RÉ­TRO Alfa Ro­meo Giu­liet­ta SZ

SANS L’IN­FOR­TUNE D’UN COU­PÉ SPRINT SOR­TI DE ROUTE AUX MILLE MIGLIA 1956, LA GIU­LIET­TA ZAGATO N’AU­RAIT SANS DOUTE JA­MAIS VU LE JOUR. LE HA­SARD A JOUÉ FA­VO­RA­BLE­MENT POUR ALFA RO­MEO, QUI A TROU­VÉ DANS CETTE BER­LI­NETTE L’ARME D’UN RE­TOUR PRESQUE OF­FI­CIEL EN C

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C’est un beau jour d’avril 1956, dans la cam­pagne tos­cane, non loin des vignes de mon­te­pul­cia­no, que le des­tin au­gure l’acte de nais­sance de l’alfa Ro­meo SZ. le cou­pé Giu­liet­ta Sprint Ve­loce nu­mé­ro 127, en­ga­gé dans la ter­rible épreuve des mille miglia, une course ita­lienne de 1 597 km sur route ou­verte, quitte la route et échoue dans une ri­vière. les pro­prié­taires, les frères le­to di Prio­lo, sor­tis in­demnes de l’ac­ci­dent, s’adressent à alfa Ro­meo pour re­mettre à neuf leur mo­dèle. Face au de­vis consi­dé­rable qui leur est pro­po­sé, ils se tournent vers les frères elio et Gian­ni Zagato, dans l’es­poir de s’of­frir une mon­ture, si­non moins chère, plus per­for­mante. au­tour du châs­sis et du “bial­be­ro” 1 300 cm3 du cou­pé ac­ci­den­té, les ar­ti­sans ita­liens éla­borent une struc­ture tu­bu­laire et une car­ros­se­rie en alu­mi­nium conforme à leurs ha­bi­tudes de fa­bri­ca­tion. De quoi perdre une bonne cen­taine de ki­los par rap­port au Sprint ber­tone !

Au nez et à la barbe d’Alfa

en­ga­gée en course dès sep­tembre 1956, la pe­tite mer­veille do­mine ou­tra­geu­se­ment les Sprint Ve­loce de sé­rie. Voi­là qui en­cou­rage d’autres pi­lotes à re­ma­nier leurs voi­tures chez les frères Zagato, les­quels ont éga­le­ment construit leur propre exem­plaire. De 1956 à 1960, à peine une quin­zaine de Giu­liet­ta SVZ sont ain­si réa­li­sées de ma­nière ar­ti­sa­nale, cha­cune avec leurs spé­ci­fi­ci­tés. mal­gré la longue his­toire qu’il par­tage avec le car­ros­sier mi­la­nais, alfa Ro­meo ne re­garde pas d’un bon oeil cette nou­veau­té. De­puis 1952, le construc­teur s’est re­ti­ré de la com­pé­ti­tion en For­mule 1. Seule une di­vi­sion char­gée des pro­jets se contente de col­la­bo­rer avec des of­fi­cines ex­té­rieures pour réa­li­ser des versions plus aptes à la course. mais le cou­pé 1 000 cm3 qu’il éla­bore avec

abarth n’abou­tit pas, tan­dis que la sculp­tu­rale Giu­liet­ta Sprint Spe­ciale, conçue avec ber­tone en 1957 et 1958, se ré­vèle plus à l’aise dans les concours d’élé­gance que sur cir­cuits. en 1959, le construc­teur s’ouvre en­fin à la créa­tion de Zagato. la SVZ est pas­sée à la tor­ture par les in­gé­nieurs de la marque, qui sou­haitent l’amé­lio­rer avant de la com­mer­cia­li­ser of­fi­ciel­le­ment aux clients pri­vés avides de se payer une alfa Ro­meo de course. en réa­li­té, une nou­velle voi­ture est confec­tion­née, ba­sée sur un châs­sis de Giu­liet­ta SS, à l’em­pat­te­ment plus court. elle en re­prend éga­le­ment le mo­teur, tou­jours de 1 300 cm3 mais pous­sé à 100 ch. tout au long de l’an­née, la mise au point se pour­suit, et les hommes de Zagato et d’alfa Ro­meo se sou­cient par­ti­cu­liè­re­ment de l’aé­ro­dy­na­mique, fa­çon­née au fil des es­sais, me­nés quant à eux de ma­nière très em­pi­rique. la SZ n’a pas droit, comme la fu­ture Giulia, à la souf­fle­rie de l’École Po­ly­tech­nique de tu­rin.

Vers la Co­da Lun­ga

Dès la fin de 1959, les pre­mières Giu­liet­ta SZ com­mencent à écu­mer les cir­cuits. en mars 1960, au Sa­lon de Ge­nève, alfa Ro­meo pré­sente son mo­dèle dé­fi­ni­tif. De­puis le dé­but de la pro­duc­tion, le cou­pé a no­tam­ment per­du les ver­rières de phares du pro­to­type. Si cer­tains exem­plaires n’ont ja­mais tou­ché l’as­phalte d’un cir­cuit, chaque bou­lon de la SZ res­pire la course. l’ab­sence de pare- chocs, l’ha­bi­tacle pri­vé de toute fan­fre­luche tra­hissent les ob­jec­tifs de ses concep­teurs. un grand nombre d’exem­plaires sont d’ailleurs équi­pés de mo­teurs re­vus et cor­ri­gés par les pré­pa­ra­teurs Con­re­ro et Fa­ce­ti. mais les mo­dèles con­duits sur cir­cuit ne do­minent pas aus­si ai­sé­ment que feu la SVZ. alfa Ro­meo a ré­agi un peu trop tard. entre temps, de nou­velles concur­rentes sont ap­pa­rues, par­mi les­quelles la re­dou­table lo­tus elite. À peine lan­cée, la SZ fait donc l’ob­jet d’un nou­veau dé­ve­lop­pe­ment aé­ro­dy­na­mique. un em­ployé en­core in­con­nu de Zagato, er­cole Spa­da, au­teur de l’as­ton mar­tin Db4 Zagato, des­sine la SZt dite Co­da lun­ga (“queue longue”). Ce sur­nom dé­signe sa poupe al­lon­gée, mais cou­pée droite pour li­mi­ter les tur­bu­lences, se­lon le prin­cipe de l’aé­ro­dy­na­mi­cien Wu­ni­bald Kamm. Ca­pable de tu­toyer les 230 km/h, cette ul­time évo­lu­tion pré­pare le ter­rain des Giulia tZ1 et tZ2. entre 1959 et 1962, en­vi­ron 220 exem­plaires d’alfa Ro­meo SZ sont fa­bri­qués, dont une tren­taine de SZt Co­da lun­ga. De­puis le re­trait de la com­pé­ti­tion des 159 de For­mule 1, alfa Ro­meo n’avait ja­mais pro­po­sé un mo­dèle aus­si af­fû­té. l’en­gre­nage de la com­pé­ti­tion a donc à nou­veau sai­si le bis­cione. mal­gré les ré­sis­tances des di­ri­geants de la marque, la SZ est le pre­mier pas d’un re­tour qui abou­tit, en 1963, à la créa­tion d’au­to­del­ta (voir “L'A.M.” n° ) puis, quelques an­nées après, au pro­gramme 33 en en­du­rance et en­fin, plus tard en­core, à la For­mule 1. /// TEXTE CA­MILLE PI­NET - PHO­TOS XA­VIER DE NOMBEL

La forme pro­fi­lée du ré­tro­vi­seur sou­ligne la vo­lon­té de soi­gner l’aé­ro­dy­na­mique de la SZ. Ces mi­nus­cules ba­quets consti­tuent le som­met de l’er­go­no­mie spor­tive du dé­but des an­nées 1960. Le 4-cy­lindres bial­be­ro 1 300 cm3 à double car­bu­ra­teur n’en est qu’au dé­but de son évo­lu­tion.

Comme de nom­breuses voi­tures de course des an­nées 1960, la Giu­liet­ta SZ pou­vait jouer sur deux ta­bleaux : briller en course, mais aus­si sur routes ou­vertes aux mains des par­ti­cu­liers.

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