Une San­cer­roise au coeur de l’ou­ra­gan Ir­ma

La Voix du Sancerrois - - La Une - CLAU­DINE AMAT

la San­cer­roise, Do­mi­tienne Sa­ba­tier ac­cepte une mu­ta­tion en Outre-Mer à Saint-Mar­tin en sep­tembre 2011, elle était loin d’ima­gi­ner que six ans après elle vi­vrait l’en­fer…

Ex­pert si­nistre au ser­vice de com­pa­gnies d’as­su­rances, sa mis­sion : mon­ter un ca­bi­net Po­lyex­pert sur l’île et cou­vrir éga­le­ment Saint­Bar­thé­lé­my. Elle dé­pend donc de Po­lyex­pert An­tilles qui re­groupe la Gua­de­loupe, la Mar­ti­nique et la Guyane, et se­ra, la seule ex­perte à gé­rer les si­nistres des deux îles.

En 2014, elle ad­mi­nistre les si­nistres du cy­clone Gon­za­lo qui, avec des dé­gâts mi­neurs lui a tout de même don­né un an de tra­vail non­stop.

Cette fois, avec l’an­nonce de l’ar­ri­vée d’Ir­ma, le pire est at­ten­du… « Mais, elle ne s’at­ten­dait pas à ce cau­che­mar, ni à ce dé­sastre », ra­conte sa soeur.

Do­mi­tienne se dit pri­vi­lé­giée, son ap­par­te­ment est si­tué sur le haut d’une col­line, la ré­si­dence est re­la­ti­ve­ment ré­cente, au­cun risque ne peut ve­nir de la mer.

Elle hé­berge un co­pain No­no, loueur de voi­tures de l’aé­ro­port de Grand Case, les au­to­ri­tés lui ont de­man­dé d’éva­cuer la zone.

« Nous nous sommes confi­nés dans l’ap­par­te­ment, et là, l’an­goisse, la peur… Le cau­che­mar com­mence. Les vents s’am­pli­fient très vite et font un va­carme ef­froya­ ble. Les vo­lets de la baie vi­trée me­nacent de cas­ser à tout mo­ment, elle se gon­dole. Nous ren­for­çons avec le ca­na­pé, et la table. Nous avons cru mou­rir. »

Après plu­sieurs heures, le calme re­vient et Do­mi­tienne dé­cide d’ou­vrir la porte d’en­trée pen­dant le pas­sage de l’oeil du cy­clone. Elle re­cueille une pe­tite chienne ter­ro­ri­sée ta­pie entre les vé­hi­cules. Puis les vents re­prennent de plus bel. Cette fois ils s’at­taquent à la porte d’en­ trée… Ouf, l’ou­ra­gan passe. En vie.

En vie. Se­ront donc les deux mots en­voyés à la hâte (*) à son fils Maxence, 19 ans, qui ha­bite en mé­tro­pole.

Le jeu­di, ac­com­pa­gnée de son ami No­no, ils prennent la voi­ture et font un tour sur l’île. « Vi­sion d’hor­reur, tous les bâ­ti­ments sont à terre, y com­pris la pré­fec­ture, les pom­piers, les gen­darmes, tout le monde est si­nis­tré, la dé­tresse est épou­van­ta­ ble. No­no a tout per­du, son lo­ge­ment a été en­va­hi par la mer, » ra­conte­t­elle à Laë­ti­tia.

Ils se rendent en­suite sur leur lieu de tra­vail. Leurs bu­reaux res­pec­tifs sont presque in­tacts, mais c’est là qu’ils croisent les pre­miers pilleurs, ces der­niers dé­va­lisent des ma­ga­sins d’élec­tro­mé­na­gers et même un op­ti­cien. « C’est l’in­com­pré­hen­sion to­tale, la peur s’ins­talle », confiet­elle.

Au re­tour à la ré­si­dence, la so­li­da­ri­té s’ins­talle, ils se re­groupent, sortent le bar­be­cue, l’apé­ro pour un « sem­blant de vie ». « Ir­ma ne nous a pas eu, Jo­sé ne nous au­ra pas, c’est de l’in­sé­cu­ri­té main­te­nant que nous avons peur, il nous faut de l’aide et des ren­forts de la mé­tro­pole », confie Do­mi­tienne, as­su­rant que « les forces de l’ordre ici, se dé­battent comme elles peuvent, avec le peu de moyen qui leur reste pour faire ré­gner l’ordre. Des ren­forts sont bien ar­ri­vés sur l’île mais ils sont in­suf­fi­sants », re­marque la Saint­Mar­ti­noise. « Je sais qu’avec l’an­nonce de Jo­sé, ces der­niers n’ar­ri­ve­ront pas, et puis, où lo­ger tout ce monde alors que des mil­liers de si­nis­trés s’en­tassent dans les écoles se ques­tionne l’ex­perte. »

Jo­sé ar­rive… Il faut se confi­ner à nou­veau. La pluie est là, mais, il n’y au­ra pas de tem­pête. Les ha­bi­tants de la ré­si­dence bravent l’in­ter­dit et courent se mettent sous les gout­tières pour pro­fi­ter d’une douche. Fi­na­le­ment Jo­sé les a bien fait rire. « Un ri­go­lo à cô­té d’Ir­ma », di­ra la com­mu­nau­té.

C’est di­manche, les hé­li­co­ptères ba­layent l’île toute la nuit de di­manche à lun­di avec les pro­jec­teurs. Les ha­bi­tants sont ras­su­rés. Ap­por­ter le sou­tien psy­cho­lo­gique

Lun­di ma­tin, l’ex­perte avait dé­jà en­re­gis­tré 500 si­nistres, pour­tant, la tâche n’est pas fa­cile, les si­nis­trés ont quit­té leur do­mi­cile en ruine. « Elle n’a pas le temps de ré­flé­chir, elle se dit être là pour ap­por­ter le sou­tien psy­cho­lo­gique qu’ils ont be­soin… Elle at­tend les ren­forts Po­lyex­pert qui vont ar­ri­ver dans quelques jours, en­fin, elle es­père », re­prend Laë­ti­tia qui ter­mi­ne­ra en ra­con­tant que les oi­seaux sont ré­ap­pa­rus et ga­zouillent tant qu’ils peuvent… Preuve d’es­poir.

Do­mi­tienne Sa­ba­tier, San­cer­roise ha­bi­tant Saint-Mar­tin, pose de­vant son do­mi­cile avant de par­tir ex­per­ti­ser les lourds et dra­ma­tiques dé­gâts cau­sés par Ir­ma.

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