COM­MENT LA FI­NAN­CIA­RI­SA­TION EN­VA­HIT L'EN­TRE­PRISE ET SES SOUS-TRAI­TANTS

La Tribune - - L'OPINION - MO­HA­MED IKRAM NASR ET HI­CHAM SEBTI

Les re­la­tions d’achat entre l’en­tre­prise et ses sous-trai­tants ré­pandent une lo­gique de ges­tion fi­nan­cière. Celle-ci fa­vo­rise le court-terme et fra­gi­lise les deux par­te­naires. Par Mo­ha­med Ikram Nasr, EM Lyon et Hi­cham Sebti, ISG In­ter­na­tio­nal Bu­si­ness School. La crise de 2008 a mis en lu­mière l'hé­gé­mo­nie de la pen­sée fi­nan­cière dans le ma­na­ge­ment des en­tre­prises. Cette hé­gé­mo­nie se ma­ni­feste par l'im­por­tance de la va­leur ac­tion­na­ria­le­dans les dis­cours des di­ri­geants et par la mul­ti­pli­ca­tion des in­di­ca­teurs de per­for­mance fi­nan­cière (marge opé­ra­tion­nelle, ren­ta­bi­li­té des in­ves­tis­se­ments, ren­ta­bi­li­té des ca­pi­taux propres). Une ma­jo­ri­té de tra­vaux ex­plique cette « co­lo­ni­sa­tion » de la fi­nan­cia­ri­sa­tion par des mé­ca­nismes ma­croé­co­no­miques (comme la dés­in­ter­mé­dia­tion ban­caire) et par l'évo­lu­tion des struc­tures ac­tion­na­riales des grandes en­tre­prises au pro­fit d'in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels. Les fonds d'in­ves­tis­se­ment im­posent, par exemple, des ob­jec­tifs de ren­ta­bi­li­té plus éle­vés et l'aug­men­ta­tion de la part des di­vi­dendes ver­sée aux ac­tion­naires. D'autres tra­vaux ren­voient à des phé­no­mènes so­cio­lo­giques propres aux or­ga­ni­sa­tions, et ex­pliquent com­ment les élites éco­no­miques se sont conver­ties aux va­leurs ac­tion­na­riales et com­ment les ma­na­gers contri­buent, au sein de leurs en­tre­prises, à la dif­fu­sion des re­pré­sen­ta­tions et des mé­ca­nismes de la fi­nan­cia­ri­sa­tion.

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