Graines de Lo­sange

LES GRANDES ÉCU­RIES DE F1 PRÉ­PARENT L’AVE­NIR EN PRE­NANT PLUS OU MOINS EN CHARGE LA CAR­RIÈRE DE JEUNES TA­LENTS. CHEZ RE­NAULT, ILS SONT SEPT, DE 16 À 22 ANS, À GRA­VIR CETTE AN­NÉE UN NOU­VEL ÉCHE­LON, AVEC UNE SEULE IDÉE EN TÊTE, LA F1. MAIS LE CHE­MIN EST LONG

L'Automobile - - Sommaire -

L’an pas­sé, Sacha, Arthur et Vic­tor se sont fait re­mar­quer et ce­la n’a pas échap­pé à Mia Sha­riz­man, un an­cien de Ca­ther­man F de­ve­nu pa­tron de la Re­nault Sport Aca­de­my en . Il les a re­cru­tés et at­tend dé­sor­mais qu’ils confirment leurs per­for­mances dans la dis­ci­pline un cran au- des­sus de celle dans la­quelle ils ont brillé. Ils n’au­ront pas de temps à perdre, car les places sont chères (au propre comme au fi­gu­ré) dans cette struc­ture en prise di­recte avec Re­nault F . “À tous les ni­veaux, le sport au­to­mo­bile coûte cher, ex­plique Mia

Sha­riz­man. Nous n’as­su­rons plus une prise en charge à % comme ce­la était le cas il y a dix/quinze ans dans les struc­tures ana­logues à la nôtre. De­puis, les coûts ont consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té. Néan­moins, nous de­vons trou­ver un équi­libre entre l’in­ves­tis­se­ment pour un pi­lote au ta­lent ab­so­lu in­con­tes­table et ce­lui pour ceux qui ne sont “que” ta­len­tueux. Notre ap­proche est un fi­nan­ce­ment com­pris entre et % du bud­get pour le pas­sage d’une dis­ci­pline à l’autre. Ce­pen­dant, ce sys­tème ne fonc­tionne que si le pi­lote bé­né­fi­cie d’un sou­tien de sa fa­mille ou d’un spon­sor. Tou­te­fois, pour un gar­çon qui n’a pas de fi­nan­ce­ment per­son­nel, mais que nous vou­lons ab­so­lu­ment conser­ver parce que nous avons l’in­time convic­tion qu’il se­ra ca­pable de pi­lo­ter l’une de nos F dans les deux an­nées à ve­nir, nous sommes dis­po­sés à le prendre en charge.”

“J’ai bien gé­ré ma deuxième sai­son de F en ter­mi­nant toutes mes courses dans les points, mon moins bon ré­sul­tat a été sep­tième” ARTHUR ROU­GIER

Tous ces jeunes sont là pour réus­sir et, his­toire de les convaincre plus en­core, Cy­ril Abi­te­boul, le pa­tron de Re­nault Sport Ra­cing, ajoute : “Ils ti­re­ront plei­ne­ment pro­fit de leur a lia­tion à une équipe de F . Les séances de si­mu­la­teur et les pos­si­bi­li­tés d’es­sais pri­vés en F se­ront dé­ter­mi­nantes dans leur pro­gres­sion. En as­sis­tant aux dé­brie­fings de l’élite, ils se­ront im­mer­gés dans la vie d’un pi­lote de course tout en se pré­pa­rant aux exigences d’un week- end de Grand Prix.” Le ton est don­né et il est éton­nant pour qui ren­contre ces jeunes ta­lents pour la pre­mière fois de consta­ter com­bien leurs pro­pos sont dé­ter­mi­nés, leurs avis tran­chés et leurs ca­rac­tères a rmés. On n’échange pas avec des pros mais c’est tout comme. Concur­rence écra­sée

Com­men­çons avec le plus ex­pé­ri­men­té des trois Fran­çais pro­mus, Sacha Fe­nes­traz, Fran­co-Ar­gen­tin de ans, qui a com­men­cé le kar­ting “à ans, quand j’ha­bi­tais en Ar­gen­tine. Là-bas, j’ai été le plus jeune li­cen­cié à ans et j’ai com­men­cé à cou­rir.” Un “bé­bé kar­ting”, qui vous ra­conte ce­la comme une évi­dence et pour­suit : “Je suis re­ve­nu en Eu­rope en et j’ai fait mes pre­miers pas en sport au­to­mo­bile avec la F . Ça va vite,

mais grâce au kar­ting on a tout ap­pris.” Pas faux puisque le ga­min ter­mine sa pre­mière sai­son en mo­no­place vice- cham­pion de France avec, entre autres, une très belle vic­toire à Pau. Pro­pul­sé en For­mule Re­nault Eu­ro­cup, la sai­son sui­vante, il ter­mine sixième et se fait re­mar­quer en ga­gnant à Mo­na­co. Re­dou­blant l’an der­nier, il écrase la concur­rence et en­re­gistre un nou­veau triomphe à Mo­na­co, puis connaît des dé­buts pro­met­teurs en F , sur un autre cir­cuit ur­bain, Ma­cao. En , il dis­pute le cham­pion­nat d’Eu­rope de F qui, jus­te­ment, dé­marre à Pau le mai : “Pour moi, c’est im­por­tant de dé­bu­ter sur un tra­cé ur­bain, j’aime les courses en ville. Le ni­veau est in­croyable en F et je ne pense pas ga­gner le titre dès la pre­mière an­née, mais ter­mi­ner dans les cinq ou six pre­miers.” Sacha se­ra in­té­gré à une équipe an­glaise de ré­fé­rence, Car­lin, dans la­quelle sont no­tam­ment pas­sés Ni­co Ros­berg et Se­bas­tian Vet­tel. “Nous éva­luons les équipes dans les­quelles nous fai­sons cou­rir nos es­poirs en fonc­tion de leurs per­for­mances sur trois ans, dé­voile

M. Sha­riz­man. En­suite, nous dé­ter­mi­nons quels pi­lotes cor­res­pondent le mieux à cette équipe. Mais nous en­cou­ra­geons le pi­lote à me­ner sa propre ana­lyse pour choi­sir. L’im­pli­ca­tion dans le pro­ces­sus de sé­lec­tion fait par­tie de l’ap­pren­tis­sage du mé­tier.”

Arthur (ci- contre), ans lui aus­si, est cham­pion de France F , ce qui lui vaut d’être sé­lec­tion­né dans la Re­nault Sport Aca­de­my et d’être pro­mu en For­mule Re­nault Eu­ro­cup. Re­dou­blant en F en , il a ter­mi­né vain­queur d’un duel ho­mé­rique avec Vic­tor Mar­tins : “J’ai dé­bu­té en F en . Tout au long de

l’an­née, j’ai beau­coup pro­gres­sé, ce qui a en­cou­ra­gé mes spon­sors à me suivre l’an pas­sé. J’ai bien gé­ré cette deuxième sai­son en ter­mi­nant toutes mes courses dans les points. Je n’ai eu au­cun ac­cro­chage et su prendre les risques qu’il fal­lait pour faire les bons dé­pas­se­ments, no­tam­ment à Spa où j’ai ga­gné les trois courses du mee­ting. Au bi­lan, j’ai pas­sé deux sai­sons en F , une pour ap­prendre, une pour ga­gner. L’Aca­de­my, même en rêve, on ne peut ima­gi­ner ce­la, être si proche de la F !” À ans, Vic­tor Mar­tins, dé­jà cham­pion de France de gym­nas­tique des moins de ans, et cham­pion du monde de kar­ting, a ga­gné le titre na­tio­nal ju­nior en F et ter­mi­né deuxième du cham­pion­nat der­rière Arthur. Tous deux sont de nou­veau ad­ver­saires en For­mule Re­nault : “Me re­trou­ver là, c’est à la fois un rêve d’en­fant qui se réa­lise et un nou­veau pas vers la F , mais aus­si un hon­neur et une fier­té de re­pré­sen­ter la France dans une telle struc­ture. C’est une for­mi­dable ré­com­pense après deux an­nées de tra­vail achar­né en kar­ting et en F . Je n’ai qu’un ob­jec­tif, rem­por­ter la For­mule Re­nault Eu­ro­cup cette sai­son.”

Très peu d’élus

Sacha, Arthur et Vic­tor ont bien tra­vaillé en mais vont de­voir en­clen­cher la vi­tesse su­pé­rieure. Ils le savent et fe­ront tout pour. À l’oc­ca­sion des stages col­lec­tifs por­tant sur di­vers thèmes (en­traî­ne­ment phy­sique et men­tal, ac­com­pa­gne­ment mé­dia, mar­ke­ting, bases de l’in­gé­nie­rie ), ils au­ront l’oc­ca­sion de par­ta­ger leurs ex­pé­riences avec les quatre autres aca­dé­mi­ciens dé­jà dans la struc­ture de­puis un ou deux ans : le plus ex­pé­ri­men­té, Jack Ait­ken, Bri­tan­ni­co-Sud- Co­réen, ans, nom­mé pi­lote de ré­serve de Re­nault F , évo­lue­ra en F ; le Bri­tan­nique Max Few­trell, ans, re­trou­ve­ra les Fran­çais en For­mule Re­nault, ain­si que le Da­nois Ch­ris­tian Lund­gaard, ans. Quant à Sun Yue Yang, dit “Sun­ny”, ans, il pour­sui­vra l’aven­ture dans le cham­pion­nat de F bri­tan­nique. Quand on lui de­mande s’il pense de­ve­nir le pre­mier pi­lote chi­nois en F , il ré­pond sans la moindre hé­si­ta­tion : “Bien

sûr !” Et d’ajou­ter : “Avant, en Chine, les gens ne connais­saient pas le sport au­to­mo­bile. Mais main­te­nant, de plus en plus de monde s’y intéresse.”

Si ces sept gar­çons par­tagent le même ob­jec­tif, ils savent bien qu’ils ne se re­trou­ve­ront pas tous au départ d’un Grand Prix de F . Il y a la lutte pour être le meilleur au sein de la struc­ture Re­nault, comme il y en a une équi­va­lente chez Fer­ra­ri et Red Bull. Beau­coup de pré­ten­dants, mais très peu d’élus. /// TEXTE F. MON­SE­NERGUE - PHO­TOS B. ROUFFIGNAC

Quand on de­mande à Sun s’il pense de­ve­nir le pre­mier pi­lote chi­nois en F , il ré­pond sans hé­si­ta­tion : “Bien sûr !”

Le club des sept. De gauche à droite : de­bout, Max Few­trell, Sacha Fe­nes­traz, Ch­ris­tian Lund­gaard, Sun Yue Yang ; age­nouillés, Arthur Rou­gier, Jack Ait­ken, Vic­tor Mar­tins.

Sacha Fe­nes­traz, cham­pion de For­mule Re­nault Eu­ro­cup 2017, prêt à re­le­ver le dé­fi du cham­pion­nat d’Eu­rope de F3.

Arthur Rou­gier. Cham­pion de France 2017 de F4, il a ter­mi­né vain­queur d’un duel ho­mé­rique avec Vic­tor Mar­tins.

Sun Yue Yang. À 17 ans, “Sun­ny” évo­lue­ra cette an­née dans le cham­pion­nat de F3 bri­tan­nique. Mia Sha­riz­man, le res­pon­sable de la Re­nault Sport Aca­de­my, porte un oeil très at­ten­tif à ses “étu­diants”.

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