Bent­ley Ben­tay­ga V8

L'Automobile - - Nos Essais Dui Mois - TEXTE ALEXAN­DRA LE­GENDRE

CONDUIRE UNE BENT­LEY EST TOU­JOURS UN MO­MENT EX­CEP­TION­NEL. AP­PRÉ­CIER SUR CIR­CUIT GLA­CÉ LA STA­BI­LI­TÉ DU NOU­VEAU BEN­TAY­GA V8 ES­SENCE, C’EST EN­CORE PLUS GRISANT. PAR­TIR EN GLISSE, UNE FOIS LES AIDES ÉLEC­TRO­NIQUES COU­PÉES, ET LUT­TER AVEC LES 550 CH DE CE SUV GÉANT DE 2,5 TONNES, S’AVÈRE DÉ­LI­CIEU­SE­MENT DÉCADENT.

De­puis ce ma­tin je fais ri­go­ler mes mo­ni­teurs. D’abord ce­lui qui m’a ame­née sur mes skis pa­ra­bo­liques jus­qu’au bord de la dia­bo­lique Streif, piste noire et star in­con­tes­tée du do­maine de Kitzbü­hel, en au­triche. me voyant pâ­lir – je me suis ar­rê­tée à ma deuxième étoile – il a bien at­ten­du cinq mi­nutes avant de m’in­di­quer la “rouge” contour­nant les murs ver­ti­gi­neux de cette des­cente, où les plus grands cham­pions at­teignent 140 km/h. Puis cet après-mi­di, c’est au tour de mon ins­truc­teur de conduite sur glace de se fendre la bille, alors qu’il m’an­nonce que je vais conduire “mon” ben­tay­ga sur glace et sans eSP (mais avec des pneus neige, évi­dem­ment), his­toire de voir comment je me dé­brouille. Si j’ai bien mé­mo­ri­sé, mon mo­dèle d’essai coûte 270 300 €, dont 94 000 € d’op­tions. il a fal­lu cent trente heures pour l’as­sem­bler. au­tant dire que la moindre éra­flure me ren­drait ma­lade. mais lui est sûr de son fait… et c’est à mon tour d’af­fi­cher un large sou­rire, alors que je contre-braque pour évi­ter une bar­rière de neige sur le cir­cuit : ce SuV de 5,14 m de long, qui an­nonce 2 388 kg sur la ba­lance mais doit en réa­li­té lar­ge­ment dé­pas­ser ce poids, se ma­nie presque aus­si fa­ci­le­ment qu’une 2CV.

Pous­sée ver­ti­gi­neuse

Plus sé­rieu­se­ment, la grande tra­ver­sée du splen­dide ty­rol en­nei­gé – toutes aides à la conduite bran­chées, cette fois –, m’a dé­jà per­mis de consta­ter l’in­croyable po­ly­va­lence de ce “tout-ter­rain” hors normes, ve­nu sans ver­gognes rou­ler sur les plates-bandes du Range Ro­ver. Je ne suis pas convain­cue que ce V8 de 550 ch, dé­jà vu sur le Porsche Cayenne tur­bo, tranche ca­té­go­ri­que­ment avec le W12 de 608 ch. bent­ley a beau nous as­su­rer que cette mo­to­ri­sa­tion s’adresse aux clients à la conduite “spor­tive”, d’ailleurs ne re­prend-il pas l’im­po­sant sys­tème de frei­nage car­bone- cé­ra­mique du cou­sin lam­bor­ghi­ni urus, seul le son éma­nant de la double sor­tie d’échap­pe­ment me semble plus rauque et pré­sent dans l’ha­bi­tacle. Pour le reste, à peine ef­fleure-t- on l’ac­cé­lé­ra­teur que la pous­sée pa­raît tout aus­si ver­ti­gi­neuse : 770 Nm de couple, un 0 à 100 km/h par­cou­ru en 4,5 se­condes ( contre 900 Nm et 4 se­condes pour le W12), ça vous scotche le bru­shing à l’ap­pui- tête ! les barres an­ti-rou­lis ac­tives, ali­men­tées par une bat­te­rie dé­diée de 48 V, rendent le ben­tay­ga im­per­tur­bable dans les vi­rages. tra­ver­sant les vil­lages qui nous rap­prochent du cé­lèbre lac ba­va­rois de te­gern­see, je constate que son sys­tème de désac­ti­va­tion de cy­lindres – au de­meu­rant in­dé­tec­table, puis­qu’il ne lui faut que 20 mil­li­se­condes pour s’en­clen­cher –, qui trans­forme le V8 en V4, en fait presque un SuV “ci­vi­li­sé”…

Confort royal

Quelles que soient les routes em­prun­tées, ce ben­tay­ga se ré­vèle un roi du confort, et ce n’est pas sa boîte au­to., dont le pas­sage des 8 vi­tesses se fait évi­dem­ment dans une dou­ceur ab­so­lue, qui noir­ci­ra le ta­bleau. De là à dire qu’il in­cite à une conduite spor­tive, je n’irais pas jusque- là… J’ai da­van­tage en­vie de pous­ser à fond les dix-huit haut-par­leurs du sys­tème au­dio Naim (8 000 €) pour chan­ter sur Dan­cing Queen, comme le fe­rait la Reine d’an­gle­terre, elle qui a ré­cem­ment avoué que le tube d’ab­ba était sa chan­son pré­fé­rée. Si vous hé­si­tez en­core, sa­chez que 30 000 € sé­parent en moyenne ce V8 du W12 “haut de gamme”. tou­jours ça d’éco­no­mi­sé, et un peu plus noble que le V8 die­sel de 436 ch que bent­ley a dé­ve­lop­pé spé­cia­le­ment pour l’eu­rope (à par­tir de 146 500 €). À moins que votre conscience éco­lo­giste vous pousse à at­tendre le fu­tur V6 hy­bride, à la tech­no­lo­gie dé­ri­vée de la Pa­na­me­ra e-Hybrid (dont le 2.9 est as­so­cié à un mo­teur élec­trique de 136 ch, pour une puis­sance cu­mu­lée de 462 ch). Quoi que vous choi­sis­siez, ce qu’on peut vous pro­mettre, c’est que sous ses airs ba­lourds, le ben­tay­ga cache une âme de Gt sur­éle­vée, au confort dia­bo­lique, dont l’as­su­rance se­ra peut- être, tou­te­fois, bous­cu­lée par l’ar­ri­vée d’un concur­rent à sa hau­teur : le Cul­li­nan de Rolls-Royce. ///

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.