L’épée dans les reins ?

La Voix du Cantal - - Diocèse -

« Nous ac­com­pa­gnons et soi­gnons les souf­frants jus­qu’à leur mort » . Com­pa­rées aux éten­dues des es­paces cos­miques et des temps géo­lo­giques l’homme et ses pré­oc­cu­pa­tions cli­ma­tiques ne pèsent pas lourd. Sauf qu’aujourd’hui le pro­nos­tic vi­tal de son es­pèce semble fort en­ga­gé.

Côté Pla­nète, pas de pro­blème. Même si un gros pa­vé stel­laire ve­nait de nou­veau ébran­ler sa sur­face, pro­vo­quer de gros vol­cans et obs­cur­cir d’un grand voile sombre son at­mo­sphère, elle n’en conti­nue­rait pas moins de tour­ner au­tour du so­leil. Et son fu­tur à très long terme (des mil­liards d’an­nées), pré­voit un lent mais dé­fi­ni­tif re­froi­dis­se­ment, fa­tal pour la vie, avec au fi­nal un ava­le­ment par le so­leil pro­mis d’ailleurs à s’ef­fon­drer sur lui-même. Pers­pec­tives ti­ta­nesques, pré­vi­sibles à la lu­mière de l’his­toire d’astres et de ga­laxies qui naissent, vivent et dis­pa­raissent pour en en­gen­drer de nou­veaux. Le grain de pous­sière que re­pré­sente la Pla­nète Bleue dans cette im­men­si­té mou­vante vit ain­si sa vie in­dé­pen­dam­ment de ce qui peut ad­ve­nir à la nôtre. Mais la conscience du gi­gan­tisme de cet en­vi­ron­ne­ment cos­mique, de son pas­sé et de son fu­tur, laisse le mi­cro­cosme hu­main sous l’épée de Da­mo­clès d’un ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique fa­tal pour son es­pèce. Le phé­no­mène, dû aux gaz à ef­fet de serre, provoque, la fonte des glaces, des dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques dé­vas­ta­teurs et pro­met des élé­va­tions de tem­pé­ra­ture in­sup­por­tables… Les don­nées, avé­rées, sont alar­mantes (1). Se pen­cher sur les causes réelles du phé­no­mène ne manque pas d’in­té­rêt mais ne di­mi­nue pas l’ur­gence de ré­agir ici et main­te­nant. Sur­tout quand le plus grand nombre est po­la­ri­sé sur une crois­sance éco­no­mique (à la ré­par­ti­tion des ré­sul­tats des plus in­équi­tables !) qui plombe les pro­jets de di­mi­nu­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre et pompe (au sens propre pour le pé­trole !) des res­sources éner­gé­tiques non re­nou­ve­lables jus­qu’à épui­se­ment de leurs stocks.

Se­rions-nous en train, sans oser l’avouer en clair, de mar­chan­di­ser un sui­cide col­lec­tif ? Certes les COP suc­ces­sives ré­agissent, poussent à prendre conscience de la si­tua­tion, pré­co­nisent des cor­rec­tifs, par­viennent à des en­ga­ge­ments in­ter­na­tio­naux. Mais les mises en oeuvre ef­fec­tives pour ré­gu­ler et mo­ra­li­ser le sa­cro-saint pro­grès éco­no­mique se heurtent à la grave pan­dé­mie du consu­mé­risme. Se­rions-nous condam­nés à bais­ser les bras, té­ta­ni­sés ou faus­se­ment in­dif­fé­rents (après moi le dé­luge !) de­vant le chaos an­non­cé ? Des réac­tions sont pos­sibles, à trois ni­veaux.

- In­ter­na­tio­nal avec entre autres la pro­po­si­tion de jouer une carte maî­tresse de la lutte contre le cli­mat d’af­fec­ter 100 mil­liards d’eu­ros pour de la tran­si­tion éner­gé­tique (2). La pro­po­si­tion fer­me­ment sou­te­nue par des per­son­na­li­tés ve­nues de tous bords. en­vi­sage même la te­nue d’un ré­fé­ren­dum eu­ro­péen sur la ques­tion. Uto­pique ? On a bien réus­si à ras­sem­bler cette somme pour ren­flouer les banques si­nis­trées par la crise de 2008. La vie des hommes vau­drait-elle moins que le sa­lut des banques ?

- Lo­cal avec de nom­breuses ini­tia­tives as­so­cia­tives (3) sou­vent ados­sées à des « chartes de l’en­vi­ron­ne­ment » pas­sées avec l’ad­mi­nis­tra­tion. Et des films do­cu­men­taires et de sen­si­bi­li­sa­tion. Tous mo­ti­vés par des choix de so­cié­té où res­pect de la na­ture et so­li­da­ri­té hu­maine se conjuguent aux mêmes temps.

- Per­son­nel en adop­tant des modes de vie sains, res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment et ouverts à la so­li­da­ri­té im­pli­quée aus­si aux ni­veaux pré­cé­dents.

Ces en­ga­ge­ments font pe­tite fi­gure de­vant la gran­deur du pro­blème à ré­soudre. Et les pro­jets d’en­tre­prendre, de pro­duire, de consom­mer du­ra­ble­ment et de fa­çon in­tel­li­gente risquent d’ailleurs de pro­gres­ser moins vite que les mé­faits qu’ils com­battent. Ces ac­tions sont pour­tant né­ces­saires. Elles forment à la ré­si­lience (ca­pa­ci­té à en­du­rer les chocs) per­son­nelle et col­lec­tive. Elles té­moignent d’un sur­saut de la so­cié­té ci­vile de­vant les ater­moie­ments po­li­tiques. Elles poussent à la mise en oeuvre ef­fec­tive des en­ga­ge­ments pris.

Nous ac­com­pa­gnons et soi­gnons les souf­frants jus­qu’à leur mort, leur propre fin du monde. La même pos­ture ne se­rait-elle pas à adop­ter au che­vet de l’es­pèce hu­maine me­na­cée par les risques éco­lo­giques ?

(1) Cf. don­nées du Groupe d’ex­perts in­ter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du cli­mat (GIEC) (2) Col­lec­tif Cli­mat 2020 (3) Et leurs re­grou­pe­ments dans des en­sembles comme Al­ter­na­ti­ba, Ci­toyen’R

Mi­chel Da­gras.

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