AC­TIONS LO­CALES

L'Automobile - - Éditorial - Sté­phane Meu­nier

La somme est as­tro­no­mique mais dé­jà connue : , mil­liard d’eu­ros. C’est ain­si le mon­tant des amendes que l’État a pré­vu de per­ce­voir en . Au­tant dire que l’au­to­mo­bi­liste, rou­lant ( , mil­lions pré­vus cô­té ra­dars) ou à l’ar­rêt ( mil­liard pour le sta­tion­ne­ment et les ma­jo­ra­tions), est cou­pable à l’avance. Avec l’in­sé­cu­ri­té rou­tière comme in­tou­chable pa­ravent. Qui peut, en e et, ne pas s’émou­voir du nombre de bles­sés et de tués sur la route ? Même si le can­cer em­porte qua­rante fois plus de Fran­çais chaque an­née, tout comme les ma­la­dies car­dio-vas­cu­laires, tan­dis que les in­su sances di­ges­tives ou men­tales condamnent en­core cinq fois plus de nos conci­toyens. L’ac­ti­vi­té hu­maine est sou­vent gé­né­ra­trice d’un risque lé­tal. Néan­moins, chaque dis­pa­ri­tion sou­daine est un drame que l’on vou­drait sa­voir évi­ter. Or, mal­gré une ré­pres­sion conti­nuel­le­ment in­ten­si­fiée et au­to­ma­ti­sée de­puis dix ans, le bi­lan stagne : tués en . Sa­chant que la sé­cu­ri­té ac­tive et pas­sive des vé­hi­cules neufs a bon­di. Certes, une mi­no­ri­té d’in­di­vi­dus s’avère ré­pré­hen­sibles, mais ne le sont-ils vrai­ment que sur la route ? De même, qu’une in­frac­tion rou­tière – ou autre – soit sanc­tion­née et re­de­vable à la col­lec­ti­vi­té n’est pas contes­table. En re­vanche, bud­ge­ter à l’avance le re­ve­nu des amendes aux au­to­mo­bi­listes l’est bien plus. Sur­tout qu’une hausse de % par rap­port à est pro­gram­mée. Et La Ligue de Dé­fense des Conduc­teurs de dé­mon­trer une spé­cieuse uti­li­sa­tion de cette manne. Ain­si, leur der­nière en­quête* dé­taille que “deux-tiers des re­cettes liées à cette ré­pres­sion sont ver­sées au pro­fit de po­li­tiques pu­bliques étran­gères à la sé­cu­ri­té des usa­gers de la route”. De fait, le sys­tème dé­vore dé­jà près de mil­lions d’eu­ros pour fonc­tion­ner (main­te­nance et re­nou­vel­le­ment des ra­dars, ou­til de PV élec­tro­niques, centre de ges­tion des re­traits de points…). Et autres mil­lions se di­luent dans l’ap­pa­reil éta­tique. Plus sur­pre­nant, un quart de cette mois­son sert au désen­det­te­ment na­tio­nal. Rien qui fasse avan­cer la sé­cu­ri­té rou­tière, mais cette dette pu­blique, c’est la nôtre, alors… Reste qu’au fi­nal, seuls mil­lions d’eu­ros re­partent vers le rou­tier (une al­lo­ca­tion en baisse de % sur cinq ans), tan­dis que le double sert à fi­nan­cer le rail ou, mar­gi­na­le­ment, les voies flu­viales. Sur­tout, mil­lions sont re­ver­sés aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales qui “sont libres de choi­sir les opé­ra­tions fi­nan­çables par le pro­duit de [ces] amendes”. Dé­rou­tant ! Car ces mu­ni­ci­pa­li­tés, com­mu­nau­tés de com­munes ou dé­par­te­ments sont jus­te­ment au plus près des pro­blé­ma­tiques de la route (iti­né­raires à risques, manque de trans­port al­ter­na­tif, pro­tec­tion des écoles, lieux de soins et com­merces…). Oui, des choses

mil­lions d’eu­ros de l’ar­gent des amendes vont aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Mais rien ne les oblige à en al­louer une part à la sé­cu­ri­té rou­tière

sont faites, mais on ima­gine les pro­grès im­mé­diats qu’en­gen­dre­rait l’obli­ga­tion d’al­louer ne se­rait- ce qu’un tiers de ce de­mi-mil­liard à des ac­tions près de chez nous (in­fra­struc­tures, for­ma­tion, contrôles jus­ti­fiés…). Et nos édiles lo­caux de mieux s’a rmer comme les ar­ti­sans de notre sé­cu­ri­té quo­ti­dienne plu­tôt que des ré­cep­tion­naires de l’ar­gent des amendes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.