UN Homme PReS­SÉ “

CETTE AN­NÉE, EN F1, un Quart du pla­teau A FAIT UNE PAR­TIE DE SES CLASSES DANS l’écu­rie Fran­Çaise daMs, CRÉÉE FIN 1989 PAR CET EN­TRE­PRE­NEUR SURMOTIVÉ PAR LA GAGNE. REN­CONTRE AVEC Jean-paul driot, HABILE JONGLEUR entre pas­sion et rai­son, RÉ­VÉ­LA­TEUR DE TALEN

L'Automobile - - Portrait - FRAN­CIS MONSENERGUE

Je suis un homme un peu pres­sé.” et aus­si très oc­cu­pé. Voi­là vingt-huit ans que, si­mul­ta­né­ment avec ses ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles, Jean-Paul Driot di­rige l’écu­rie de course qu’il a fon­dée avec l’an­cien pi­lote de F1 Re­né ar­noux. bap­ti­sée Dams, pour Driot ar­noux mo­tor Sport, puis Driot as­so­ciés mo­tor Sport quand il s’est re­trou­vé seul aux com­mandes, cette équipe est une ré­fé­rence en eu­rope. “À la fin des an­nées 1980, j’avais envie de mon­ter une écu­rie de For­mule3000 avec Gé­rard lar­rousse, qui di­ri­geait alors li­gier, mais il a mon­té sa propre équipe de F1. moi, je me suis as­so­cié avec des par­te­naires (GbDa) avant de lan­cer Dams en 1989, avec Érik Co­mas comme pi­lote. Ce der­nier a ter­mi­né la sai­son deuxième, der­rière Jean ale­si, et a été sa­cré cham­pion en 1990. Co­mas a été re­cru­té par li­gier, c’était exac­te­ment le scé­na­rio que j’avais ima­gi­né : em­me­ner des jeunes pi­lotes vers la F1.”

Au­cune hé­si­ta­tion

Cette sa­tis­fac­tion spor­tive et hu­maine ne l’em­pêche pas de gar­der les pieds sur terre : “Je ne suis pas une grou­pie du sport au­to­mo­bile, dé­clare Driot. Je gère cette entreprise de ma­nière à équi­li­brer les comptes et as­su­rer sa pé­ren­ni­té. Ça fait bien­tôt trente ans que ça dure et nous n’avons per­du de l’ar­gent qu’une seule sai­son, quand nous dis­pu­tions la sé­rie a1 Grand Prix [NDlR : cham­pion­nat mon­dial par équipes na­tio­nales au mi­lieu des an­nées 2000]. Par­ti­ci­per ne me suf­fit pas. tous les week-ends, l’équipe se bat pour être de­vant. Pen­dant la course, j’adore être au coeur de l’ac­tion et en­vi­sa­ger les stra­té­gies. Si les in­gé­nieurs s’in­ter­rogent dix, quinze se­condes, c’est trop tard… alors je prends la dé­ci­sion et j’as­sume ! Je n’aime pas qu’on ter­gi­verse pen­dant cent sept ans.” alors bien sûr, de temps en temps, ça chauffe, mais ça re­part : “J’ai tou­jours eu de bonnes re­la­tions avec les pi­lotes. on ne les prend pas pour qu’ils soient la cin­quième roue de la voi­ture. on échange, on s’écoute, on leur donne confiance. Quand ils ar­rivent chez Dams, ils sont sou­vent très jeunes. al­lan mcNish et Car­los Sainz Jr avaient 18 ans, Sé­bas­tien bue­mi, 19 ans. Je garde d’ex­cel­lentes re­la­tions avec eux, comme oli­vier Pa­nis qui a ga­gné le titre de F3000 en 1993. C’est de­ve­nu un ami. il m’a tou­jours ap­pe­lé “Chef”. C’est le seul à m’avoir ja­mais par­lé ain­si, il conti­nue, c’est amu­sant.”

Centrée sur la com­pé­ti­tion

Par na­ture, une écu­rie de course n’est pas une entreprise qui pro­duit quelque chose de concret. “Dams ne fait que de la com­pé­ti­tion. Nous n’avons pas d’autres ac­ti­vi­tés sa­tel­lites, comme la vente de pièces dé­ta­chées ou de vê­te­ments, telle ore­ca, so­cié­té di­ri­gée par Hugues de Chau­nac. ou en­core aRt GP, de Frédéric Vas­seur, qui, en plus de la course, as­semble les mo­no­places de For­mule élec­trique. Nous avons été im­pli­qués en en­du­rance avec Pa­noz en 1997-1998, avec Ca­dillac en 2000 et, deux ans après, sur le tour­nage du film Mi­chel Vaillant aux 24 Heures du mans. C’est in­té­res­sant, mais on ne re­trouve pas l’in­ten­si­té des mo­no­places. et puis, gagner en en­du­rance pour une écu­rie pri­vée, c’est un voeu pieux. en re­vanche, je re­garde avec in­té­rêt la ca­té­go­rie lmP2 : 25 voi­tures cette an­née au mans ! C’est un sprint de vingt- quatre heures où l’on se bat à armes égales.” avant, peut- être, de re­voir l’équipe Dams au mans, l’ac­ti­vi­té se concentre sur la For­mule 2, nou­velle ap­pel­la­tion du GP2, une dis­ci­pline dans la­quelle les ma­chines de Driot ont l’ha­bi­tude de briller : trois titres, avec Ro­main Gros­jean (2011), Da­vide Val­sec­chi (2012) et Jo­lyon Pal­mer (2014). “la F2 est le cham­pion­nat le plus com­pé­ti­tif du monde. Châs­sis et mo­teurs sont iden­tiques, donc tout le monde est à éga­li­té. Cette for­mule fait peur à beau­coup parce qu’elle est per­çue comme un cou­pe­ret. Gagner en F2 n’est pas évident. les mo­teurs développent 640 che­vaux, et il n’y a pas les as­sis­tances au pi­lo­tage dont dis­posent les F1. il faut vrai­ment avoir les bras pour les em­me­ner.”

Tout coûte très cher

il faut aus­si le bud­get, soit entre 1,5 et 1,8 mil­lion d’eu­ros pour une F2 par sai­son. Pour­quoi de telles sommes ? “Parce que tout coûte très cher, à com­men­cer par les mo­teurs. Pour être com­pé­ti­tif, il faut en­tre­te­nir les voi­tures, chan­ger des pièces en per­ma­nence. une cin­quan­taine de per­sonnes (mé­ca­ni­ciens, in­gé­nieurs) sont à temps com­plet dans l’usine près du mans. Nous avons in­ves­ti dans des si­mu­la­teurs, et les pi­lotes viennent deux jours avant chaque course pour s’en­traî­ner sur les bases éta­blies. les tra­jec­toires sont dé­fi­nies avec une ex­trême pré­ci­sion : dix cen­ti­mètres de trop sur un vi­breur, et c’est un dixième de per­du !” mais pour la gagne, un pi­lote de ta­lent ne suf­fit pas. tout l’en­ca­dre­ment doit être au top. ain­si Claire ma­gnant, Éric boul­lier et Vincent beau­mes­nil, au­jourd’hui res­pec­ti­ve­ment res­pon­sables de haut ni­veau chez Ci­troën Ra­cing DS Per­for­mance, mclaren ou l’au­to­mo­bile Club de l’ouest, ont fait leurs classes chez Dams : “J’ai en­ga­gé Éric à sa sor­tie de l’es­ta­ca, une école d’in­gé­nieurs, pour lui confier le pro­gramme Ca­dillac du mans. il est res­té six ans avant de par­tir en F1.” une fier­té pour cet en­tre­pre­neur in­sa­tiable, qui voit dans le sport au­to­mo­bile une re­mise en cause per­pé­tuelle. “un di­manche, on gagne, et quinze jours plus tard, on perd… il faut se battre constam­ment, nous ne sommes pas une entreprise conven­tion­nelle. Quand on rem­porte un cham­pion­nat, on n’a pas de gains, juste une coupe, on fait trois pho­tos, puis il faut se re­mettre au tra­vail.” Sans perdre de temps, évi­dem­ment ! ///

Un uni­vers digne de la F1 dans l’usine Dams de Ruau­din, au sud du Mans, près d’Ar­nage.

Dams dis­pose de deux si­mu­la­teurs sur les­quels les pi­lotes viennent va­li­der les ré­glages avant les courses.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.