Yves Mat­ton, di­rec­teur de Ci­troën Ra­cing, fait le point sur les am­bi­tions des Che­vrons

L'Automobile - - Sommaire - TEXTE F. MON­SE­NERGUE - POR­TRAITS B.ROUF­FI­GNAC

IL MANQUE DEUX SUC­CÈS EN RAL­LYES À L’ÉCU­RIE DE PRESQUE TOUS LES RE­CORDS POUR AT­TEINDRE LES 100 VIC­TOIRES EN 2018. LE PA­TRON ES­PÈRE DÉ­PAS­SER CE CAP SYM­BO­LIQUE ET RE­TROU­VER UNE MEILLEURE PLACE DANS LA HIÉ­RAR­CHIE FACE À UNE CONCUR­RENCE NOM­BREUSE ET FORTE. CETTE AN­NÉE, À TROIS RE­PRISES, SÉ­BAS­TIEN LOEB RE­JOIN­DRA L’ÉQUIPE AVEC LA­QUELLE IL A ÉTÉ NEUF FOIS CHAM­PION DU MONDE.

Sé­bas­tien ogier de re­tour chez Ci­troën, Yves mat­ton y a tel­le­ment cru que dès l’été 2017 il en a fait son dos­sier prio­ri­taire : “Hon­nê­te­ment, nous pen­sions que l’op­tion Ford al­lait être très com­pli­quée à pour­suivre pour Ogier, avoue, un peu désa­bu­sé, le di­rec­teur de

Ci­troën Ra­cing. Aus­si, quand les dis­cus­sions entre pi­lotes et res­pon­sables d’écu­ries se sont ac­cé­lé­rées, il a fal­lu faire des choix sans tar­der. Le pre­mier, dé­but sep­tembre, a été de lais­ser par­tir An­dreas Mik­kel­sen chez Hyun­dai, alors qu’il rou­lait ponc­tuel­le­ment pour nous. Si je le gar­dais, ça blo­quait pour Sé­bas­tien, il était im­pos­sible de re­cru­ter deux pi­lotes de tout pre­mier plan. La se­conde dé­ci­sion, ne sa­chant pas si la piste Ogier al­lait se concré­ti­ser, a été de nous ‘cou­vrir’ pour en pro­po­sant à Sé­bas­tien Loeb de dis­pu­ter quelques épreuves, de pré­fé­rence sur as­phalte. Bien m’en a pris puisque la né­go­cia­tion avec Ogier n’a pas abou­ti.” Ques­tion

d’ar­gent ? “Oui, mais pas que. Di érents fac­teurs sont en­trés en ligne de compte…” les deux ti­tu­laires de 2 0 1 7, le Nord-ir­lan­dais Kris meeke et l’ir­lan­dais Craig breen ont été re­con­duits alors que Sé­bas­tien loeb rem­pla­ce­ra ce der­nier dans trois épreuves cette sai­son, mexique, Corse et es­pagne. “Nous de­vions com­po­ser avec les contraintes de dates du cham­pion­nat du monde de ral­ly­cross que ‘Seb’ dis­pute avec Peu­geot. La Corse étant com­pa­tible, il était in­ima­gi­nable qu’il n’y soit pas, tout comme l’Es­pagne, autre ral­lye sur gou­dron. En WRC, et par­ti­cu­liè­re­ment sur terre, la connais­sance du ter­rain est pri­mor­diale et il fal­lait trou­ver un ral­lye où Loeb ne soit pas trop dé­fa­vo­ri­sé, il n’a plus pi­lo­té en cham­pion­nat du monde de­puis au ral­lye d’Al­sace… Il dé­bu­te­ra au Mexique dé­but mars. C’est une épreuve qui con­vient bien à notre C , Meeke l’a ga­gnée l’an der­nier et le par­cours n’a pas chan­gé. Du fait de l’al­ti­tude, la puis­sance des voi­tures est moindre, donc c’est re­la­ti­ve­ment plus fa­cile pour re­ve­nir en ral­lye et en plus, l’ordre de dé­part se­ra fa­vo­rable à Seb puis­qu’il s’élan­ce­ra après les pi­lotes en­ga­gés pour la sai­son.” Pour avoir as­sis­té à l’une des séances d’es­sais de loeb avec la C3 WRC en Ca­ta­logne (voir “L’AM” no ) , il est évident que même quatre ans après avoir chan­gé d’orien­ta­tion, le no­nuple cham­pion du monde conti­nue d’être adu­lé par son équipe : “Nos e ec­tifs sont stables, donc tout le monde le connaît et l’ap­pré­cie. C’est su­per, mais quand je pense qu’il a ar­rê­té le ral­lye pour faire moins de courses, ça me fait sou­rire. Il a cru qu’il en était ca­pable, mais il n’a ces­sé d’en ra­jou­ter à ses pro­grammes o ciels. En fait, il ne pense qu’en­gin mo­to­ri­sé. Il a com­pris que sa vie, c’est d’être der­rière un vo­lant, il en a be­soin. Et c’est le ral­lye qui lui donne le plus de pous­sées d’adré­na­line. N’em­pêche, il est conscient que re­ve­nir après une pé­riode d’ab­sence aus­si longue, ce se­ra di cile.” Ce re­tour ne plaît pas à tout le monde, puisque Kris meeke, via la presse bri­tan­nique, s’est au­to­ri­sé à cri­ti­quer la dé­ci­sion de son em­ployeur de rem­pla­cer son équi­pier breen par le Fran­çais à trois oc­ca­sions : “Vu de sa fe­nêtre, ré­plique mat­ton vi­si­ble­ment aga­cé, je peux com­prendre que sur cer­taines épreuves comme le Tour de Corse, il pré­fère avoir Breen que Loeb dans les pattes. En plus, il sait très bien que notre bud­get ne nous per­met pas d’en­ga­ger trois voi­tures.” Voi­là qui est clair. et his­toire d’en­fon­cer le clou, le pa­tron pré­cise qu’il n’y au­ra au­cune

“Seb a com­pris que sa vie, c’est d’être der­rière un vo­lant. Et c’est le ral­lye qui lui donne le plus d’adré­na­line”

consigne de course. Si loeb est de­vant, il y res­te­ra. la stra­té­gie de Ci­troën est de se fo­ca­li­ser sur les

vic­toires et po­diums : “La meilleure va­lo­ri­sa­tion de notre in­ves­tis­se­ment en com­pé­ti­tion, ce sont les suc­cès au ni­veau na­tio­nal qui sont ex­ploi­tés par le mar­ke­ting lo­cal. Dé­sor­mais, nous sommes to­ta­le­ment liés au mar­ke­ting en termes de re­tom­bées. Quand j’ai pris mes fonc­tions, en , il fal­lait ab­so­lu­ment al­ler cher­cher les deux titres, pi­lotes et construc­teurs, avec des moyens fi­nan­ciers plus im­por­tants que main­te­nant, mais peut- être moins bien maî­tri­sés en termes d’ex­ploi­ta­tion. C’était uni­que­ment di­ri­gé sur l’image de marque, alors qu’au­jourd’hui nos ré­sul­tats viennent en sup­port de la pro­mo­tion des pro­duits.” le rêve d’Yves mat­ton est de voir Ci­troën cé­lé­brer sa cen­tième vic­toire en WRC. Se­lon un scé­na­rio idéal, avec un triomphe de loeb en Corse, qua­trième épreuve de la sai­son. “Nous n’en sommes pas là, il en fau­drait une autre avant dans l’une des trois pre­mières épreuves de la sai­son. Nous au­rons une ap­proche assez conser­va­trice pour le Monte- Car­lo [NDLR : - janvier], puis la Suède, pour ten­ter d’en­gran­ger des points avant le pre­mier ral­lye sur terre, au Mexique où on de­vrait être dans le coup, comme après en Ar­gen­tine et au Por­tu­gal. Nous de­vons ga­gner plus de courses, être plus sou­vent sur le po­dium et ne pas fi­nir der­nier du cham­pion­nat comme en . Ce n’est pas notre place… Le ni­veau de com­pé­ti­ti­vi­té du WRC est le plus re­le­vé de­puis une quin­zaine d’an­nées et plu­sieurs pi­lotes peuvent s’im­po­ser ré­gu­liè­re­ment. L’an der­nier, on voyait Hyun­dai en fa­vo­ri, compte te­nu de son équipe de pi­lotes et du nombre de voi­tures en­ga­gées, mais ça ne s’est pas ter­mi­né comme ça. Pas grand-monde ne fon­dait beau­coup d’es­poirs sur Toyo­ta, mais ils ont eu une ap­proche très humble, avec une voi­ture assez ba­sique et il s’est avé­ré que ça fonc­tion­nait bien : la bonne sur­prise ! Mal­gré Ogier, ca­pable de ga­gner sur n’im­porte quelle voi­ture, il y avait un doute sur la ca­pa­ci­té de M-SportFord à main­te­nir un haut ni­veau de per­for­mances dans le temps. Elle a te­nu. Pour , elle a per­du Ott Tä­nak mais Ogier est tou­jours là. Mal­gré tout, Hyun­dai reste le fa­vo­ri et Toyo­ta pos­sède un e ec­tif de pi­lotes in­té­res­sant. En ral­lye, le fac­teur nu­mé­ro un, c’est le pi­lote !”

“Nous de­vons être plus sou­vent sur le po­dium et ne pas fi­nir der­nier du cham­pion­nat comme en . Ce n’est pas notre place…”

Mal­gré une grosse frayeur dans la der­nière spé­ciale, Kris Meeke offre sa pre­mière vic­toire à la c3 au ral­lye du Mexique en 2017.

au ral­lye d'es­pagne 2017, pour la deuxième fois de l'an­née, ci­troën s'im­pose, Kris Meeke s'ad­ju­geant une cin­quième vic­toire en car­rière.

À 43 ans, Sé­bas­tien Loeb rem­pile pour trois ral­lyes en 2018, le Mexique, la corse et l'es­pagne, avec son co­pi­lote ha­bi­tuel, daniel ele­na.

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