Les consé­quences de la fin des contrats ai­dés

La Voix du Sancerrois - - La Une - FRÉ­DÉ­RIC DUMAILLET

Le Gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé de ré­duire les contrats ai­dés au pro­fit d’un plan d’ac­tion de formation et d’ap­pren­tis­sage. Une me­sure qui n’est pas sans in­quié­tudes…

Le 9 août der­nier, coup de ton­nerre à l’As­sem­blée Na­tio­nale. La mi­nistre du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud, fus­tige haut et fort les contrats ai­dés ju­gés « coû­teux » et « in­ef­fi­caces » dans la lutte contre le chô­mage. « Des études de la Dares, de l’OCDE comme de la Cour des comptes montrent trois choses : un, les contrats ai­dés sont ex­trê­me­ment coû­teux pour la na­tion ; deux, ils ne sont pas ef­fi­caces dans la lutte contre le chô­mage ; et trois, ils ne sont pas un trem­plin pour l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle » af­firme­t­elle… Bref, un dis­po­si­tif vieux de plus de qua­rante ans re­mis en cause en deux mi­nutes. Ma­thé­ma­tique : dé­pense de 4,2 mil­liards d’eu­ros en 2016 et un quart seule­ment des em­plois ai­dés dans le sec­teur non mar­chand dé­bou­chant sur un em­ploi du­rable. (dixit Phi­lippe Édouard dans Le Monde). Pour la mi­nistre, « ces contrats per­mettent sur­tout aux « as­so­cia­tions ou (aux) col­lec­ti­vi­tés lo­cales d’équi­li­brer leur bud­get grâce à quelque chose qui de­vrait être de la po­li­tique de l’em­ploi ».

Abus et suc­cès

Les contrats ai­dés ne vont pas tous dis­pa­raître, du moins pour le mo­ment, mais vont être sa­cré­ment ré­duits. Alors que le gou­ver­ne­ment Hol­lande en avait fi­nan­cé 460.000 en 2016, puis 280.000, en 2017, le bud­ get 2018 n’en fi­nan­ce­ra pas plus de 200.000. Ils concer­ne­ront en prio­ri­té l’ac­com­pa­gne­ment des enfants han­di­ca­pés, l’outre­mer, les sec­teurs d’ur­gence sa­ni­taire et so­ciale.

Des abus, oui mais des réus­sites aus­si. Abus, dans le sens, où c’est fa­cile de col­lec­tion­ner des em­plois ai­dés tous les trois ans, ré­tri­bués gé­né­reu­se­ment par l’État. Réus­site quand l’ho­ri­zon de cer­tains em­plois d’ave­nir s’af­fiche au bleu. Avec à la clé une pé­ren­ni­sa­tion de l’em­ploi, un tra­vail dans une autre en­tre­prise, une formation qua­li­fiante, di­plôme à la clé.

À la mis­sion lo­cale de Cosne, (Bas­sin d’em­ploi du Pays bour­gogne Ni­ver­naise) les em­plois d’ave­nir af­fichent 67 % de sor­tie po­si­tive (64 % dans la ré­gion Bour­gogne­Franche Com­té). Des em­plois ap­pré­ciés cô­té em­ployé/em­ployeur car ac­com­pa­gnés de Aà Z par les agents de la Mis­sion Lo­cale. Les contrats ai­dés d’ave­nir concernent un tiers du sec­teur mar­chand (qui dé­bouche obli­ga­toi­re­ment sur un CDI) et deux tiers du sec­teur non mar­chand. À sa­voir, les col­lec­ti­vi­tés des pe­tites et moyennes com­munes, les com­mu­nau­tés de com­munes, le dé­par­te­ment, les as­so­cia­tions spor­tives, cultu­relles, aides à la per­sonne.

Au prin­temps, le gou­ver­ne­ment met­tra en place un grand plan d’ac­tion sur les for­ma­tions et l’ap­pren­tis­sage. Avec pour optique, d’adap­ter les de­man­deurs d’em­ploi aux exi­gences des en­tre­prises, et une prise en compte des de­mandes des ter­ri­toires qui n’ont pas tous les mêmes prio­ri­tés en terme d’em­ploi.

Quelle ré­ponse de l’État à l’ar­rêt des contrats ? Les ser­vices de l’État pour­ront étu­dier et pro­po­ser d’autres pos­si­bi­li­tés fi­nan­cières, no­tam­ment des en­ ve­loppes de la ré­gion pour une aide à l’em­bauche, comme les « pactes » qui per­mettent la sta­giè­ri­sa­tion et la ti­tu­la­ri­sa­tion au sein des col­lec­ti­vi­tés et as­so­cia­tions. On parle éga­le­ment de sou­tien aux contrats d’ap­pren­tis­sage. Une chose est sûre, cer­taines as­so­cia­tions vont souf­frir, fi­nan­ciè­re­ment si elles veulent pé­ren­ni­ser leurs pro­té­gés ou pas.

« Dans tous les cas, les ser­vices de l’état res­te­ront à l’écoute de cha­cun, em­ployeurs et em­ployés pour trou­ver des so­lu­tions » dé­clare Ma­rie­France Du­ha­mel, di­rec­trice de la mis­sion lo­cale de Cosne.

La donne hu­maine

Le bud­get 2018 ne fi­nan­ce­ra pas plus de 200.000 contrats ai­dés

Au­de­là de toutes sta­tis­tiques éco­no­miques, les em­plois ai­dés res­tent un moyen d’in­ser­tion dans la so­cié­té. Une sé­cu­ri­sa­tion fi­nan­cière, une au­to­no­mie, un lien so­cié­tal pour un consom­ma­teur qui pro­duit de la ri­chesse. Plus dure reste la chute lors d’un éven­tuel re­tour à la case dé­part…

(PHO­TO : GA­ZETTE DE THIERS)

Beau­coup de mu­ni­ci­pa­li­tés ont fait ap­pel aux contrats ai­dés pour leurs ser­vices tech­niques.

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