTREPRISES - DEL­PHINE CUNY

La fi­liale de BPCE (Banque Po­pu­laire Caisse d'Épargne) a confir­mé étu­dier un rap­pro­che­ment avec le fa­bri­cant de ter­mi­naux de paie­ment fran­çais. Rare cible indépendante dans un sec­teur en pleine concen­tra­tion, In­ge­ni­co a bon­di de 7% ce jeu­di et pèse 4,2 mil­liards d'eu­ros en Bourse. Une grosse opé­ra­tion pour Na­tixis qui in­quiète les mar­chés. Eden­red se­rait aus­si sur les rangs

[Ar­ticle mis à jour à 18h40 avec les cours de clô­ture et l'in­té­rêt d'Eden­red]

Nou­velles grandes ma­noeuvres dans les paie­ments. Na­tixis, la fi­liale du groupe mu­tua­liste BPCE (Banque Po­pu­laire Caisse d'Épargne) in­dique ce jeu­di 11 oc­tobre qu'elle étu­die bien un ra­chat du fran­çais In­ge­ni­co, spé­cia­liste des ter­mi­naux de paie­ment qui se par­tage le mar­ché mon­dial avec l'amé­ri­cain Ve­ri­zon. Mer­cre­di soir, Bloom­berg avait ré­vé­lé que Na­tixis avait ap­pro­ché In­gé­ni­co.

"Na­tixis confirme son in­té­rêt à ex­plo­rer la lo­gique d'un rap­pro­che­ment in­dus­triel de ses ac­ti­vi­tés de paie­ment avec celles du groupe In­ge­ni­co et avoir des dis­cus­sions pré­li­mi­naires en cours sur ce su­jet. Na­tixis tien­dra le mar­ché in­for­mé en tant que de be­soin" in­dique le groupe dans un com­mu­ni­qué.

L'ac­tion In­ge­ni­co s'en­vo­lait de plus de 14% ce jeu­di en ma­ti­née à la Bourse de Pa­ris, ra­me­nant sa hausse à 7,85% à la clô­ture, soit la plus forte hausse du SBF 120, dans un mar­ché bais­sier. Elle af­fiche un re­cul de 222 de­puis jan­vier, sa ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière du groupe dé­pas­sant les 4,2 mil­liards d'eu­ros.

Le titre Na­tixis a de son cô­té chu­té de 4,65%, ré­dui­sant sa va­leur bour­sière à 16,9 mil­liards d'eu­ros. Le mar­ché s'in­quiète que le groupe se re­trouve à sur­payer un ac­tif dans un sec­teur en pleine concen­tra­tion. Au prin­temps, Atos (World­line) lui a souf­flé le suisse Six Pay­ment, pour 2,3 mil­liards d'eu­ros. Cet été, PayPal a cro­qué le sué­dois iZet­tle, qui ne gé­nère pas de pro­fit, pour 2,2 mil­liard de dol­lars.

Le Pdg d'In­ge­ni­co, Phi­lippe La­zare, avait d'ailleurs par­lé de "bulle" au su­jet de la va­lo­ri­sa­tion de cer­tains concur­rents, à l'image du néer­lan­dais Adyen dont le cours a plus que dou­blé de­puis son en­trée en Bourse en juin der­nier - à plus de 17 mil­liards d'eu­ros, es­ti­mant que son groupe était sous-va­lo­ri­sé, le mar­ché pei­nant à prendre en compte sa trans­for­ma­tion nu­mé­rique. Il avait dé­men­ti dans nos co­lonnes avoir été ap­pro­ché par des fonds d'in­ves­tis­se­ment.

FLAMBÉE SPÉCULATIVE DANS LE SEC­TEUR

Lire aus­si : PayPal s'offre le sué­dois iZet­tle pour 2,2 mil­liards de dol­lars et de­ve­nir om­ni­ca­nal

Lire aus­si : Adyen, re­tour sur la folle en­trée en Bourse d'une li­corne du paie­ment

DI­MEN­SION STRA­TÉ­GIQUE

La fi­liale co­tée de BPCE a ra­che­té un pe­tit spé­cia­liste du paie­ment en ligne, la Fin­tech Da­le­nys, et a dé­si­gné le paie­ment comme l'un des pi­liers de son plan stra­té­gique.

"Na­tixis a in­di­qué de ma­nière claire que le dé­ve­lop­pe­ment de son ac­ti­vi­té paie­ment et les investissements dans cette ac­ti­vi­té font par­tie de sa stra­té­gie, y com­pris en par­ti­ci­pant à la conso­li­da­tion du mar­ché, et conti­nue d'exa­mi­ner di­verses op­tions à cet ef­fet. Na­tixis reste en­ga­gée à res­pec­ter une dis­ci­pline fi­nan­cière stricte dans la li­mite rap­pe­lée le 12 sep­tembre 2018 pour les investissements" in­siste le groupe pour ras­su­rer les mar­chés.

En sep­tembre der­nier, le groupe a an­non­cé une opé­ra­tion de transfert d'ac­tifs vers sa mai­son-mère BPCE pour 2,7 mil­liards d'eu­ros qui va lui per­mettre de ré­cu­pé­rer des marges de ma­noeuvre, « une capacité de crois­sance ex­terne por­tée à 2,5 mil­liards d'eu­ros sur 2018-2020 » (dont 400 mil­lions ont dé­jà été consom­més) avait in­di­qué le groupe le mois der­nier. Un ra­chat d'In­ge­ni­co pour­rait donc né­ces­si­ter une aug­men­ta­tion de ca­pi­tal.

"Il y a deux prin­ci­paux chal­lenges. D'abord la taille d'In­ge­ni­co, avec une ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de plus de 4 mil­liards d'eu­ros, ce­la re­pré­sente 23% de celle de Na­tixis" re­lèvent les ana­lystes de Jef­fe­ries dans une note à leurs clients pu­bliée ce ma­tin.

Le se­cond dé­fi est le re­tour sur in­ves­tis­se­ment, au re­gard des bé­né­fices gé­né­rés par In­ge­ni­co. Ce­pen­dant, les ex­perts de Jef­fe­ries in­diquent que Na­tixis en­vi­sage plu­sieurs op­tions pour fi­nan­cer une grosse ac­qui­si­tion, par exemple la mise en Bourse de ses ac­ti­vi­tés de paie­ment, ou la créa­tion d'une co-en­tre­prise.

EDEN­RED AUS­SI IN­TÉ­RES­SÉ ?

Se­lon l'agence Reu­ters, Eden­red, le spé­cia­liste des ser­vices pré­payés (Ti­cket res­tau­rant, Ka­déos, etc), se­rait éga­le­ment sur les rangs.

"Na­tixis et Eden­red ont cha­cun en­voyé des lettres ex­pri­mant une marque d'in­té­rêt pour In­ge­ni­co au dé­but de l'été", a dé­cla­ré une source proche du dos­sier à Reu­ters. "In­ge­ni­co a des échanges avec Na­tixis mais n'a pas dé­mar­ré de dis­cus­sion avec Eden­red."

L'ex-Ac­cor Ser­vices, qui vaut quelque 7,3 mil­liards d'eu­ros en Bourse, pré­pa­re­rait une offre ferme. L'ac­tion Eden­red a chu­té de 3,13% ce jeu­di.

"In­ge­ni­co in­dique avoir fait l'ob­jet d'ap­proches pré­li­mi­naires en vue d'une opé­ra­tion stra­té­gique" a ré­agi le groupe dans un court com­mu­ni­qué. "In­ge­ni­co Group a ini­tié une re­vue de ses op­tions stra­té­giques et de leurs mé­rites res­pec­tifs. Dans ce cadre, In­ge­ni­co Group se re­fu­se­ra à tout com­men­taire ad­di­tion­nel."

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