Pour­quoi l’ASN a pla­cé la cen­trale nu­cléaire sous sur­veillance ?

La Voix du Sancerrois - - La Une - DA­VID CREFF

de sû­re­té nu­cléaire (ASN) a ex­pli­qué, jeu­di 14 sep­tembre les mo­ti­va­tions de la dé­ci­sion de pla­cer la cen­trale aux deux ré­ac­teurs sous étroite sur­veillance.

La cen­trale nu­cléaire de Bel­le­ville­sur­Loire et ses deux ré­ac­teurs bien­tôt tren­te­naires (en 2019 et 2020) font par­ler d’eux. Et ce, après que l’Au­to­ri­té de sû­re­té nu­cléaire a dé­ci­dé de pla­cer le site sous un ré­gime dit « de sur­veillance ren­for­cée » mer­cre­di 13 sep­tembre au ma­tin.

En ef­fet, l’ASN de la ré­gion Centre­Val de Loire, qui pré­sen­tait jeu­di 14 sep­tembre un bi­lan d’ac­ti­vi­té, y a re­le­vé huit évé­ne­ments si­gni­fi­ca­tifs de ni­veau 1 en 2016. Ce­la tra­duit une forte pous­sée des dys­fonc­tion­ne­ments in­ternes, de­meu­rant ce­pen­dant bas sur l’échelle Ines (*), comp­tant huit ni­veaux de gra­vi­té (de zé­ro à sept).

Le site a fait l’ob­jet d’une ins­pec­tion ren­for­cée en avril der­nier, avec, de­puis, des amé­lio­ra­tions no­tées. Ce­pen­dant, les contrôles ef­fec­tués lors de l’ar­rêt du ré­ac­teur 1 cette an­née n’ont pas don­né sa­tis­fac­tion. D’où l’état de sur­veillance ren­for­cée, que, se­lon l’ASN, il convien­drait de ne pas dra­ma­ti­ser : « On n’est pas en si­ tua­tion de crise, on ne fait qu’agir en amont pour évi­ter toute dé­rive. Il n’y a pas de risque im­mi­nent. S’il y en avait un, nous de­man­de­rions aus­si­tôt à EDF l’ar­rêt d’un ré­ac­teur. »

Pro­ces­sus de dé­tec­tion à re­voir…

Il n’en de­meure pas moins qu’un pro­blème est sur­ve­nu à Bel­le­ville. Alors, de quelle na­ture sont les ano­ma­lies iden­ti­fiées, ap­ pe­lées dans le jar­gon tout en eu­phé­misme de l’atome, des « écarts » ? « Il y en a de plu­sieurs types, ex­plique l’ASN : les ma­té­riels, tout d’abord, c’est­àdire quelque chose dans la cen­trale qui ne fonc­tionne pas comme il de­vrait. » Ce qui s’est vrai­sem­bla­ble­ment pas­sé à Bel­le­ville, où au­cune vanne ne doit ja­mais fuir, au­cun élé­ment ja­mais chauf­fer. Et quand il est dit que, là­bas, « les pro­ces­sus de dé­tec­tion et de cor­rec­tion des écarts doivent être ren­for­cés », on com­prend qu’un pro­blème de ni­veau d’eau dans un ré­ser­voir, par exemple, a pu ne pas être dé­tec­té dans les temps.

Sont ain­si évo­quées « des er­reurs dans la pla­ni­fi­ca­tion, la pré­pa­ra­tion et la réa­li­sa­tion d’opé­ra­tions de main­te­nance, mais en­core des écarts non iden­ti­fiés, alors qu’ils étaient pour­tant si­gna­lés en salle de com­mandes ».

On parle ain­si aus­si d’écarts au re­gard de l’ana­lyse de la si­tua­tion, qui en­traîne, de fait, un re­tard dans l’in­ter­ven­tion. In­ac­cep­table, se­lon le gen­darme ASN, tout comme « il est anor­mal que nos ins­pec­teurs, qui connaissent moins le site que les équipes qui y tra­vaillent, aient dé­tec­té là­bas des écarts ».

Pa­ra­doxa­le­ment, le nombre d’ins­pec­tions dans la cen­trale – 22 en 2016 – ne de­vrait pas aug­men­ter de ma­nière spec­ta­cu­laire avec la nou­velle sur ­ veillance. Elle per­met­tra ce­pen­dant « un sui­vi plus rap­pro­ché des ac­tions mises en place par EDF » pour re­ve­nir dans les clous de la sû­re­té nu­cléaire.

L’ASN at­tend no­tam­ment une meilleure ges­tion lors des pé­riodes d’ar­rêt des ré­ac­teurs. Elle pointe, au fi­nal, sur­tout des pro­blèmes en terme de ma­na­ge­ment et une or­ga­ni­sa­tion faillible des équipes sur place. La jeu­nesse du per­son­nel du site de Bel­le­ville est, par ailleurs, iden­ti­fiée comme étant un point faible. Manque d’ex­pé­rience. En­core un pro­blème d’ordre hu­main, donc rat­tra­pable par EDF, es­time l’ASN. Comme ce­la a été ef­fec­tué à Chi­non, où la cen­trale a aus­si connu le ré­gime de sur­veillance, après des er­re­ments en terme de ri­gueur et d’ex­ploi­ta­tion, dé­sor­mais der­rière.

La jeu­nesse du per­son­nel iden­ti­fié comme un point faible

L’ASN a pla­cé la cen­trale nu­cléaire de Bel­le­ville sous sous étroite sur­veillance.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.