Mes voi­sins, c’est sa­cré !

La Vie Querçynoise - - Actualités Lot - CLAUDE RA­BU­TEAU

Mes voi­sins sont des gens sym­pas, ils sont comme tout le monde, il y en a qui bossent, des chauf­feurs, des cou­vreurs, des in­gé­nieurs, des en­sei­gnants, des étu­diants, il y en a qui sont re­trai­tés, d’autres qui sont au chô­mage, ils ont des en­fants qui vont à l’école, qui font du sport, des ac­ti­vi­tés, cer­tains de mes voi­sins sont ou ont été des élus de la Ré­pu­blique, de gauche, de droite, ils par­ti­cipent ici et là aux ac­ti­vi­tés as­so­cia­tives, et par­mi eux il y en a qui sont pra­ti­quants, ils suivent les règles à temps com­plet pour les uns, par­tiel­le­ment pour d’autres. C’est sur­tout pen­dant la pé­riode de ra­ma­dan que les Souilla­gais de confes­sion mu­sul­mane pra­tiquent.

À la mos­quée de Souillac, l’am­biance est tou­jours sym­pa. Après les ri­tuels, on en­tend les conver­sa­tions ani­mées des hommes, d’un cô­té, celles des femmes qui rient en­semble de l’autre cô­té. Les mo­ments de prière sont aus­si un mo­ment de convi­via­li­té. Bref, des gens nor­maux comme vous et moi, qui ont leurs joies, leurs peines, leurs dif­fi­cul­tés, leur cou­rage et leurs ta­lents. Je dis­cute sou­vent avec eux, on parle de tout, on plai­sante aus­si sur­tout avec les plus âgés que moi. Ils ont tou­jours des his­toires in­té­res­santes à ra­con­ter. Des fois, on prend un ca­fé en­semble.

À Souillac, ce n’est pas dif­fi­cile, on se connaît, on se dit bon­jour, on fait des trucs en­semble, mais sur­tout on se parle et on s’ap­pré­cie.

Alors je com­mence à en avoir marre des em­mer­deurs qui les prennent pour cible sys­té­ma­ti­que­ment. Tan­tôt des di­va­ga­tions par voie de presse, tan­tôt une lettre de me­nace de mort, ou bien des têtes de co­chon dé­po­sées de­vant la mos­quée. Les mu­sul­mans sont la cible de tous les cré­tins du monde, comme les juifs, comme les ho­mo­sexuels, comme je ne sais com­bien de mi­no­ri­tés. Cer­tains es­saient même de les mettre dans un sac, ce­lui d’une pseu­do-com­mu­nau­té. Ils ne sont pas une com­mu­nau­té, ils sont juste des ci­toyens comme moi, ils ne vivent pas en­semble, ils ont comme moi une mai­son, un ap­par­te­ment, un jar­din, et leur cré­dit à rem­bour­ser… Ils ont leur fa­mille, leurs amis, comme vous.

Alors comme dans toute confes­sion re­li­gieuse, les pra­ti­quants sont les otages de leurs ex­tré­mistes. Ce­la ne les rend pas ex­tré­mistes pour au­tant. Ils ne sont pas les com­plices de qui que ce soit. Si un chauf­fard tue ac­ci­den­tel­le­ment un pié­ton, alors tous les conduc­teurs de­vraient être mis à l’in­dex et leurs vé­hi­cules confis­qués puisque membres d’une même com­mu­nau­té ?…/…

Les ser­vices de l’État n’ont pas at­ten­du pour faire leur tra­vail, et il existe une re­la­tion ré­gu­lière entre les res­pon­sables de la mos­quée de Souillac et les au­to­ri­tés (Mai­rie, Pré­fec­ture, Gen­dar­me­rie). Ils sont ma­lins mes voi­sins, ils ont bien com­pris qu’ils sont les pre­mières vic­times des ex­tré­mistes et qu’il fal­lait trou­ver une pa­rade. Et tout ce­la se fait dans le calme, sans exa­gé­ra­tion. Parce que nos pré­fets et nos gen­darmes pos­sèdent une ver­tu ou­bliée : Celle de la dis­cré­tion, ils sont dans leur siècle et ils font le taff même si ça ne se voit pas.

Alors mes voi­sins n’ont pas à être mon­trés du doigt, il n’existe au­cune rai­son sé­rieuse jus­ti­fiant de les em­mer­der. Il se­rait peu­têtre temps main­te­nant que les pro­pa­ga­teurs de fausses nou­velles ré­pondent de leurs agis­se­ments de­vant la jus­tice, et que leur xé­no­pho­bie soit dé­mas­quée.

Touche pas à mes voi­sins, c’est sa­cré.

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