Pro­duire en France en 2017

L'Automobile - - Sommaire - /// TEXTE STÉPHANE MEUNIER NB: Tous les chiffres de pro­duc­tion sont pour l'an­née 2017.

NOS CONSTRUC­TEURS SONT DE­PUIS LONG­TEMPS CONFRON­TÉS À UN PA­RA­DOXE. CE­LUI D’EX­POR­TER DA­VAN­TAGE TOUT EN MAIN­TE­NANT UN BON NI­VEAU DE PRO­DUC­TION EN FRANCE. LA COM­PÉ­TI­TI­VI­TÉ DE NOTRE PAYS A SOUVENT ÉTÉ POIN­TÉE DU DOIGT PAR CES INDUSTRIELS ALORS QUE DE­PUIS 2001, TOYO­TA FAIT LA DÉ­MONS­TRA­TION IN­VERSE À VA­LEN­CIENNES. ET LES DON­NÉES 2017 MONTRENT QUE LES FRAN­ÇAIS SAVENT EUX AUS­SI S’EN AC­COM­MO­DER… QUAND LEURS MO­DÈLES VISENT JUSTE.

Puis­qu’il se vend pra­ti­que­ment fois plus de voi­tures dans le monde que chez nous, Re­nault et Peu­geot-Ci­troën n’ont d’autres choix que d’être plus com­pé­ti­tifs à l’étranger. D’au­tant que des mar­chés comme la Chine, le bas­sin mé­di­ter­ra­néen ou l’Amé­rique du Sud tirent les coûts vers le bas. Pas simple d’être à la fois au plus près de ces nou­veaux clients, tout en fa­bri­quant en France. C’est pour­tant ce qu’on at­tend d’eux, au­tant pour des rai­sons de pa­tri­moine in­dus­triel, de sa­voir-faire que de res­pon­sa­bi­li­té éco­no­mique et so­ciale. Reste que ces dix der­nières an­nées, la pro­duc­tion tri­co­lore a été di­vi­sée par deux, pour stag­ner à , mil­lion de voi­tures et uti­li­taires lé­gers en . À com­pa­rer à l’Al­le­magne ( , mil­lions) et l’Es­pagne ( , mil­lions), où nos marques sont d’ailleurs très im­plan­tées in­dus­triel­le­ment.

Fran­çaises im­por­tées

Comme elles le sont en Tur­quie, Slo­va­quie, Slo­vé­nie, Ré­pu­blique tchèque, Ma­roc… concou­rant, pa­ra­doxa­le­ment, au dé­fi­cit du commerce ex­té­rieur, bien qu’on achète un lo­go fran­çais (sans par­ler du fran­co-rou­main Da­cia). Ain­si, l’écart entre les im­por­ta­tions et les ex­por­ta­tions de voi­tures en France montre un solde né­ga­tif de plus de mil­liards d’eu­ros, dont presque di­rec­te­ment liés à des Re­nault, Ci­troën et Peu­geot fa­bri­quées à l’étranger. Chaque com­mande de Twin­go, Cap­tur, Kad­jar, C Air­cross, C Pi­cas­so ou s’ap­pa­rente, en e et, à l’achat d’une im­por­tée re­con­nue comme telle avec son badge al­le­mand, ita­lien ou asia­tique. Le coût de re­vient est l’obs­tacle le plus souvent op­po­sé au “made in France”. Pour­tant l’as­sem­blage compte gé­né­ra­le­ment pour moins de % du to­tal. Ce der­nier dé­pend donc ma­jo­ri­tai­re­ment des frais d’études, des matières pre­mières et élé­ments mé­ca­niques ou élec­tro­niques uti­li­sés, de la proxi­mi­té des sous-trai­tants, de la pro­duc­ti­vi­té de l’usine mais en­core des aides ou taxes lo­cales, sans par­ler du suc­cès du mo­dèle. En e et, l’amor­tis­se­ment d’une nou­veau­té est cal­cu­lé sur un vo­lume don­né par rap­port à une car­rière es­ti­mée – en­vi­ron sept ans, mais la ten­dance est à la baisse. Donc, plus une nou­veau­té ren­contre ra­pi­de­ment et mas­si­ve­ment son pu­blic, plus son coût uni­taire se ré­duit. Le choix d’a ec­ta­tion d’une nou­veau­té à un site de pro­duc­tion plu­tôt qu’un autre est ain­si un sa­vant ar­bi­trage entre la charge ac­tuelle de l’ou­til, la com­pa­ti­bi­li­té industrielle du vé­hi­cule (pla­te­forme…), la proxi­mi­té des prin­ci­paux mar­chés et les vo­lumes es­pé­rés.

De pré­cieux uti­li­taires

L’usine Re­nault de Douai (Nord) en té­moigne, puis­qu’y sont ras­sem­blées les Scé­nic, Es­pace et Ta­lis­man. Mal­heu­reu­se­ment, ces trois fa­mi­liales ne font pas mieux que le seul Kan­goo et son sia­mois Mer­cedes Ci­tan, fa­bri­qués à Maubeuge (Nord). De quoi rap­pe­ler que les uti­li­taires sont au coeur de la rentabilité au­to­mo­bile fran­çaise, qu’ils soient aus­si pro­duits à San­dou­ville (Seine-Ma­ri­time) ou Hor­dain (Nord) et s’ap­pellent Tra­fic, Mas­ter, Ex­pert, Jum­py. À moins d’être com­mer­cia­li­sés sous lo­go Nis­san, Opel et Toyo­ta… Car le “made in France” ne bat pas for­cé­ment pa­villon fran­çais. Ain­si, en échange d’un re­tour aux heures heb­do­ma­daires, Smart a pro­mis de conti­nuer à réa­li­ser ses bi­places Fort­wo à Ham­bach (Mo­selle) jus­qu’en . De­puis , Toyo­ta pro­duit sa Ya­ris à On­naing (Nord), à quelques ki­lo­mètres de Va­len­ciennes, cette pe­tite ja­po­naise se payant le luxe d’être la pre­mière au­to­mo­bile à ob­te­nir le la­bel “Ori­gine France Ga­ran­tie” en . Sans ou­blier de coif­fer pour la cin­quième fois, de­puis cette date, la cou­ronne de voi­ture la plus pro­duite en France en .

Et le nu­mé­ro un ja­po­nais d’in­ves­tir mil­lions d’eu­ros dans son site va­len­cien­nois, pour qu’il ac­cepte la nou­velle plate-forme TNGA qu’a inau­gu­rée la Prius en … Comme quoi pro­duire une ci­ta­dine en France peut être ren­table !

Le Lion, meilleur élève

Rentabilité à la­quelle l’al­liance Re­nault-Nis­san semble être par­ve­nue, puis­qu’elle fa­brique la der­nière Mi­cra à Flins (Yve­lines), après avoir dé­lo­ca­li­sé, en Inde, la gé­né­ra­tion pré­cé­dente qui fit un bide. Tan­dis que Peu­geot a re­bas­cu­lé à Pois­sy (Yve­lines) des vo­lumes de pré­cé­dem­ment pro­duits à Tr­na­va (Slo­va­quie), le site fran­çais ayant per­du la Ci­troën C lors du re­nou­vel­le­ment de . Le Lion reste d’ailleurs le meilleur élève, avec % de “made in

France” l’an pas­sé, contre % en . Son car­tonne à So­chaux et le n’est pas en reste, puisque l’usine PSA de Rennes – où l’an­cienne s’est ar­rê­tée – en a li­vré quelque exem­plaires. Quant à la nou­velle fa­mi­liale de Peu­geot (voir p. ) , elle a fait ses dé­buts à Mul­house aux cô­tés du DS Cross­back et de la tou­jours gaillarde , dé­pas­sant, d’un sou e, le re­cord de . En re­vanche, l’ex­cel­lente ra­len­tit à So­chaux (- %) même si son score – exem­plaires – fe­rait fan­tas­mer nombre de pa­trons d’usines fran­çaises. Cô­té rêve, l’ul­tra-éli­tiste Bu­gat­ti Chi­ron ( ch et km/h) reste as­sem­blée à Mol­sheim (Bas-Rhin), bien que l’es­sen­tiel de ses com­po­sants pro­viennent du groupe Volks­wa­gen. Tan­dis que le lan­ce­ment de la nou­velle A (voir “L’AM” no ) a per­mis la ré­no­va­tion de la pe­tite usine his­to­rique d’Al­pine à Dieppe (Seine-Ma­ri­time). De­puis et la fin de l’A , elle n’a dû son sa­lut qu’à des pro­duc­tions spé­ciales pour Re­nault. Ce n’est pas pour au­tant que le nu­mé­ro un fran­çais est le cham­pion de la fa­bri­ca­tion lo­cale. Tant s’en faut, avec seule­ment un tiers de ses voi­tures par­ti­cu­lières et uti­li­taires “made in France”.

Ci­troën, le dé­lo­ca­li­sé

Un constat plus sé­vère en­core pour Ci­troën. Avec fa­bri­ca­tions hexa­go­nales, contre en , la pro­duc­tion des Che­vrons n’est plus tri­co­lore qu’à tout juste % ( exem­plaires au to­tal). Et son SUV fa­mi­lial C Air­cross ne dé­bu­te­ra à Rennes qu’à l’au­tomne. Quant au taux “re­cord” de pro­duc­tion en France pour DS ( % en ), il sou­ligne sur­tout la contre-per­for­mance de l’usine chi­noise dé­te­nue avec Chan­gan. Seules DS ont été pro­duites l’an pas­sé dans le monde, sa­chant que les DS et DS tirent leur ré­vé­rence dans quelques se­maines et que le pro­met­teur SUV ur­bain DS Cross­back ne nour­ri­ra, con­crè­te­ment, les chaînes de Pois­sy qu’en fin d’an­née. De toute fa­çon, avec plus de sites de pro­duc­tion Re­nault et PSA dans le monde, le “fa­bri­qué près de chez nous” ne peut s’en­vo­ler. Car ce­la si­gni­fie­rait que la crois­sance in­ter­na­tio­nale de nos construc­teurs pié­tine. Pa­ral­lè­le­ment, il fau­drait vé­ri­fier, du cô­té de la ba­lance com­mer­ciale des équi­pe­ments au­to­mo­biles, que le dé­fi­cit consta­té pour la pre­mière fois en (- mil­lions d’eu­ros) ne se creu­se­rait pas. Eh oui, nombre de com­po­sants, al­lant de l’air­bag aux écrans tac­tiles, en pas­sant par des planches de bord qua­si com­plètes, font l’ob­jet d’im­por­ta­tions.

Pro­té­ger l'am­bu­lance

Tou­te­fois, quel que soit le pays où elles sont as­sem­blées et mal­gré une réelle dé­lo­ca­li­sa­tion in­tel­lec­tuelle (in­gé­nie­rie, ges­tion qua­li­té, main­te­nance in­for­ma­tique…), les voi­tures tri­co­lores res­tent es­sen­tiel­le­ment conçues, dé­ve­lop­pées et tes­tées sur notre ter­ri­toire. Re­ce­vant des mo­teurs, trans­mis­sions ou trains rou­lants ma­jo­ri­tai­re­ment fa­bri­qués chez nous : Cléon (Seine-Ma­ri­time), Tré­me­ry (Mo­selle), Dou­vrin (Pas-de- Ca­lais), Le Mans (Sarthe)... De quoi as­su­rer du tra­vail aux plus de sa­la­riés du sec­teur. Au bout du compte, mil­lions d’em­plois en France dé­coulent de l’ac­ti­vi­té au­to­mo­bile : commerce, trans­port, en­tre­tien, com­mu­ni­ca­tion, as­su­rance… Il faut donc ces­ser de ti­rer sur l’am­bu­lance, alors qu’elle re­noue avec des vé­hi­cules ren­tables et, sur­tout, pa­rés pour la fa­meuse tran­si­tion éner­gé­tique, qu’ils soient tout élec­triques (Re­nault Zoé, Smart élec­trique, fu­tures et DS Cross­back…) ou hy­brides re­char­geables (DS , , C Air­cross…).

TOYO­TA Ya­ris 233 652 ex. On­naing (Nord)

RE­NAULT Kan­goo / MER­CEDES Ci­tan Maubeuge 159 369 ex. (Nord)

SMART Fort­wo 85 000 ex. Ham­bach (Mo­selle)

RE­NAULT Es­pace 18 206 ex.Douai (Nord)

AL­PINE A110 116 ex. Dieppe (Seine-Ma­ri­time)

RE­NAULT Scé­nic 109 199 ex.Douai (Nord)

RE­NAULT Ta­lis­man 29 538 ex. Douai (Nord)

PEU­GEOT 3008 212 592 ex. So­chaux (Doubs)

NIS­SAN Mi­cra 94 066 ex. Flins (Yve­lines)

PEU­GEOT 2008 198 307 ex. Mul­house (Haut-Rhin)

BU­GAT­TI Chi­ron 70 ex. Mol­sheim (Bas-Rhin)

PEU­GEOT 5008 65 676 ex. Rennes (Ille-et-Vilaine)

DS DS7 Cross­back Mul­house (Haut-Rhin)

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