Pour­quoi ces deux films ?

La Voix du Cantal - - Diocèse -

Lun­di 13, deux films sur Arte, l’un sui­vant l’autre : Che­min de Croix et l’his­toire de Ju­das. (1)

Le pre­mier pré­sente une fa­mille ca­tho­lique in­té­griste pur jus. Nous as­sis­tons à un cours de re­li­gion don­né à un pe­tit groupe de jeunes en passe de re­ce­voir le sa­cre­ment de la confir­ma­tion. Le prêtre qui les ins­truit, le cler­gy­man im­pec­cable, sûr de lui, le vi­sage amène, ex­plique qu’être sol­dat du Ch­rist dans un monde per­vers n’est pas une pe­tite af­faire. Sa­cri­fices et pri­va­tions font par­tie du pro­gramme et le de­voir de dé­fendre la vraie re­li­gion ca­tho­lique, à main­te­nir dans ses formes tra­di­tion­nelles s’im­pose. Les choses se sont en ef­fet gâ­tées avec le concile de Va­ti­can 2.

Aus­si im­porte-t-il de re­dres­ser la barre pour re­mettre l’Église dans l’axe de la vraie foi. Celle-ci passe par la pra­tique aus­tère de toute in­car­tade, fa­ci­le­ment ju­gée pé­ché mor­tel. Pu­ri­ta­nisme na­vrant al­ler­gique à tout contact avec ceux qui ne par­tagent pas ce vou­loir ri­go­riste de res­tau­ra­tion. Qu’ils soient ca­tho­liques, membres d’une pa­roisse où les can­tates de Bach font bon mé­nage avec les mu­siques soul, le jazz et les gos­pel ; qu’ils soient pro­tes­tants ou même joyeux drilles prêts à mo­quer une ca­ma­rade au pié­tisme trop af­fi­ché. La pe­tite en ques­tion joue le jeu de toute sa foi. Ré­gen­tée par sa mère et le prêtre qui, cha­cun de son cô­té, ne font pas dans la den­telle pour lui rap­pe­ler ses de­voirs et la culpa­bi­li­ser à ou­trance. La toute jeune fille, consen­tante, souffre et ses pri­va­tions l’ané­mient.

Un ma­laise au cours de la cé­ré­mo­nie de confir­ma­tion la conduit chez le mé­de­cin puis à l’hô­pi­tal. Le tou­bib ne peut rien contre la pré­sence cas­tra­trice de la mère qui, soup­çon­neuse pen- dant toute la consul­ta­tion, ne se pri­vait pas de par­ler à la place de sa fille et de s’op­po­ser aux avis ju­gés bê­te­ment trop per­mis­sifs du doc­teur. Même ré­sis­tance à l’hô­pi­tal où l’ano­rexie fi­nit par avoir rai­son de la ma­lade. Elle meurt dans une quinte de toux, étouf­fée par l’hos­tie qu’elle re­ce­vait en via­tique.

Dans une crise d’hys­té­rie la mère au­ra même l’im­pu­dence de pré­tendre sa fille morte en odeur de sain­te­té. Peut-être que ce film in­ter­ro­ge­ra les par­ti­sans d’un in­té­grisme ca­tho­lique où le la­tin des rites (tout à fait fi­dèles aux for­mules an­ciennes), donne en­vie de ques­tion­ner ceux qui les ad­mi­nistrent sur le sens de la Pen­te­côte et des ré­formes li­tur­giques qui ja­lonnent la Tra­di­tion vi­vante de l’Église. Mais il s’agit ici d’une autre re­li­gion construite à par­tir du chris­tia­nisme et ca­de­nas­sée à l’abri du Souffle de l’Évan­gile. Spec­tacle in­hu­main d’un ex­tré­misme qui en re­joint bien d’autres, sous la ban­nière de re­li­gions dé­voyées, où les idées fixes et le res­pect ri­gide de pra­tiques étouffe les consciences et ex­pé­die en en­fer celles et de ceux qui ne par­tagent pas leurs ma­nières de croire.

Ce fut en­suite L’his­toire de Ju­das tour­née dans de beaux pay­sages de l’est al­gé­rien. Des vi­sages pai­sibles, joyeux de gens simples et pauvres. Jé­sus est adu­lé par tous. Il ren­voie libre la femme adul­tère, lave les pieds de ses apôtres, com­pa­rait, in­no­cent, de­vant un Pi­late à l’es­prit in­fec­té par des vi­sées po­li­tiques. Ju­das ne tra­hit pas, ne re­çoit pas d’ar­gent et ne se pend pas ! Il est bles­sé à mort par un es­sé­nien dont il avait dé­truit les jarres et brû­lé les do­cu­ments qu’elles abri­taient.

Fi­na­le­ment, il ex­pire dans le tom­beau vide, al­lon­gé à la place qu’oc­cu­pait le corps de Jé­sus. On as­siste à la mise à terre des trois croix du Gol­go­tha par un Bar­rab­bas, poète fou et éche­ve­lé, in­car­nant l’uto­pie d’un peuple qui abhorre l’oc­cu­pant ro­main. Bref une mé­diocre fic­tion où quelques bribes des évan­giles errent dans l’eau de rose d’une pré­sen­ta­tion dé­li­bé­ré­ment (?) sans rap­port avec le Mes­sage évan­gé­lique sur le mys­tère de Jé­sus-Ch­rist.

On peut se perdre en conjec­tures sur les rai­sons in­avouées de cette suc­ces­sion ci­né­ma­to­gra­phique. Dans les deux cas la foi chré­tienne est édul­co­rée, dé­voyée, am­pu­tée de l’es­sen­tiel. Peut être que des spec­ta­teurs ef­fa­rés ou pro­vo­qués par ces té­moi­gnages si­dé­rants et leurs étranges li­ber­tés par rap­port aux sources, au­ront en­vie d’ou­vrir les évan­giles… en quête de leur vé­ri­table Mes­sage ? ( 1) Re­pro­gram­més dans la se­maine.

Mi­chel Dagras.

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