Le 1 % ar­tis­tique à quoi ça sert

Le Berry Républicain - - La Une - Ben­ja­min Gar­del ben­ja­min.gar­del@cen­tre­france.com

CULTURE. Ini­tié en 1951, le 1 % ar­tis­tique consiste à ré­ser­ver, à l’oc­ca­sion de la construc­tion d’un bâ­ti­ment pu­blic, une somme pour la réa­li­sa­tion d’oeuvres d’art.

CHER. Tour d’ho­ri­zon d’oeuvres réa­li­sées dans le cadre du 1 % ar­tis­tique, et ren­contre avec des ar­tistes qui ont pu bé­né­fi­cier du dis­po­si­tif.

Sans le 1 % ar­tis­tique, nos écoles, col­lèges, lycées et ronds-points ne res­sem­ble­raient pas à ce qu’ils sont au­jourd’hui. Ini­tiée en 1951, cette me­sure consiste à ré­ser­ver à l’oc­ca­sion d’une construc­tion d’un bâ­ti­ment pu­blic une somme pour la réa­li­sa­tion d’oeuvres d’art. Ren­contre avec des ar­tistes ber­ri­chons et des proches qui ont oeu­vré dans ce cadre.

«Le 1 % ar­tis­tique n’avait pas été in­té­gré. » Ces quelques mots avan­cés, mi­sep­tembre, par le maire de Bourges Pas­cal Blanc pour ex­pli­quer une par­tie du sur­coût de la construc­tion de la Mai­son de la Culture (MCB2) ont pro­vo­qué un tol­lé. Parce que l’obli­ga­tion de dé­co­ra­tion des construc­tions pu­bliques n’est pas une nou­veau­té (lire par ailleurs).

La preuve, le Cher re­gorge de sculp­tures, de pein­tures, de pho­to­gra­phies réa­li­sées dans le cadre de ce dis­po­si­tif. Des ar­tistes ber­ri­chons ont oeu­vré grâce à cette pro­cé­dure de com­mande pu­blique qui fait l’una­ni­mi­té dans leurs rangs.

CLAUDE ALARD, LE SCULP­TEUR

Il mé­ri­te­rait le sur­nom de « mon­sieur 1 % ber­ri­chon ». Claude Alard est l’ar­tiste le plus en vue dans les écoles, les col­lèges et au bord des routes du Cher.

Entre 1970 et 1981, le sculp­teur belge de 69 ans, ins­tal­lé dans le Cher de­puis cin­quante ans, a réa­li­sé une tren­taine d’oeuvres dans le cadre du 1 % ar­tis­tique. La pre­mière de cette longue sé­rie, La Mère et l’En­fant, a pris place dans l’école des Bar­bottes, à Bourges. « À cette époque, je ne sa­vais même pas que le 1 % exis­tait, sou­rit­il. Je construi­sais des dé­cors à la Mai­son de la Culture quand on m’a par­lé d’un con­cours qui tou­chait à sa fin. Je me suis lan­cé in ex­tre­mis et je l’ai em­por­té. »

Ont sui­vi, et la liste n’est pas ex­haus­tive, la grille du parc des ex­po­si­tions (1976), à Bourges, La Flamme Alard (1977) en acier, de la route de Pa­ris, tou­jours dans la pré­fec­ture, une dé­co­ra­tion mu­rale au col­lège de Châ­teau­meillant (1978) ou la pein­ture d’un oi­seau exo­tique au groupe sco­laire Tun­nel­Châ­teau à Vier­zon.

Un im­mense sa­voir­faire cha­lu­meau en main et un flam­boyant car­net d’adresses ont fait de Jean Alard le spé­cia­liste du 1 % dans le Cher, dis­po­si­tif sur le­quel le sculp­teur ne ta­rit pas d’éloges : « Cette com­mande laisse une très grande li­ber­té à l’ar­tiste, mal­gré le thème im­po­sé par exemple par l’ar­chi­tecte ou les contraintes de sé­cu­ri­té rap­pe­lées par les ser­vices tech­niques. Non seule­ment le 1 % per­met de sou­te­nir les ar­tistes qui ré­in­jectent l’ar­gent dans de nou­velles créa­tions mais aus­si d’édu­quer le pu­blic à l’art. D’al­ler au­de­vant des per­sonnes qui n’ont pas pour ha­bi­tude de se rendre dans les ga­le­ries. »

Ce­lui qui, dans les an­nées 1980 et 90, a di­ri­gé, à Me­hun­sur­Yèvre, le Centre ré­gio­nal des mé­tiers d’art, met un bé­mol : « Le 1 % n’est, par­fois, pas 1 %. Les ar­chi­tectes ont ten­dance à né­gli­ger la créa­tion ar­tis­tique, ro­gnant sur l’en­ve­loppe dé­diée, dans la­quelle ils in­tègrent des poi­gnées de porte ou l’amé­na­ge­ment d’un jar­din. »

BER­NARD DELAGRANGE, LE DINANDIER

Dans la ca­té­go­rie 1 % ber­ri­chon, Ber­nard Delagrange est, aus­si, un poids lourd. À San­coins, à Saint­Amand­Mon­trond, à Li­gnières, à Bourges, col­lèges et gi­ra­toires sont su­bli­més par les oeuvres du di­nan­ dier ber­ruyer, dé­cé­dé en 2006. « Mon ma­ri et moi­même ado­rions ce concept de don­ner à voir de l’art dans des lieux où on n’en trou­vait pas for­cé­ment, ex­plique Fran­çoise Delagrange, la veuve de l’ar­tiste. Et puis, le

1 % ar­tis­tique nous a per­mis de com­bler les dé­fi­cits creu­sés par le reste de l’ac­ti­vi­té. Mais at­ten­tion ! Il ne faut pas croire que ce­la payait bien. Des fois oui, des fois non. C’est moi qui fai­sais les comptes et il m’est dé­jà ar­ri­vée de hur­ler. »

Au col­lège ber­ruyer Lit­tré, en

1990, c’est une fresque d’inox et de cuivre, de 100 mètres de long, qui a été réa­li­sée par Ber­nard Delagrange. « Il ap­pré­ciait la grande li­ber­té lais­sée par ces com­mandes pu­bliques », re­prend Fran­çoise Delagrange. Au col­lège de San­coins où, en 1986, le Ber­ruyer a réa­li­sé un re­lief re­pré­sen­tant la ro­man­cière Mar­gue­rite Au­doux en ber­gère, le

1 % s’est ré­vé­lé à re­bon­dis­se­ment : « Mon ma­ri avait été re­te­nu pour sa tech­nique de tra­vail. Ce n’est qu’une fois re­te­nu qu’il a ap­pris la thé­ma­tique. Je l’en­tends en­core hur­ler. Mais il est al­lé au bout. » Et il au­rait pu al­ler en­core plus loin : « Il a réa­li­sé une oeuvre pour dix pro­jets pré­sen­tés. Ne cher­chez pas de Delagrange sur les au­to­routes ou dans les lycées, il n’y en a pas. Ce n’est pour­tant pas faute d’avoir es­sayé… »

MI­CHEL ZOLADZ, LE PHO­TO­GRAPHE

La pre­mière, mais peut­être pas la der­nière. Le pho­to­graphe ber­ri­chon Mi­chel Zoladz n’a créé qu’à une seule re­prise via ce dis­po­si­tif. C’était pour le Centre de res­sources, d’ex­per­tise et de per­for­mance spor­tives (Creps) de Bourges.

Inau­gu­ré en 2004, le temple ré­gio­nal du sport abrite plu­sieurs oeuvres si­gnées de l’homme au cha­peau et à l’épaisse barbe. Sur les murs in­té­rieurs, il y a ce tra­vail en noir et blanc, re­pré­sen­tant une goutte d’eau sur le point de tom­ber de son ro­bi­net. Plus loin, un oeuf. Ailleurs, à l’ex­té­rieur, une sé­rie de trois corps en mou­ve­ment.

Le point com­mun entre ces pho­tos ? « Le thème de l’équi­libre et du dés­équi­libre, im­po­sé par l’ar­chi­tecte, Jean­Pierre Prin, dans un lieu tour­né vers le han­di­sport, se sou­vient Mi­chel Zoladz. Au­de­là de ce cap gé­né­ral fixé, ce qui est for­mi­dable avec ce 1 %, c’est que l’ar­tiste dis­pose d’une li­ber­té to­tale de créa­tion. »

Aux yeux du pho­to­graphe, le 1 % ar­tis­tique, « s’il reste, à [son] goût, trop rare, a for­tio­ri quand on est pho­to­graphe, car le me­dium est beau­coup moins re­te­nu que la sculp­ture par exemple », a plus d’un atout : « Non seule­ment, ce­la li­bère des es­paces pu­blics pour l’ex­pres­sion ar­tis­tique à une époque où les com­mandes na­tio­nales et les mé­cènes se sont ra­ré­fiés, mais en plus, il faut bien le dire, fi­nan­ciè­re­ment, ce­la reste très in­té­res­sant. Ce­la m’a per­mis de re­fu­ser des bou­lots en­nuyeux, de me lan­cer dans des pro­jets plus am­bi­tieux, de ré­in­ves­tir dans du ma­té­riel. »

« Don­ner à voir de l’art dans des lieux où on n’en trou­vait pas for­cé­ment »

« Le 1 % ar­tis­tique m’a per­mis de re­fu­ser des bou­lots en­nuyeux, de me lan­cer dans des pro­jets »

« Al­ler au de­vant des per­sonnes qui n’ont pas l’ha­bi­tude des ga­le­ries » MI­CHEL ZOLADZ Pho­to­graphe CLAUDE ALARD Sculp­teur

PHO­TO PIERRICK DELOBELLEPAGES

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